80 ans de photographies maskoutaines:
Le Studio B. J. Hébert (1905-1986) (1)


Par le Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 28 mars 2001.


À  suite du décès de monsieur Jean Hébert survenu le 2 janvier dernier, nous vous présentons le compte-rendu d’une entrevue réalisée par feu Gilles Guertin, dans le cadre de l’exposition 80 ans de photographies maskoutaines : Le Studio B. J. Hébert (1905-1986) qui s’est déroulée du 21 septembre au 4 octobre 1998 aux Galeries Saint-Hyacinthe. L’entrevue a été réalisée au cours de l’année 1998.

Compte-rendu de l'entrevue
L'homme qui nous reçoit dans son salon aura 92 ans en décembre: il se nomme Jean Hébert et a toute une vie de travail à son actif. Il a consacré 65 ans au métier d'artiste-photographe. Il possède toutes les qualités nécessaires: un bon sens de l'observation et la maîtrise des chimies, des techniques et des manipulations. De son père Bénoni Joseph Hébert, il a hérité le talent. Les deux, à juste titre, peuvent être considérés comme de véritables artistes. Mais ça, monsieur Jean Hébert ne le sait pas ou plutôt, par modestie, il ne veut pas l'entendre.

Ce jour-là, nous lui avons emporté une trentaine de photographies. Bien que son fils Bernard nous ait demandé de ne pas dépasser la demi-heure, l'entretien dure deux heures. Nous n'aurons pas à poser beaucoup de questions. Au fur et à mesure que les photographies défilent, ses yeux deviennent pétillants. Avec des anecdotes, des confidences, des sourires qui en disent long et une mémoire surprenante, Jean Hébert raconte de façon savoureuse notre passé collectif.

Il nous donne une multitude de renseignements sur les individus, nous confirme la situation physique des édifices et nous parle des événements qui l'ont marqué. Soudain, la conversation prend un autre tournant et nous découvrons sa famille et sa vie.

Son père, B. J. Hébert, est né à Saint-Jean-sur-Richelieu, le 30 mars 1884. Il est le fils de Joseph Hébert et de Rosalie Labonté, de Saint-Hyacinthe. Son père, contremaître à la Canadian Pottery, perd son emploi lorsqu'il appuie des grévistes durant un conflit de travail. Le futur fondateur du Studio B. J. Hébert fait ses études chez les Frères des Écoles Chrétiennes de 1895 à 1902. Cette année-là, un commissaire remarque son talent pour la calligraphie. Cet homme se nomme Joseph-Laurent Pinsonnault et il fait partie d'une famille de photographes bien connue. En 1902 toujours, en plus d'orner les montages photographiques du Studio Pinsonnault, il représente l'atelier comme photographe à l'exposition régionale de Saint-Jean. Il travaille alors avec des photographies sur métal. 

En 1905, il se retrouve chez un frère de Pinsonnault à Sherbrooke. Pendant six mois, il gère le commerce alors que son patron produit des cartes postales dans une partie de la province. Au retour de ce dernier, il perd son empllloi. Après une visite à Saint-Hyacinthe, chez son grand-père maternel,  il décide de s'installer ici malgré la présence de sept photographes. Il est alors influencé par son oncle F.X. Labonté, qui lui fit valoir qu’à Sherbrooke il n’y avait que 9000 habitants, tandis que Saint-Hyacinthe en comptait environ 12000, sans compter les nombreux villages environnants.

En septembre 1905, il fait l'acquisition du Studio Archambault, situé au 137 rue Cascades, au-dessus du bureau d’assurances Bartels, qui logera plus tard la librairie Solis. L'édifice porte aujourd'hui le numéro civique 1440 des Cascades ouest. Il a appris à la bonne école et atteint rapidement la notoriété. Il devient le photographe attitré du clergé maskoutain, des industries et de la municipalité. Mais l'essentiel de sa production photographique demeure le portrait individuel ou collectif. En 1912, toutes les photos d'une publication sur Saint-Hyacinthe proviennent du Studio Hébert.

En 1916, il se porte acquéreur de l'édifice situé à l'angle sud--ouest de la rue des Cascades et de l'avenue Sainte-Anne. C'est aussi à cette époque qu’il fait l'acquisition du premier matériel d'éclairage électrique du Studio.

À Saint-Jean, en 1906, il épouse Éva Mercier, fille d'un commerçant épicier et cousine du célèbre Honoré Mercier. Le couple aura dix enfants dont Jeanne qui colore au pochoir d'admirables portraits. Thérèse, Gaston et Jean son successeur, apportent aussi une contribution notable dans ce domaine.


B. J. Hébert, artiste-photographe, nous laisse des souvenirs précieux de la vie d'ici. Il décède en février 1957, âgé de 72 ans.


Photo:
Monsieur B. J. Hébert (1884-1957).
Archives de monsieur Bernard Hébert.

Cet article est le premier d'une série de deux.

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