POESIE / GUY DELAHAYE

Le psychiatre poète

François-Guillaume Lahaise naît le 18 mars 1888 à Saint-Hilaire. Il est le premier enfant d'une famille de quatre, fondée par Adélard Lahaise et Évangéline Cheval. Petit-fils du maire, député libéral fédéral et marchand général de Saint-Hilaire, Guillaume Lahaise vit une jeunesse privilégiée malgré la mort de son père en 1897.


 Ozias Leduc, l'ami peintre 


Mais c'est l'apprentissage de la poésie qui marque le garçonnet qui termine son cours à l'école Modèle de Saint-Hilaire avant d'entreprendre des études classiques au séminaire de Saint-Hyacinthe en 1899. En janvier 1905, à la suite d'une fracture de la jambe lors d'une joute de hockey, l'adolescent passe sa convalescence à lire des poèmes de Nelligan. Il en est complètement envoûté. En 1905, il s'inscrit au collège Sainte-Marie de Montréal où il complète ses études classiques. Il y fait la rencontre de Paul Morin, René Chopin et Marcel Dugas, avec qui il rêve de poésie exotiste. Les « Quatre cavaliers de l'Apocalypse » naissent, sorte de club littéraire où le modernisme est de rigueur.

 Élargir le cadre poétique 


Au mois de mai 1906, Guillaume signe Phases, qui regroupe pas moins de 45 poèmes. En octobre de la même année, le jeune poète s'inscrit à la faculté de médecine de l'Université de Montréal. Le 9 août suivant, Guillaume obtient la permission de la mère de Nelligan de rencontrer son fils poète. Elle lui donne deux poèmes inédits de son fils, Les Balsamines et Vieille armoire. L'élève rencontre souvent le maître durant l'hiver 1906-1907.

Au cours de cette année, sous le pseudonyme de Delahaye, Guillaume Lahaise publie dans le journal La Patrie, sept poèmes dont quatre sont dédiés au génie de Nelligan. La critique est acerbe. Quelques traditionalistes parlent de vers «décadents». Blessé par cette incompréhension, Delahaye fonde alors, en 1908, une société secrète, l'Encéphale, et devient président d'un cercle littéraire le «SOC».

En 1908, les Quatre cavaliers de l'Apocalypse se séparent. Guillaume Lahaise (Guy Delahaye ) a 22 ans. Le 12 avril 1910 paraissent ses Phases et il est reçu médecin le 30 mai de la même année. Le 24 novembre 1912, outré par le mauvais accueil fait à ses oeuvres, Delahaye quitte le pays pour Paris. Il s'inscrit à l'Institut Pasteur pour y parfaire ses études en bactériologie. Hélas, au début de mai 1913 Guillaume, gravement atteint par la typhoïde, est hospitalisé d'urgence. Il tombe alors dans un état dépressif qui durera près de dix ans et où il trouvera une sécurité dans un isolement catholique.

En 1914, il devient professeur de bactériologie à l'Université Laval de Montréal avant d'entreprendre une série de voyages. La mort de sa mère, le 5 novembre 1917, creuse en lui un abîme encore plus profond. Le 15 août 1924, Guillaume retourne travailler comme médecin interne à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu. En mars 1925, il subit l'ablation du rein droit. Une convalescence de onze jours lui permet de faire la connaissance de Marie Saint-Georges, une jeune infirmière qu'il épouse le 21 février 1927. Ils auront quatre enfants.

Le 30 avril 1958, après une vie professionnelle remplie, il quitte Saint-Jean-de-Dieu et s'installe à Saint-Hilaire pour une retraite bien méritée. Onze ans plus tard, le 2 octobre 1969, Guillaume Delahaye s'éteint doucement à l'âge de 81 ans.

L'oeuvre de Guy Delahaye

Guy Delahaye est l'un des exotistes les plus connus de la littérature canadienne-française, surtout par son recueil de poésie Phases à propos duquel Albert Laberge, alors critique littéraire au journal La Presse, fait ces commentaires : «Les Phases, mis en librairie ces jours derniers, a presque causé une révolution. Le livre de Delahaye, un jeune, presque entièrement inconnu, a fait plus de bruit que les ouvrages de nos écrivains renommés. L'auteur avait osé être lui-même. Il n'en fallait pas plus pour provoquer un tollé d'indignation».

Cette indignation, elle vient surtout des défenseurs majeurs du régionalisme que sont Mgr Camille Roy, Damase Potvin et Claude-Henri Grignon. Pour sa part, Albert Lozeau dans une critique publiée en première page du journal Le Devoir, parle de «symbolistes décadents, de vers incompréhensibles de livre baroque n'ayant aucune trace d'originalité et de fond à névrose factice».

Dans un autre article paru le 23 avril, Albert Laberge prend à nouveau la défense de Delahaye : «mystique égaré dans notre siècle de matérialisme. Les Phases sont l'un des ouvrages les plus intéressants, les plus littéraires et les plus personnels publiés dans ces dernières années».

En 1910, la parodie poétique, Mignonne allons voir si la rose... est sans Épines, délibérément provocatrice, s'attire les foudre des partisans du terroir. Le poète avant-gardiste choque. Dans un Québec traditionaliste, Guy Delahaye est un grand incompris. Mais, des années plus tard (1980) Maurice Lemire et Aurélien Boivin diront de ce grand poète : « C'est du dadaïsme avant la lettre. Delahaye s'avérait poète dans le sens le plus moderne du mot, car avec Mignonne, il inventait un langage qui allait être bientôt celui des surréalistes ».

 Quelques notions : dadaïsme, surréalisme, exotisme, terroir 


ARCHIVES ET DOCUMENTS

Bibliographie

Delahaye, Guy, Oeuvres, Montréal, Hurtubise HMH, Cahiers du Québec/textes et documents littéraires, 1988, 406 p.
Lahaise, Robert, Guy Delahaye, poète-psychiatre, Montréal, Lidec, Collection biographique Célébrités # 89, 2000, 62 p.

http://www.unites.uqam.ca/archives/fonds/139p.htm