Albéric Marin, médecin dermatologue,
héros de guerre (1)


Luc Cordeau
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 26 avril 2006


Le héros
Albéric Marin, Montréalais originaire de Saint-Pie, ancien étudiant du Séminaire de Saint-Hyacinthe, entend l’appel patriotique et s’enrôle à deux reprises dans les Forces expéditionnaires canadiennes d’outre-mer (plus précisément dans le C.A.M.C., le Corps médical de l’Armée canadienne) lors de la Première Guerre Mondiale, 1914-1918. 



D’abord, le 13 mars 1915, âgé de 22 ans, il cesse temporairement ses études en 4e année de médecine pour aller aider dans les hôpitaux militaires en Europe. Le milieu militaire n’était pas inconnu d’Albéric. En effet, il était membre à Montréal de la XXe Field Ambulance, une unité médicale au service de la Milice canadienne. Arrivé à Devonport, Angleterre, le 15 mai 1915, à bord du navire SS Metegama, Albéric Marin (matricule 665) est rattaché au 4e Hôpital stationnaire canadien (hôpital pour Canadiens-français formé à Montréal), installé temporairement à Shorncliffe (point de rassemblement de plusieurs unités canadiennes de type administratif ou d’entraînement), où il reçoit son entraînement dès le 29 juillet. Quelques mois plus tard, le 19 novembre, Albéric se retrouve en France, à Saint-Cloud, où le 4e Hôpital stationnaire canadien vient d’être installé. Il est à Paris le 22 février 1916. Démobilisé le 26 mars suivant, il rentre au pays afin de terminer ses études. Gradé sergent, il reçoit sa première médaille : 1914-1915 Star, British War Medal.  


Reçu médecin en septembre 1916, le 30 novembre suivant, il s’enrôle à nouveau dans l’Unité 344 : Dépôt d’entraînement numéro 4 du Service de santé de l’armée canadienne. Parti d’Halifax le 4 mars 1917, il arrive au port de Liverpool en Angleterre, le 15 suivant. Rattaché au 2e bataillon de Réserve canadien, le 1er mai, et au 11e bataillon, à Shorncliffe, le 28 juin, il traverse en France le 6 juillet. On le retrouve à l’ancien Hôpital stationnaire canadien numéro 4 de Saint-Cloud devenu l’Hôpital général canadien numéro 8, du 21 juillet au 31 janvier 1918, date à laquelle Albéric rejoint les rangs du 22e bataillon afin de remplacer le docteur C.-J. Charpentier parti à Saint-Cloud. Il sera le dernier des 8 médecins de ce bataillon.


En France, en mars 1918, Albéric Marin a participé notamment aux batailles d’Arras, d’Amiens les 8 et 9 août où il agit comme chirurgien-major du 22e bataillon, et de Chérisy, du 27 au 29 août. Au sud d’Arras, après avoir pansé un aviateur blessé tombé près de la ligne ennemie, le docteur Marin découvre des huttes de 30 pieds de long chacune. Il décide d’y établir son poste de secours en compagnie d’un aumônier québécois, le capitaine Rosaire Crochetière, du diocèse de Nicolet. Dans la nuit du 2 au 3 avril, après avoir fait évacuer, par ambulance, tous les blessés cachés dans la hutte, le docteur Marin quitte quelques instants son poste afin d’aller secourir des hommes sur la ligne de feu. Marin passe à travers la mitraille intense. Quelques minutes plus tard, un obus allemand éclate près de la hutte du médecin et tue l’aumônier. Ce dernier avait écrit quelques mots portant sur le docteur Marin en février 1918, dans son carnet de guerre : « il a un bon caractère, c’est un agréable compagnon, il visite la ligne de feu ».


Lors de la bataille de Chérisy, le docteur Marin, en plus de continuer à soigner les blessés avec distinction, se fait remarquer en tant qu’officier combattant ! En effet, ayant remporté un grand succès lors de la bataille d’Amiens, les Canadiens sont désignés pour ouvrir le système de défense allemand, la Ligne d’Hindenburg, comprise entre les villes d’Arras et de Cambrai, comprenant un réseau d’îlots en béton armé, des milliers de mitrailleuses, une artillerie puissante, des fils de barbelé, etc. Ce système de défense bien organisé pour l’époque, était une véritable forteresse imprenable, selon les Allemands. 


Les Canadiens y travaillent du 26 août au 11 octobre 1918. Le 22e bataillon débute cette bataille le 27 août. Pendant deux heures, les hommes, par petits groupes, attaquent en traversant les trous d’obus et les barbelés, dans une plaine fauchée par les mitrailleuses et les obus, sans compter les corps à corps à la baïonnette. Le 28 août, à midi trente minutes, le major Georges Vanier qui deviendra Gouverneur général du Canada, de 1959 à 1967, lance une nouvelle attaque. Blessé dès le début de l’offensive, malgré les secours du docteur Marin, il devra être amputé de la jambe droite à l’hôpital de Ligny Saint-Flochel. Le champ de bataille est couvert de morts.


Photo: 
Albéric Marin, médecin-capitaine, vers 1915-1918.
Musée de la Citadelle de Québec


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