Buanderie chinoise à Saint-Hyacinthe, 1890


Par Luc Cordeau
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe, le 12 mai 2011.

Autrefois, il était rare de voir des immigrants asiatiques dans des villes comme Saint-Hyacinthe. Ces personnes d’apparence « différente » devenaient des objets de curiosité et de craintes. Les journaux cherchaient à les dénigrer et les ridiculiser.


Accueil chaleureux…
Journal L’Union, Saint-Hyacinthe, mercredi 30 juillet 1890 : « Un Chinois de la plus belle eau, portant une longue natte de cheveux, nous est arrivé lundi [28 juillet], il a l’intention de s’établir ici. Nos lecteurs l’ont déjà deviné, c’est une buanderie qu’il se propose d’ouvrir. »


« Un fils du Céleste Empire débarquait à Saint-Hyacinthe lundi soir. On nous dit qu’il vient ici dans le but d’ouvrir une buanderie. Nous croyons que nous n’avons guère besoin de cette importation. M. Arthur Côté tient ici une très bonne buanderie [située au 730-740 Choquette] et suffit aux besoins de la ville. Ces déballés d’outre-mer, qui viennent en notre pays à l’ombre d’une caisse de thé, qui pendant des années font concurrence désastreuse à nos industries domestiques, ne dépensant pas dix sous par jour et qui ne sont pas du reste, des sujets d’édification morale ordinairement, n’ont guère besoin de notre encouragement, [et] notre devoir est de ne point le [leur] donner. » Journal La Tribune, Saint-Hyacinthe, 1er août.


« Les Chinois – C’est immigrants dont nous annoncions la prochaine arrivée sont arrivés. Les amateurs d’esthétique sont priés de passer chez eux pour examiner à loisir le minois des deux fils du Céleste Empire. Ils ouvriront une buanderie sur la rue St-Antoine. » La Tribune, 8 août.


L’Union, samedi 9 août: « Les Chinois - Un journal de New-York dit qu’un Chinois qui tenait une buanderie dans cette ville a laissé la ville pour des lieux inconnus emportant avec lui tout le linge que ses [clients] lui avaient déposés. À Montréal, l’autre jour, Ah Lee alias Sam Long, a fait arrêter son compatriote T. Yoo alias Weely pour une dette de $195. Ils sont frères et blanchisseurs de leur métier. »


Vandalisme…
La Buanderie chinoise était à peine ouverte que des vandales ont faits part de leur mécontentement. Une autre façon d’indiquer à ces nouveaux résidents qu’ils n’étaient pas les bienvenus ici. Par hasard, le principal vandale était Arthur Côté, buandier. Ce monsieur ne semblait pas apprécier la compétition ! Journal Le Courrier de Saint-Hyacinthe, jeudi 7 août: « Vandalisme – Dans la nuit de mardi [5] à mercredi [6 août] dernier, trois hommes ont sauvagement ravagé la nouvelle buanderie des Chinois, [au 45] rue St-Antoine [de nos jours, le 1085 St-Antoine]. Quatre grandes vitres doubles ont été cassées, un châssis intérieur a eu le même sort. On voit l’étendue des dommages. On peut ne pas aimer les Chinois, comme peuple, mais on doit respect aux individus. Cet acte de pillage est donc condamnable à tous égards. La police est déjà sur les traces des coupables, il est à souhaiter dans l’intérêt du bon ordre et de la tranquillité en ville que de semblables méfaits ne restent pas impunis. »


La Tribune, 29 août: « Arrestations – Arthur Côté, propriétaire de la buanderie [Côté], et Noël Lussier, employé chez Pagnuelo Frère, ont été arrêtés samedi sur la plainte de Charles Lapierre, sur accusation des dommages à [sa] propriété occupée par les Chinois. Côté et Lussier ont été admis à caution moyennant une somme de $200 chacun. » Le 30 août, L’Union rapporte qu’une enquête préliminaire s’est ouverte le jeudi 28 août et que selon un témoin entendu, l’accusé Noël Lussier aurait dit la veille du méfait : « qu’on ne devait pas endurer ces gens-là ici, qu’il fallait les shipper. » L’Union du 24 septembre indique que suite à l’enquête et aux témoignages entendus, le magistrat a rendu la décision que les accusés sont condamnés aux assises. Lussier et Côté ont choisis un procès devant le shérif Sicotte.


Disparu…
L’Union, 10 décembre 1890 : « Parti – Le buandier chinois Sam Lee est décampé la semaine dernière sans tambour ni trompette pour une place inconnue. Nous ne savons à quoi attribuer son prompt départ, il ne laisse aucune dette et sa boutique paraissait être assez bien achalandée. » « Chinoiseries – Sam Lee a pris la poudre d’escampette. Sans avertir ses bons amis de St-Hyacinthe, il a fermé à clef la porte de sa boutique et a filé, on ne sait où. Le chef de police qui a dû enfoncer la porte de la boutique n’a trouvé qu’un matelas et quelques objets d’aucune valeur. St-Hyacinthe qui n’est pas déjà riche en choses rares en perd une dans Sam Lee. » La Tribune, 12 décembre 1890.


Illustration: L'Union, 30 août 1890.