Jadis, le temps des Fêtes


Par Albert Rémillard
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 16 décembre 2005.


Autrefois, le temps des Fêtes était la période de réjouissances par excellence, les gens avaient le temps de s’arrêter, ils délaissaient leurs occupations non essentielles et prenaient le temps de rendre visite à la parenté et aux amis. La saison le permettait, les travaux des champs devaient attendre le retour du printemps et on « tuait le temps. » Alors place à la fête.

Grand-père disait « c’est du vrai, comme de vrai, que le temps des Fêtes va de la messe de Minuit à minuit au soir des Rois. » Cette période débutait par la messe de minuit, plus justement au « Minuit chrétiens » qui marquait la fin des Avents, temps de pénitence où les gens devaient s’abstenir de manger de la viande et même du dessert en signe d’expiation. 


Donc, les fidèles se rendaient nombreux à l’église pour assister à la messe de Minuit, qui dans ce temps-là, était réellement célébrée au premier coup de minuit. Cette messe solennelle était suivie de la messe du Jour et de la messe de l’Aurore, qui elles étaient des messes basses. C’est alors que la chorale interprétait tous les Noëls traditionnels en français. Le tout se terminait vers deux heures du matin et chacun regagnait sa demeure.


Alors commençaient les réjouissances populaires. D’abord le réveillon, dont le menu consistait en une suite de mets typiquement québécois : du ragoût de pattes de cochon, des tourtières, des croquignoles et pour terminer du sucre à la crème. Puis, les enfants découvraient avec ravissement le contenu de leur bas de Noël, lequel était rempli de friandises, et bonheur suprême qui couronnait le tout, d’une orange.

Pendant ce temps, les adultes, réunis dans cette grande cuisine tout usage et occasionnelle salle de réception, rangeaient les tables le long du mur et les catalognes étaient roulées. Tout était prêt pour entamer un bon set. La « gigue carrée » se poursuivait sans relâche, à une allure endiablée, tandis que d’autres couples attendaient leur tour ou se contaient tout simplement fleurette.

Certains parents éloignés ou qui avaient été rendre visite à d’autres arrivaient chez l’aïeul, car de tradition, c’est chez lui que débutaient les « veillées des Fêtes.»  Alors les libations reprenaient de plus belle afin de saluer les nouveaux arrivants. C’était une nuit où les danses de folklore étaient reines et maîtresses qui se poursuivait souvent jusqu’au lendemain matin.

Cependant, au-delà de la gaieté générale de tous les joyeux compagnons de veillée, la tempête de « poudrerie » faisait rage au-dehors et bientôt les bancs de neige allaient sûrement encombrer le chemin du roi. Mais personne, pour ces raisons, n’aurait songé à se soustraire de cette rencontre tant attendue.

Ces réunions se poursuivaient pendant toute la période des Fêtes soit environ quinze jours. Toutes, exceptée la nuit de Noël, étaient semblables et réunissaient les mêmes personnes. Mais, il ne serait pas venu à l’idée d’aucune maîtresse de maison de ne pas tenir « sa » soirée, chacune rivalisant avec sa voisine afin de présenter à ses invités quelque chose de nouveau !

La réunion familiale du jour de l’An était inévitablement marquée par la bénédiction paternelle.
Le clou du temps des Fêtes était le couronnement du roi et de la reine le jour des Rois. Chacun dévorait la galette pour y découvrir le pois et la fève qui déterminait les « chanceux » lesquels devenaient, le temps d’une soirée, les souverains de l’assistance. Ils pouvaient commander les danses qui leur plaisaient.

Face à l’aigreur de l’hiver, la gaieté et la bonne humeur étaient bien, une fois encore, la meilleure façon de tenir tête à la nature inclémente.


Illustration:
Cette illustration d’Henri Julien démontre bien toute la joyeuse atmosphère de ces rencontres du temps des Fêtes de jadis.