Albéric Marin, médecin dermatologue,
héros de guerre ( 2 )


Luc Cordeau
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 3 mai 2006


Après trois jours de combat, dans la soirée du 29 août 1918, sur les 700 sous-officiers et soldats et des 22 officiers, il ne restait plus que 80 sous-officiers et soldats et un seul officier, le docteur Albéric Marin. Tous les autres hommes avaient été tués ou blessés. Sans chef, les soldats hésitaient à poursuivre le combat.


De son ambulance (ce terme désignait un centre de premiers soins autant qu’un véhicule destiné à transporter les blessés) au rebord d’un plateau, le docteur Marin voyait bien que la situation était devenue désespérée. N’écoutant que son courage, il enlève ses insignes de la Croix-Rouge, qui lui donne la protection et dévale la pente en vitesse, donne son masque à gaz à un soldat qui n’en a plus, prend le fusil d’un mort, rassemble les survivants, et part à l’attaque avec ses hommes contre les Boches et les mitrailleuses.


Au cours de la bataille, il soigne également les blessés. Pendant qu’il panse un des siens, il est lui-même blessé à la main gauche par un pistolet à fusée qui part malencontreusement. Il continue à diriger ses hommes malgré un bras en écharpe jusqu’à 22 heures, c’est-à-dire, jusqu’à ce qu’il soit blessé une seconde fois, selon certaines sources, par un obus qui éclate tout près de lui, le renverse, l’assomme, et le blesse à la main droite, pour d’autres, il est gazé par l’ennemi. Il reprend conscience le lendemain sous une tente d’ambulance de campagne. La carrière d’officier combattant du médecin capitaine Albéric Marin prend ainsi fin. Le 30 août, le 22e bataillon n’avait plus d’officiers et ne comptait que 40 soldats.


Pour ses actes de bravoure d’Amiens, les 8 et 9 août 1918, et de Chérisy, du 26 au 29 août suivant, le docteur Marin a été décoré des médailles de La Croix Militaire (Military Cross) avec agrafe (c’est-à-dire, une deuxième Croix Militaire), fait exceptionnel, surtout dans le Service de santé, qu’il reçut des mains du Roi d’Angleterre Georges V, le 11 janvier 1919. Selon les archives militaires et la Gazette de Londres, il a mérité ces décorations pour sa « bravoure et son dévouement remarquable. Pendant plusieurs jours consécutifs, il a soigné et encouragé les blessés sous un violent feu d’artillerie et de mitrailleuse avec détermination et entrain, malgré qu’il fut lui-même blessé. Son exemple d’abnégation et de mépris du danger eut un effet considérable sur tout le bataillon ». Albéric Marin est l’un des quatre officiers du 22e bataillon à recevoir les médailles britanniques de La Croix Militaire avec agrafe. Il reçoit également les médailles de Guerre 1914-1918, de la Victoire, 1914-1918, ainsi que la Croix de la Légion d’honneur, de la France, en 1927.


La guerre ayant pris fin le 11 novembre 1918, c’est à bord de l’Olympic, le navire jumeau du Titanic, que les hommes du 22e bataillon canadien-français reviennent au Canada, à Halifax en provenance de Southampton, Angleterre, le 16 mai 1919. Quelques jours plus tard, le 19 mai, c’est la démobilisation générale, à la Caserne de la rue Peel, à Montréal. Albéric Marin quitte le 22e bataillon pour reprendre la vie civile.


Sa famille
Fils de Régis Marin (1863-1941), et de Emma Célina Boulay (1871-1950), Joseph Régis Albéric Marin est né à Saint-Pie, le 12 mars 1893. Baptisé le jour de sa naissance, il a pour parrain et marraine ses grands-parents Joseph Marin et Agathe Delage. Albéric est l’aîné d’une famille de trois enfants (Charles-Émile, 1897-1898, et Lucille, 1913-1995). Son père est le frère des juges Émile Marin, de Saint-Hyacinthe, et Gustave Marin, de Montréal. À Saint-Pie, la famille habite, en juin 1894, dans une maison louée de la rue Salaberry.


Vers 1895-1896, la famille déménage à Montréal. En effet, ils habitent au 90, de la rue Frontenac, en 1896. Régis travail comme conducteur de tramways pour la compagnie Montreal Street Railway. Il occupera ce poste pendant plusieurs années.


Albéric Marin, médecin, de la paroisse Saint-Jacques de Montréal, épouse Laure-Germaine Roy (1893-1922), de Saint-Pie, fille de Barthélémy Roy, marchand, et de Élisa Cheval, le 24 août 1920. Le couple a un enfant, Régine, née en 1921. Laure-Germaine décède le 1er février 1922, âgée de 28 ans, à la suite d’une méningite. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Pie, le 3 février. Albéric épouse en seconde noces, Marcelle Louise Délia Langlois (1900-1985), le 20 septembre 1923, à l’église Saint-Jacques de Montréal. Elle est la fille de Godfroy Langlois (1866-1928), journaliste, politicien, Commissaire du Québec en Belgique, et de Marie-Louise Harbour. De cette union naît un fils, Godfroy (1925-2005), qui sera avocat à Montréal.


Photo:
Albéric Marin, médecin et professeur, avec ses médailles militaires, vers 1940, par Albert Dumas, photographe.
Source : périodique Le mois de Jovette, Revue moderne ltée, Montréal, avril 1943, page 39. BAnQ.


Cet article est le deuxième d'une série de quatre.


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