Histoires de glace (1)


Par Paul Foisy
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 9 janvier 2008.

Ah l’hiver… Nous voici encore une fois en plein hiver. Certains le déplorent, tandis que d’autres s’en réjouissent. Alors que les adultes s’essoufflent à dégager la dernière accumulation de neige, les enfants s’en donnent à cœur joie, impressionnés par ce grand tapis blanc.  Quelques fois, la situation tourne au drame : rappelez-vous le début de l’an 1998. Voilà à peine dix ans, il y eut le grand Verglas. Mais la plupart du temps, la présence de l’hiver autorise la pratique de nouvelles activités extérieures. On range le ballon de soccer et les gants de baseball et on chausse les patins, ces bottines munies de lames qui nous facilitent la tâche lorsque nous voulons sillonner les surfaces glacées. Au cours des semaines à venir, je vous propose quelques histoires de glace, de patins et de bâtons. Il n’en faut pas plus pour saisir toute la nordicité qui nous façonne depuis toujours.  


On aménage des « patinoirs »
Bien que l’on atteste l’existence de patineurs au temps de la Nouvelle-France, le patinage ne devient un véritable divertissement qu’au début du XIXe siècle. À de nombreuses reprises, la présence des patineurs sur les surfaces glacées des étendues d’eau se manifeste par des tragédies rapportées par les journaux. Prenons l’exemple de la fâcheuse mésaventure de deux jeunes Maskoutains survenue en décembre 1899. Les jeunes Wingender et Laporte patinent près du pont de la Société lorsque la glace cède sous leur poids. Le fougueux Armand Lanctôt se porte à leur secours à l’aide d’une échelle et il réussit à tirer d’impasse les deux intrépides. Suite aux tribulations des deux jeunes gens, le rédacteur du Courrier de Saint-Hyacinthe fait un appel à la prudence le 14 décembre : « Les amateurs du patin feront bien de ne pas s’aventurer trop tôt sur la glace, à cette saison de l’année. Le dénouement heureux de ce dernier incident ne se produit pas toujours. »


Pour palier aux dangers de la sorte, on aménage des espaces réservés au patinage sur la terre ferme. Certains patinoirs (au masculin), comme on les appelait à l’époque, peuvent être munis d’une couverture. L’aménagement de patinoirs sécuritaires contribue au développement d’une nouvelle activité, le bal masqué sur glace ou la mascarade.


Une première mascarade maskoutaine
En janvier 1877, la « Compagnie du Rond à Patiner de Saint-Hyacinthe » érige un bâtiment sur les terrains de la Corporation municipale en face du Palais de Justice. Cette bâtisse que l’on peut situer aujourd’hui en plein cœur du Parc Casimir-Dessaulles, mesure cent pieds par cinquante et elle est éclairée au gaz. La première mascarade se déroule le 18 janvier et l’admission est « gratis ». Les membres du Club des Patineurs inaugurent l’endroit en soirée. Tous costumés, les cinq dames et vingt-huit messieurs sillonnent la glace au son de l’orchestre des « Fusilliers Royaux ». Pour tous les spectateurs admis « gratis », la mascarade est une source d’amusement. Pour le citoyen de cette époque, qui n’avait qu’une conscience littéraire ou journalistique du monde extérieur, la vue de gens costumé en amazone, en roi, en marchand de guenilles ou en militaire, sollicite vivement l’imaginaire. C’était bien avant la télévision!


Au fil des ans, des dizaines de mascarades se déroulent sur des patinoires aménagées à différents endroits de la ville. En fait, à Saint-Hyacinthe, l’âge d’or de la mascarade s’échelonne de 1877 jusqu’à la fin des années 1930. Quelques mascarades passent à l’histoire, comme celle présentée en janvier 1913. Le rédacteur du Clairon le 24 janvier rapporte qu’au son de la musique de la fanfare de la Philharmonique, « plus de mille personnes s’étaient données rendez-vous mardi soir dernier pour assister à la grande mascarade à la patinoire Yamaska. Il était environ huit heures lorsque défila sur la glace la grande parade des costumés dont le nombre s’élevait à plus de deux cents. Leur passage fut salué de longs et chaleureux applaudissements. Le coup d’œil était vraiment joli et le genre de costumes était très varié. »


L’anneau glacé du Parc Casimir-Dessaulles
S’il est un lieu de rassemblement riche en histoire au centre-ville de Saint-Hyacinthe, c’est bien au Parc Casimir-Dessaulles. Très fréquenté en été lors des Beaux Mardis de Casimir, il ne faut pas oublier qu’en hiver, on y aménage un anneau de glace depuis quelques années. En soirée, tout un spectacle s’offre aux patineurs. Cette ambiance chaleureuse n’est pas sans rappeler qu’au sein de la société maskoutaine d’autrefois, nous n’avions pas peur de braver le froid.

Photo:
Un couple de patineurs au clair de lune.
Source: Le Soleil, 11 décembre 1900, p.5. Collection Paul Foisy


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