Anciens rédacteurs du
Courrier de Saint-Hyacinthe (1)


Par Camille Madore
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 29 septembre 1976
 


Avec ses cent vingt-trois ans d'existence ( en 1976), Le Courrier de Saint-Hyacinthe est sans conteste le plus ancien de nos journaux et le doyen de la presse d'expression française au Canada et même en Amérique.


Au cours de sa longue histoire, il a eu, tout à tour, comme rédacteurs un bon nombre de grandes personnalités dont nous voudrions évoquer ici le souvenir.


Dès sa fondation, le premier mars 1853, monsieur Louis Delorme, avocat, qui fut député aux Communes de 1870 à 1878, accepta de prendre charge de la direction politique de ce nouveau journal et messieurs Jean-Paul Guitté, ancien imprimeur de l'Écho des campagnes à Berthier et A. Grandpré, se chargèrent de l'impression et de l'administration de cette nouvelle feuille. Un jeune français, nommé Pettit, y était aussi attaché à la rédaction.


Voici maintenant quelques-uns des rédacteurs qui se sont succédé depuis cette date jusqu'à nos jours :


MEDERIC LANCTÔT : Originaire de Saint-Edouard (Napierville) monsieur Lanctôt fit son cours classique au Séminaire de Saint-Hyacinthe où il entra en 1849 puis il entreprit l'étude du droit et fut rédacteur au Courrier de 1856 à 1858. Reçu avocat, monsieur Lanctôt alla s'établir à Montréal.


RAPHAËL FONTAINE : Né à Saint-Hugues de Bagot en 1840, Raphaël-Ernest Fontaine fit ses études au Séminaire de Saint-Hyacinthe et son droit dans la même ville, tout en s'occupant de journalisme au Courrier. Admis au barreau en 1862, il fut tour à tour en société avec l'honorable Jean-Baptiste Bourgeois, Francis Morison, Honoré Mercier, Paul de Cazes et Maurice Saint-Jacques (l'époux de l'écrivain « Fadette » du journal Le Devoir).


Nommé juge de la Cour Supérieure pour le district de Richelieu en janvier 1901, il alla demeurer à Sorel où décéda le 20 septembre 1902.


HONORÉ MERCIER : Né à Iberville en 1840, Honoré Mercier fit ses études au Collège des Jésuites à Montréal, puis il vint à Saint-Hyacinthe en 1862 où il entra au Courrier en qualité de rédacteur et entreprit l'étude du droit au bureau des avocats Laframbroise et Papineau. Admis au barreau en 1865, il abandonna le journalisme l'année suivante pour se consacrer à la pratique de sa profession.


Élu député de Saint-Hyacinthe à l'Assemblée législative en 1879, il quitta Saint-Hyacinthe en 1881, mais il demeura député du comté jusqu'en 1890. Chef du parti libéral en 1883, il devint par suite des élections générales de 1887, premier ministre de la Province, poste qu'il occupa jusqu'en décembre 1891.


Chevalier Grand « Croix de l'Ordre de Saint-Grégoire le Grand et comte romain, l'honorable Mercier décéda à Montréal le 30 octobre 1894 à l'âge de 54 ans.


PAUL DE CAZES : Originaire du comté de Richmond-Wolfe, Paul de Cazes, étudia le droit, en même temps qu'Honoré Mercier et Louis Tellier, au bureau des avocats Laframboise et Papineau, tout en collaborant à la rédaction du Courrier.


Poursuivant ensuite ses études en Europe, il était en France lors de l'incendie de 1876 qui réduisit en cendre une grande partie de notre cité et c'est par son intermédiaire que la maréchale Mac Mahon épouse du président de la République, envoya 600.00 $ pour venir en aide à nos sinistrés auxquels la Grande Chartreuse ajouta huit cents autres.


Auteur d'un volume publié en 1880 et intitulé « Notes sur le Canada », il en reçut des éloges de la Commission internationale de Venise (Italie). Et, vers 1882, Paul de Cazes fut l'un des vingt premiers Canadiens-français à être élus membres de la Société Royale du Canada, que venait de fonder le marquis de Lorne, Gouverneur Général du Canada.


Enfin, vers 1890, il fut nommé Surintendant de l'Instruction publique de la Province de Québec.


AUGUSTE ACHINTRE : Né à Besançon (France) en 1834, Auguste Achintre, qui fut un temps rédacteur au Courrier de Saint-Hyacinthe, entra tout jeune à l'École de Cavalerie de Saumur et fit la guerre en Crimée. Plus tard, il donna sa démission pour voyager et, après un séjour prolongé à Saint-Domingue, il vint au Canada où il s'adonna aux lettres. Nous avons de lui « Portraits et dossiers parlementaires », une monographie de l'île Sainte-Hélène (en face de Montréal), des monographies de monuments et d'institutions, des poésies fraîches et délicieuses.


Auguste Achintre, quitta Saint-Hyacinthe pour Montréal où il mourut quelques années plus tard à l'hôpital Notre-Dame.


ADOLPHE CHICOINE (ou CHICOYNE) : Originaire de Saint-Pie de Bagot où il naquit en 1844, Adolphe Chicoine, après avoir terminé son cours classique au Séminaire de Saint-Hyacinthe, étudia le droit lui aussi, puis, il entreprit une active carrière journalistique et politique qui le conduisit à s'occuper de colonisation dans les Cantons de l'Est où il fut élu député de Wolfe et plus tard, devint maire de Sherbrooke.


Sur la fin de sa vie, il revint abriter ses derniers jours au village de La Providence, dans l'ancienne maison « Nagle » (« La Villa des ancolies » du roman de Jules Larivière), où il décéda le 3 octobre 1910.


A.-T. BERNIER : L'avocat A.-T. Bernier (ou T.-A. Bernier) selon d'autres, avait terminé son cours au Séminaire lorsqu'en 1866, les avocats de Saint-Hyacinthe, les notaires et les étudiants en loi présentèrent une requête au supérieur du Séminaire le priant de fonder une Chaire de Droit dans cette institution. Mais il semble bien que cette présomptueuse fantaisie n'eût aucune suite.


Il collabora lui aussi au journal. Cependant, dès qu'il fit partie du barreau, il alla s'établir au Manitoba où il devint Surintendant de l'Instruction publique de cette province et fut nommé plus tard sénateur.


OSCAR DUNN : Originaire de Coteau-du-Lac, Oscar Dunn entra au Séminaire de Saint-Hyacinthe en 1856. Conformément à son tempérament saturé d'admiration pour la race d'Agamemnon (les Grecs), écrit Mgr Choquette, il ne voulut d'autre clientèle que le public auquel il s'adressa toute sa vie par la parole et par la plume. Tout jeune écolier, il écrivait dans les journaux. Cet attrait ramena le publiciste, en juin 1866, à Saint-Hyacinthe, où il entreprit la rédaction du Courrier et y trouva ses prédécesseurs : messieurs Boucher de LaBruère et Honoré Mercier.


Photo :
Paul De Cazes, un des nombreux rédacteurs du Courrier de Saint-Hyacinthe.
Collection Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe.


Cet article et le premier d’une série de deux.


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