Hyacinthe Delorme, seigneur de Saint-Hyacinthe (1)


Par Daniel Girouard
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 28 décembre 2017.

Passionné de généalogie et d’histoire depuis une trentaine d’années, je porte un intérêt particulier à notre fondateur Hyacinthe Delorme.


C’est lui qui concéda les terres numéros 17 et 18 à mon ancêtre Germain-Jacques Girouard et à son fils Victor le 1er avril 1772. Ces terres décrites comme étant situées au-dessus de la cascade du moulin seraient aujourd’hui, selon mes plus récentes estimations, dans les environs du pont de Douville. Un autre point qui piqua ma curiosité est le fait que la marraine de la dernière enfant de cet ancêtre était nulle autre que la seigneuresse, Marie Anne Crevier, deuxième épouse du seigneur Hyacinthe Delorme. Depuis 2012, je m’efforce de raviver le souvenir du seigneur Hyacinthe Delorme, allant même jusqu’à le personnifier.


Hyacinthe Delorme à Québec

Le premier ancêtre de Hyacinthe Delorme qui débarqua à Québec en Nouvelle-France est son arrière-grand-père Hubert Simon dit Lapointe. Originaire de Taverny, situé à environ 25,8 kilomètres de Paris, il avait dans la jeune vingtaine lorsqu’il vint s’établir au pays. C’est en 1657 qu’on trouve la première trace écrite de sa présence, alors qu’on le dit « travaillant ».


Jacques-Hyacinthe Simon dit Delorme, fils de Jacques Simon dit Delorme, maître charron et de Marie Ursule Rouillard est né à Québec le 3 septembre 1720 et fut baptisé le même jour en l’église Notre-Dame. Hyacinthe était le deuxième enfant de cette famille qui en comptera sept. Comme son père était un homme d’affaires visiblement prospère, et non pas modeste ou même pauvre comme on l’a parfois prétendu, je présume qu’il a fait ses études au Collège des Jésuites qui était situé à l’emplacement actuel de l’hôtel de ville de Québec. Comme son oncle Pierre était lui aussi maître charron et son oncle Jacques maître charpentier, il était donc tout naturel que le jeune Delorme oriente sa carrière dans le travail du bois. On le cite parfois comme menuisier, parfois comme charron.

Entre 1701 et 1720, la ville de Québec avait été un immense chantier. Paris ayant enfin pris au sérieux la défense de la colonie, on avait alors construit une multitude de fortifications. Vingt-cinq ans plus tard, elles avaient sérieusement besoin d’entretien et de réparations.

En 1745, alors qu’il atteint sa majorité, Hyacinthe Delorme décroche un important contrat pour Louis XV, Roi de France et de Navarre, dit le « Bien-Aimé ». Il devient entrepreneur des plates-formes, affûts et artillerie, c’est-à-dire des ouvrages nécessaires à l’installation des canons. En 1746, on retrouve d’ailleurs son nom dans les archives de la colonie où il apparaît parmi d’autres fournisseurs chargés de mettre l’artillerie en état et de monter les batteries. Ce contrat fut certainement très lucratif pour lui car on constate par la suite de nombreuses transactions immobilières à son nom dans la ville de Québec, sur la rue Saint-Louis, l’une des plus anciennes de la ville.

Le 25 octobre 1753, on le retrouve dans l’étude de maître Christophe-Hilarion Dulaurent, notaire royal de la ville de Québec, en compagnie du sieur Pierre-François de Rigaud, écuyer, seigneur de Vaudreuil, chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis et gouverneur des ville et gouvernement des Trois-Rivières. Ce jour-là, Hyacinthe Delorme paraphait un contrat qui allait radicalement changer le cours de sa vie.

Il faisait l’achat de la seigneurie de Maska, l’une des deux plus grandes au pays, couvrant une superficie de six lieues sur six, les autres en ayant généralement deux sur deux. À l’origine concédée à Pierre-François Rigaud en 1748, ce dernier, militaire de carrière, par manque de temps et des obligations trop lourdes à supporter, n’exploita pas sa seigneurie. Ce territoire immense était traversé par une rivière et une forêt riche en pins. Cette vente fut conclue pour un montant de 4 000 livres, somme alors très importante. À titre de comparaison, un ouvrier spécialisé gagnait environ 300 livres par année.

La seigneurie de Maska tirait son nom de la rivière qui la traverse, la Yamaska, que les Abénaquis prononçaient « ouabmaska », qui signifie « il y a des joncs au large » ou « il y a beaucoup de foin ».
À suivre


Photo: 
Statue d'Hyacinthe Delorme. Daniel Girouard, 2017.


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