Centenaire des jardins du Séminaire


Par Léo Sansoucy, ptre
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 25 octobre 1978

Lundi, le 9 octobre 1978, jour d’action de grâce, les Anciens du Séminaire de Saint-Hyacinthe ont eu leur réunion annuelle, sous la présidence de Mgr Amédée Proulx, évêque auxiliaire de Portland, le premier franco-américain à accéder à l’épiscopat dans ce diocèse. Les Anciens ont voulu, en cette occasion, marquer le centenaire d’un événement important pour eux et qui n’est pas sans intérêt pour la population de Saint-Hyacinthe : le centenaire de l’aménagement des jardins du Séminaire, lors de la première réunion générale des anciens élèves, au printemps de 1878.


Avant cette date, à différentes reprises, des groupes d’anciens élèves étaient revenus au Séminaire, en particulier lors du décès du fondateur, Messire Antoine Girouard, à l’été 1832, de la bénédiction du nouveau collège en 1853, de la translation du corps de Messire Girouard, de la crypte de l’église paroissiale au cimetière du Séminaire, le 17 juillet 1861.


En 1877, un groupe d’Anciens, répondant à des souhaits fréquemment exprimés, se forment en comité et décident d’organiser pour l’année suivante, la première réunion générale des anciens élèves de cette institution. Et pour que leur réunion apporte un témoignage éloquent de leur gratitude, ils voulurent élever un monument au fondateur et aménager autour de sa statue, comme un cadre digne de lui, un magnifique jardin. Ils confièrent ce vaste projet à l’architecte Adolphe Lévêque de Montréal, qui conduisit tous les travaux. Un artiste de Montréal, Monsieur Van Luppen, modela la statue, d’après un portrait de Messire Girouard, œuvre du peintre Dulongpré. C’est L.G. Hérard, jeune artiste canadien, qui la coula dans le bronze. Installée au milieu du jardin, elle mesure 2.21 mètres de hauteur et est posée sur un piédestal de 2.37 mètres.


Autour de la statue, l’architecte aménagea les jardins. II traça les allées sinueuses, fit creuser les pièces d’eau, installer quatre fontaines, la principale presqu’au pied de la statue, les autres aux deux extrémités des jardins. II construisit deux kiosques, l’un chinois, l’autre, à musique, planta une grande variété d’arbres qui vinrent s’ajouter à quelques ormes déjà centenaires.


Tous ces travaux étaient terminés lorsque les Anciens, un millier environ, se réunirent les 25 et 26 juin 1878. En voici le programme de cette réunion :


Mardi soir, le 25 juin
Vers huit heures, entrée, musique, adresse de bienvenue aux Anciens par les élèves actuels : Louis Lussier. Réponse d’un ancien élève : l’Honorable juge Louis-Victor Sicotte. Séance littéraire, histoire anecdotique des premières années du collège.


Mercredi, le 26 juin
Messe basse à l’ancienne paroisse, à l’arrivée du train spécial de Montréal. Retour au Séminaire en procession, musique en tête. Adresse au Séminaire, par un ancien élève : l’Honorable juge Auguste Papineau. Discours par un Ancien qui présentera les cadeaux au Séminaire. Réponse du Supérieur. Dîner. Distribution des prix, suivie de diverses allocutions. Vacances.


La fête fut magnifique. Les journaux de l’époque y font largement écho, décrivant en particulier la beauté des jardins. Quelques Anciens, qui avaient bien connu Messire Girouard, déclarèrent que l’artiste avait rendu fidèlement les traits du fondateur. C’est Mgr Alexandre Taché, o.m.i., ancien du cours 1833-1841 et alors archevêque de Saint-Boniface, qui présenta statue et jardins comme cadeau au Séminaire en « Hommage au fondateur et à ceux qui continuèrent son œuvre ». Au cours de cette allocution, Mgr Taché notait ce détail intéressant : « c’est, disait-il, la première statue en bronze faite dans un atelier canadien-français et la première statue élevée en l’honneur d’un canadien ».


Depuis cent ans, le Séminaire a conservé fidèlement cet ensemble ornemental, qu’il devait à la générosité de ses anciens élèves. Le plan d’ensemble n’a jamais été modifié : mêmes tracé des allées, fontaines, et localisation des massifs.


À l’occasion de ce centenaire, le Conseil des Anciens a décidé de restaurer l’œuvre de leurs prédécesseurs. Déjà, au cours de l’été dernier, un grand nombre d’arbres ont été émondés, soignés, pansés, selon les indications très précises d’un ingénieur-forestier. Un architecte-paysagiste a préparé un plan d’embellissement que le Séminaire fera exécuter par étapes, au fur et à mesure que les sommes nécessaires lui seront fournies. Bientôt, il fera graver sur la base de la statue les inscriptions commémoratives que le Conseil des Anciens a choisies.


Et ainsi restaurée, cette pièce intéressante de notre patrimoine maskoutain entreprendra son second siècle d’existence.


Photo:
Les jardins du Séminaire
Fonds Séminaire de Saint-Hyacinthe