Des Noirs parmi les Blancs (2)


Par Jean-Noël Dion
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 15 février 2006


Le recensement de 1851 indique la présence de onze membres de la communauté noire à Saint-Hyacinthe.  Outre la famille du cocher et jardinier des Laframboise, les cinq personnes suivantes ont été recensées : Mary Grenn, 25 ans, native de Virginie ; Dianna Jakson, 43 ans ; Ellen Bosnith, 18 ans, étudiante ; Léonard Bosnith, 13 ans, ces derniers natifs de Kenderhosk?, É.-U. ; J.-J. Bosnith, 1 an, natif de Saint-Hyacinthe.  Il est fait mention de plus qu’un « enfant de cette maisonnée est mort en 1851, âgé de 8 jours ».

L’hôtelier S.-W. Farguhar, 36 ans, semble avoir embauché quelques autres personnes de couleur, déduction faite selon la provenance : Speaker Truss, 25 ans, waiter, natif de Virginie ; Margaret Truss, 21 ans, housemaid, de Virginie ; Margaret Wilson, 50 ans, cook, veuve, native de Baltimore. 

Comme on peut le constater, les communautés ethniques ont contribué et contribuent au développement du Québec, mais l’image que la population se faisait des immigrés, pour gênante qu’elle puisse paraître aujourd’hui, est presque devenue un lieu commun.  Les arrivants constituent une main-d’œuvre à bon marché, que l’on dit analphabète, aux mœurs bizarres, de qui il faut se méfier.  Heureusement, les temps ont changé.

Encore à la lecture de l’histoire maskoutaine, il est curieux de constater un certain préjugé dans les mentalités.  Alors que Mgr Choquette rappelle la Guerre de Sécession américaine (1860-1865), la lutte des Nordistes contre les Sudistes esclavagistes, ces « planteurs de tabac, de coton, de canne à sucre, ces pachas entourés de troupeaux noirs… » (p. 279), il rend compte du poids des deux armées : l’une, celle du Sud, en apparence pauvre « ces belligérants sans navires de guerre, sans fabrique d’armes et de munition, démunis de toutes les nécessités de la guerre », mais forte en hommes de guerre ; et celle du Nord, bien équipée et préparée.  « Et voici, ajoute-t-il, que ce petit peuple (Sudistes) fait mine de résister ; il résiste effectivement, victorieusement. 

Aussitôt nos vœux allèrent au petit, à David devant Goliath. 
Loin de comprendre cet état d’âme, qui n’est pas sans noblesse, les Nordistes entreprirent de punir comme un crime positif notre penchant pour leurs ennemis et ils trouvèrent le secret d’être cruels à l’excès » et ce par l’abandon en 1866 du traité de réciprocité commerciale canado-américain par lequel le Sud s’approvisionnait, des plus rémunérateurs et qui avantageait les provinces du Canada-Uni.  Le malheur des uns…  Et à titre d’exemple, l’auteur affirme que durant la guerre, « les Nordistes exploitèrent à Upton, près des fermes de M. (Joseph) Pilon, ancien député de Bagot, un filon de galène qui rendit une soixantaine de tonnes de plomb.  Un plomb canadien, mascoutain presque, aura contribué à l’abolition de l’esclavage des noirs ! » (p. 280).

Alors que Mgr Choquette traite de la Guerre de Sécession américaine et de son penchant, semble-t-il, pour les Sudistes, il prétend que l’accueil d’une noire, fille d’esclave, par des gens de chez-nous, est un geste déplacé.  « Je trouve une preuve concrète, abusive presque, de ce sentiment dans la conduite d’une famille de Saint-Hyacinthe à l’égard d’une fille d’esclave née en Georgie. 

Cet énoncé éveille, je n’en doute pas, chez le vieux lecteur, le souvenir de la famille Léandre Boivin, au no 177, rue Girouard, et de sa pupille noire, Mademoiselle Guilmartin.  Celle-ci vécut dans la maison Boivin comme une fille d’adoption, tenue au même rang que les autres et fréquentant comme eux la société de Saint-Hyacinthe.  De manières plaisantes, instruite, distinguée, Mlle Guilmartin faisait oublier sa couleur pour laisser percevoir ses qualités intérieures et l’agrément de sa personne.  Elles épousa M. Talbot, député de Bellechasse » (p.  279).

Le discours de l’ecclésiastique confirme la conception défavorable que l’on se fait à l’époque, envers les gens de couleur et envers les étrangers en général, surtout dans un petit milieu, refermé sur lui-même et qui n’est pas habitué à voir dans son entourage et à vivre quotidiennement avec des personnes originaires de pays lointains. 

Le député Onésiphore Ernest Talbot (1854-1934) est né à Saint-Arsène, comté de Témiscouata.  Ancien du Séminaire de Québec, il s’installe sur une ferme et s’intéresse à la politique fédérale où il représente sous la bannière libérale, le comté de Bellechasse de 1896 à 1911, année de sa défaite électorale.  Il a épousé le 7 septembre 1887, en la paroisse Notre-Dame de Québec, Marie-Anne Guilmartin, créole de Savannah en Georgie, fille de Laurena-James Guilmartin et de Françoise Marie Leoyd.   Le couple aura un fils Lawrence-Ernest qui sera mécanicien.  Madame Guilmartin se séparera de corps et de biens pour mourir à Québec dans sa maison de la rue Grande Allée.


Photo:
Onésiphore Ernest Talbot, député de Bellechasse aux Communes en 1906.


Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/On%C3%A9siphore-Ernest_Talbot

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