La crosse


Bien avant d’être codifiée et règlementée par le Dr George Beers, en 1867, la crosse est pratiquée par les populations autochtones qui lui accordent des valeurs spirituelles, mythiques et rituelles.


Après l’adoption des règles de Beers, le sport de la crosse connaît une formidable expansion entre les années 1870 et 1890. À l’instar de plusieurs activités sportives, l’urbanisation et la présence de moyens de transport en favorisent la diffusion.


À Saint-Hyacinthe, ce sport pratiqué de façon sporadique au XIXe siècle, attire l’intérêt de jeunes joueurs regroupés sous le nom de Club militaire de la crosse de Saint-Hyacinthe en 1868. Au début juillet, la formation maskoutaine reçoit l’équipe Altius de Montréal. Cette partie demeure la première manifestation d’un sport d’équipe à Saint-Hyacinthe.


Cette incursion dans le monde de la crosse, bien qu’appréciée par de nombreux spectateurs, n’aura pas de suite. Par contre, les étudiants du Séminaire pratiquent la crosse avec ferveur et, un entrefilet du journal Le Collégien du  5 juin 1874, nous laisse supposer que cette activité sportive a débuté quelques années auparavant dans la cour du Séminaire : « Le jeu de La Crosse que l’on avait cru mort, a été heureusement remis à l’honneur », note le rédacteur de l’article.


Après ces balbutiements, la crosse sera particulièrement présente à Saint-Hyacinthe de 1877 à 1879 : « Le jeu de “Lacrosse” devient l’amusement favori de la jeunesse de St-Hyacinthe. Il se passe rarement une journée sans exercices », révèle le rédacteur du Courrier de Saint-Hyacinthe le 23 août 1877. Quelques mois auparavant, le Club de Lacrosse Indépendant voit le jour. L’équipe affrontera des clubs de la région de Montréal à quelques reprises au cours des étés suivants. D’ailleurs, en prélude à la première rencontre de 1877, les joueurs maskoutains se rendent à Saint-Pie le 8 juillet pour y disputer une partie d’exhibition. Un train en partance de la gare de Saint-Joseph transporte les joueurs et leurs amis. C’est la fête au village, car après ce spectacle inusité pour les gens de Saint-Pie, on présente un feu d’artifice en soirée.


Après être disparue du paysage sportif maskoutain, la crosse reviendra populaire en 1895 avec la formation du Club Star. Le journal La Tribune de Saint-Hyacinthe mentionne que la rencontre entre les Stars et les Neversweats attire plus de 1000 spectateurs à la fin du mois de mai. La comparaison du nombre de joueurs francophones en 1877 (23 sur 24) et en 1895 (12 sur 28), nous indique qu’à la fin du XIXe siècle, Saint-Hyacinthe est désormais une ville dont la communauté d’affaires regroupe quelques familles anglophones.


À cette époque le sport est pratiqué principalement par des gens de la classe dirigeante et bourgeoise qui ont les moyens et le temps de se divertir sur les terrains sportifs. Pour la population en général, la crosse demeure un bon divertissement et les parties attirent de nombreux spectateurs qui y voient une façon de s’évader du quotidien et autant d’occasions de sociabiliser. 

Photo: 
Le club de crosse de Saint-Hyacinthe en 1893.
Collection Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, AFG008.