Hyacinthe Delorme, seigneur de Saint-Hyacinthe (5)


Par Daniel Girouard
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 1er mars 2018.

Hyacinthe-Marie Delorme, 3e seigneur de Saint-Hyacinthe


Hyacinthe-Marie Delorme, fils de Hyacinthe Delorme et de Marie Anne Crevier, est né au manoir du Rapide-Plat le 15 août 1777 et a été baptisé le 9 septembre par le curé Cherrier de Saint-Denis-sur-Richelieu.

Il n’a que quatorze mois lorsque son père, seigneur de Saint-Hyacinthe, décède le 24 octobre 1778, à l’âge de 58 ans. Sa mère prend la tutelle et confie le rôle d’agent des terres au curé François Noiseux de Belœil. Ce dernier prend sa tâche à cœur, octroyant au-delà de 450 concessions.

Hyacinthe-Marie Delorme fait ses études au collège Saint-Raphaël de Montréal. Son père étant décédé sans testament, la coutume de Paris s’applique. Il hérite du titre et de la moitié de la seigneurie, ses deux sœurs se partageant l’autre moitié. Lorsque le curé Noiseux quitte ses fonctions, la seigneuresse compte sur son neveu Jean Dessaulles, fils de sa sœur Marguerite, pour l’aider dans l’administration de la seigneurie.

Hyacinthe-Marie atteint sa majorité en 1798 et prend alors en main les destinées de la seigneurie. Il montre la même détermination que son père à faire prospérer le fief familial. Il fait rebâtir le vieux moulin à farine de la Cascade en pierre, qui fonctionne alors sous la direction de Joseph Barbeau, fils du cocher de Montcalm.

Il fait également construire un beau manoir de pierre, à l’emplacement que son père avait réservé, aujourd’hui le parc Casimir-Dessaulles. Mgr. Choquette nous en fait cette description en 1930 : « C’était une massive maison de pierre des champs, de style normand, de 60 X 40 pieds, assise à peu près à l’entrée du Parc Dessaulles, vis-à-vis la rue Saint-Denis. Une palissade pleine, à hauteur d’homme, faite de planches horizontales et couronnée par une rangée de balustres, formait une jolie devanture et contribuait à donner à l’ensemble un aspect distingué ».

Le deuil frappe durement le jeune seigneur dans les années suivantes. Le 22 mai 1799, sa demi-sœur Marie-Josèphe, âgée de 35 ans, épouse de Dominique Debartzch, est inhumée à Saint-François-du-Lac. Deux ans plus tard, il perd sa mère qui s’éteint le 17 janvier 1801 à l’âge d’environ 52 ans. On l’inhume aux côtés de son époux dans la crypte de l’église Notre-Dame-du-Rosaire.
À peine douze jours plus tard, c’est sa sœur cadette, Marie Anne Joseph, qui décède à l’âge de 22 ans, jeune épouse de Claude Dénéchau, un négociant de Québec.

Hyacinthe-Marie Delorme hérite de la moitié de la part de la seigneurie de sa sœur Marie Anne Joseph devenant propriétaire des cinq huitièmes du domaine. En août 1803, il est fait Commissaire de Paix. En 1808, il est élu député de Richelieu et appuie le Parti canadien. En 1810, il donne une partie du terrain sur lequel fut construit le collège de Saint-Hyacinthe. Messire Antoine Girouard en fut le maître d’œuvre. Commencé en 1811 et terminé en 1816, il était situé à l’emplacement actuel de l’évêché.

En juin 1812, il est nommé commissaire chargé de faire prêter le serment d’allégeance. En tant que lieutenant-colonel de la milice, il commande la division de Saint-Hyacinthe pendant la guerre de 1812. Il tombe malade cette année-là et confie le commandement à son cousin Jean Dessaulles.

Le partage de la seigneurie avait amené d’incessantes querelles et d’amères discussions, créant un froid entre les coseigneurs de Saint-Hyacinthe. Hyacinthe-Delorme, malade et sentant la mort approcher, fait demander son neveu Debartzch afin de discuter à nouveau et mettre fin à leur dispute, mais ce dernier refuse. N’ayant pas réussi sa tentative de réconciliation, il nomme son cousin Jean Dessaulles comme unique héritier au titre de seigneur et de sa part de la seigneurie.

Le 13 mars 1814, Hyacinthe-Marie Delorme s’éteint dans son manoir, à l’âge de 36 ans et 6 mois. On l’inhume dans la crypte de l’église Notre-Dame-du-Rosaire, aux côtés de son père et de sa mère. Mgr. Choquette en fera cet éloge en 1930 : « Instruit, droit et bon, charitable, tendre pour ses censitaires, le regretté défunt avait vécu sans faste, sans rechercher les agréments de la vie, sans songer à fonder une famille. »


Illustration:
Manoir seigneurial selon livre Caroline Dessaulles Béique, 1939. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe.


Cet article est le cinquième d'une série de cinq.


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