VAGUE YÉ-YÉ ET ROCK EN FRANÇAIS / OFFENBACH


Offenbach est un groupe incomparable dans l’histoire de la musique populaire au Québec. S’imposant comme le plus digne représentant d’un rock sans compromis, fusion d’une musique écorchée et du message rebelle de quelques poètes de l’urbanité, il lui revient aussi l’honneur d’avoir établi un premier pont entre la musique yé-yé et le rock d’expression française, caractéristique des années 1970. Offenbach tire sa vitalité créatrice des talents musicaux qui se sont développés en Montérégie au cours des années 1960. Car si 17 hommes ont participé à un moment ou l’autre à la saga de ce groupe d’exception, c’est autour de 5 d’entre eux, originaires de Saint-Jean, Granby et Saint-Hyacinthe, et du parolier Pierre Harel que s’est définie son identité première.

L’aventure commence en quelque sorte en 1962, quand Denis Boulet invite son frère Gérald (Gerry) à rejoindre les Double Tones, un groupe formé d’employés d’usine de Saint-Jean qui devient les Gants Blancs deux ans plus tard. À l’instar des Hou-lops et des Sultans, les Gants Blancs sortent de leur confinement local lorsqu’ils deviennent, en 1966, les musiciens réguliers de l’émission Bonsoir copains, diffusée par CHLT (Sherbrooke). Un an auparavant, ils enregistraient leur premier 45 tours; plusieurs autres suivront jusqu’à ce que la formation adopte le nom d’Offenbach Pop Opéra, en 1969, puis celui d’Offenbach Soap Opéra deux ans plus tard.

À Granby, encore en 1962, deux futurs membres d’Offenbach, Roger Belval et Johnny Gravel, en compagnie d’André Thibodeau et de Réal Perrault, fondent les Rockets et commencent à animer les veillées paroissiales et les soirées d’école. En 1964, les Rockets troquent leur nom pour Venthols et recrutent Michel Déragon. Issus de ce dernier groupe, en 1965, les Héritiers perdurent jusqu’en 1968. Cette année-là, Johnny Gravel, qui avait abandonné les Héritiers pour les Caïds, rejoint les Gants Blancs des frères Boulet. Quant à Roger « Wézo » Belval, ce n’est qu’en 1972, après avoir été batteur pour Aimless depuis son départ des Héritiers, en 1967, qu’il rejoint Offenbach, qui vient d’adopter son appellation définitive.

Du côté de Saint-Hyacinthe, c’est Michel « Willie » Lamothe, le fils du célèbre chanteur western, qui se joint aux Gants Blancs en 1967, après avoir été bassiste pour les groupes maskoutains les Jaguars, les Sphynx, les Impairs et les Pénitents depuis 1963.

 

 

Au moment de la formation « officielle » d’Offenbach, en 1972, le succès du groupe est encore incertain, et ce malgré la parution d’un premier album l’année précédente, Offenbach Soap Opera, qui renferme des morceaux d’anthologie comme Câline de blues et Faut que j’me pousse, et malgré, aussi, la tenue mémorable d’une messe rock à l’oratoire Saint-Joseph de Montréal, dont fut tiré le deuxième album du groupe, Saint-Chrome de néant. Au printemps de 1975, au retour d’une tournée européenne qui confirme le départ de Pierre Harel, Offenbach profite de l’engouement qui s’est emparé du Québec pour des formations aux sonorités moins agressives, comme Beau Dommage et Harmonium, pour faire salle comble à la Place des Arts. L’album Offenbach, paru en 1977, reçoit un accueil enthousiaste, les titres La voix que j’ai, Promenade sur mars (1974), Chu un rocker, Ayoye (1978) et Les blues me guettent devenant de grands succès. Cependant, des dissensions conduisent bientôt deux autres fondateurs d’Offenbach, Michel Lamothe et Roger Belval, à partir pour rejoindre Pierre Harel qui s’active à former Corbeau. De nouveaux musiciens les remplacent immédiatement, mais la formation, à coup sûr, y perd un peu de son identité montérégienne. Volant de succès en succès, et récoltant cinq Félix au passage, Offenbach met fin à son expérience en 1985, à la suite d’un spectacle d’adieu tenu au Forum de Montréal; en 1986, l’Adisq rend un ultime hommage au groupe en lui décernant le Félix du spectacle rock de l’année pour cette performance scénique. Si on inclut les albums en anglais et les compilations, Offenbach laisse en héritage une vingtaine de disques simples et 15 albums.