Histoires de glace (2)


Par Paul Foisy
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 16 janvier 2008


Alors que la plupart des bonnes gens de la société maskoutaine chaussent les patins et étrennent leurs costumes lors de mascarades, quelques autres rêvent d’une activité plus vivifiante. Plusieurs ont entendu parler d’un nouveau sport pratiqué par les anglo-canadiens. Il s’agit bien sûr du hockey, qui ne possède pas encore le statut de sport national. Loin de là, il faut l’avouer!

Bien que cette activité soit pratiquée sous certaines formes depuis plusieurs années, les historiens s’accordent autour d’un événement fondateur qui marque officiellement la naissance du hockey sur glace. Cet événement prend la forme d’une partie jouée à Montréal, le 3 mars 1875, au Victoria Skating Rink. Ce qui est important de retenir autour de cette joute, c’est que le journal The Gazette en publie le compte-rendu le lendemain. Il s’agit de la première partie publicisée.

Il est clair qu’à cette époque le hockey se pratique dans les grands centres urbains. Il faudra attendre quelques années avant que cette nouvelle activité hivernale parvienne jusqu’à Saint-Hyacinthe. On découvre une première mention dans les journaux maskoutains le 31 décembre 1904, ce qui constitue en soi une bonne nouvelle pour le début de l’an 1905. En effet, une publicité de Lefebvre et Larivière, invite les amateurs à se procurer « patins à ressorts, lames, hockey et puck, à très bas prix. » Tous ces magnifiques objets de plaisir sont exposés dans la vitrine de la boutique du marchand général.

Deux semaines plus tard, certaines informations nous parviennent à propos de hockey. Selon le Courrier de Saint-Hyacinthe, le jeune Guillaume Lahaise, écolier au Séminaire, se fracture une jambe lors d’une partie de hockey. Puis, le journal publie une information teintée d’humour. Voyons un peu : « On annonçait pour hier soir un tournoi de Hockey entre deux équipes, l’une composée des employés des Banques de la ville et l’autre choisie parmi les concitoyens. Ce serait une catastrophe s’il fallait que ces derniers fissent sauter la caisse de nos institutions financières. » Eh bien, ça y est, le hockey est officiellement né à Saint-Hyacinthe le 13 janvier 1905. Qu’on se le dise. Pour la petite histoire, rappelons tout de même que les citoyens ne viennent pas à bout des employés de banque, ce qui a sans doute rassuré le journaliste de l’époque.


Du hockey au collège
S’il est un endroit où l’on pratique le hockey avec régularité, c’est sans aucun doute au Séminaire de Saint-Hyacinthe. Enfin libérés de la rigueur des études, les étudiants peuvent jouer au hockey dans la joie et la bonne humeur. Sauf dans le cas du jeune Lahaise, bien entendu. Dans son « Histoire du hockey au Québec », Donald Guay affirme qu’en 1900 « la pratique du hockey est attestée dans pas moins d’une quinzaine de collèges ». En ce qui a trait au Séminaire de Saint-Hyacinthe, les photos du début du siècle révèlent l’existence de trois patinoires dans la cours de l’école. D’ailleurs, la photographie illustrant cet article témoigne d’une équipe championne en 1911, lors de l’année centenaire du Séminaire.

Quelques années avant le couronnement de cette équipe, un groupe d’étudiants formant le Comité d’étude du Parler français publie un vocabulaire francophone comprenant pas moins de 57 expressions dédiées au gouret (hockey). Au fur et à mesure de la montée en popularité du hockey chez les francophones, l’utilisation de termes anglophones associés à ce sport augmente, constituant ainsi un problème pour ceux qui craignent une anglicisation de la société canadienne-française.


Eugène Payan
Tous les amateurs de hockey maskoutains devraient connaître l’apport important d’Eugène Payan dans la diffusion et le développement du hockey à Saint-Hyacinthe. Payan est né à Saint-Hyacinthe le 10 septembre 1888. Il est le fils d’Olympe Duclos et de Paul Frédérique Payan. Lors de sa naissance, son père est déjà bien connu à Saint-Hyacinthe, car il posséde, avec son beau-frère Silas Duclos, la tannerie Duclos et Payan. Après la petite école à Saint-Hyacinthe, Eugène poursuit ses études à Stansted, une petite communauté située près de Sherbrooke, où il commence à faire parler de lui comme hockeyeur.

Au fil des ans, il joue pour le Stansted College, puis le Victoria II d’Outremont (junior), le Victoria (senior), le Sherbooke et finalement pour le Club Athlétique Canadien. Ainsi, il devient professionnel lorsqu’il signe un contrat avec ce club en novembre 1911. Pendant quatre ans, il porte fièrement le chandail tricolore du Canadien de Montréal. Fort de cette expérience acquise dans le hockey amateur et dans le hockey professionnel, il contribue au développement du hockey organisé à Saint-Hyacinthe.


Photo:
Les sept collégiens forment l'équipe championne au Séminaire de Saint-Hyacinthe en 1911.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

Cet article est le deuxième d'une série de quatre.

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