En ce temps là… l’hiver!


Par Philippe Pothier
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 18 décembre 1991.


Dans les grands froids d’hiver, la fournaise était poussée à sa pleine capacité. Ces soirs-là, couchés dans nos lits, nous entendions les clous péter dans la charpente et l’eau bouillir dans les radiateurs.


Et si ma mère se plaignait d’avoir froid, mon père descendait à la cave et frappait sur la fournaise avec son tisonnier pour qu’elle puisse entendre le bruit de ses opérations. Il ne pouvait rien faire de plus mais quand il remontait, ma mère se sentait déjà réchauffée.


Les petits rhumes n’étaient pas soignés. Les gros rhumes étaient traités avec des mouches de moutarde ou de thermofuge qui étaient appliquées en pâte sur la poitrine. Nous étions brûlés comme par une forte insolation. L’on commençait à guérir quand le thermofuge était séché et qu’il tombait en morceaux par l’ouverture des culottes.


Durant une bonne partie de l’hiver, les enfants devaient prendre leur gelée de graine de lin, le soir au coucher. Chacun notre tour, nous passions à la cuisine pour enfourner la grande cuillère remplie de cette compote brunâtre que ma mère venait de faire réchauffer sur le poêle. L’on y mettait un peu d’amidon ou de fécule de mais pour l’épaissir et un peu de sucre ou de mélasse pour lui donner meilleur goût.



Mon père lui, soignait ses rhumes de cerveau avec du tabac à priser. Il en avait toujours une petite boîte rouge de Copenhagen dans le fond de son tiroir de commode. Alors il éternuait à n’en plus finir. Il prétendait que pour provoquer un dégagement nasal, c’était le remède idéal.


J’ai déjà essayé le traitement mais la crise de sternutation et la montée abondante des larmes qui s’ensuivirent me rebutèrent à tout jamais de cette thérapeutique.


Mon père se plaignait souvent d’avoir mal aux reins, l’hiver, il portait une large bande de laine ou de flanelle au bas du dos pour se protéger des refroidissements. Dans les gros froids il portait des bottines de feutre.


À la maison il y avait toujours en permanence quatre substances faisant office de panacée à toutes les petites maladies : la vaseline, l’acide borique, l’onguent de soufre ou de zinc et le peroxyde d’hydrogène. La vaseline servait pour les brûlures et les échauffaisons. On l’utilisait aussi pour fabriquer un onguent avec du soufre en poudre. Cette pommade était appliquée sur les plaies ou les boutons purulents.


L’acide borique présidait au traitement de toutes les infections et surtout au bain des yeux le matin lorsqu’on se réveillait avec les paupières collées. Le peroxyde était le désinfectant par excellence sur les coupures et les éraflures. Son application provoquait un brûlement accompagné de petites bulles et ma mère nous disait alors que c’était le mauvais qui sortait!


Il y eut aussi des pastilles de chlorate de potasse que l’on suçait pour les maux de gorge. Plus tard, à l’époque du collège, après avoir fait un peu de chimie, l’on s’en servait écrasées et mélangées à du sucre pour faire des pièces pyrotechniques dans un cône de papier journal.


Illustration:
Quelques fois, il arrivait que seule une potion magique… comme l’huile de castor… ou de lin pouvait venir à bout d’un gros méchant rhume! Peut-être la potion n’était-elle pas très agréable au goût, mais le fabuleux sourire de la bonne maman aidait à faire passer le tout.
Source: page couverture Good Old Days, mars 1991.