Joseph Nault, notaire (1841-1912)


Par Raoul Bergeron
​Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 19 janvier 1993.


Ceux qui font de la recherche sur la petite histoire sont amenés à consulter archives, correspondance, journaux, et lorsque la chose est possible les personnes qui ont été les acteurs ou les témoins d’événements marquants.


La trame des activités d’une certaine époque se présente alors à nous avec les coutumes du temps et cela nous surprend parfois.


Certes, nous ne découvrons pas toujours le grand événement, passé par miracle inaperçu, souvent ce que nous trouvons n’a qu’un intérêt anecdotique, n’est qu’un récit piquant, curieux ou tout simplement quelque chose de peu connu.


Par exemple, cette invitation écrite faite aux notables de notre ville, d’assister aux funérailles de Joseph Nault, décédé le 16 mai 1912. Cette façon de faire me paraît avoir été pratique courante au début du siècle, surtout lorsqu’il s’agissait de personnages connus.


Ce monsieur Nault, dont le nom a été donné à une des rues de la Ville, qui va de la rue Girouard vers la rivière en face du Couvent des Religieuses de la Présentation de Marie, a été une personnalité activement impliquée dans le monde des affaires et dans presque toutes les activités sociales et politiques de notre ville à la fin du siècle dernier et au début du siècle présent. Très peu d’événements se déroulèrent dans notre Cité sans que sa présence ne fut remarquée.


Né à Saint-Ours le 17 avril 1841, il avait fait ses études au Séminaire de Saint-Hyacinthe, il étudia le droit, et fit sa cléricature à l’étude de Maîtres Adolphe et Ovide Désilets, notaires pratiquant à Saint-Hyacinthe.


Admis à la pratique du notariat en 1865, il exerça sa profession pendant cinq ans en société avec Me Esdras Bernier, notaire et futur député du comté de Saint-hyacinthe pendant 22 ans (1882-1904) et ministre du Revenu dans le Cabinet Laurier.


Joseph Nault fut secrétaire-trésorier de la Ville de 1870 à 1873; échevin pendant 9 ans entre 1875 et 1893; commissaire d’écoles, shérif du district judiciaire de Saint-Hyacinthe, greffier de la Paix, commissaire pour l’érection civile des paroisses, etc…


Monsieur Nault avait aussi été un des fondateurs de la Banque de Saint-Hyacinthe, de concert avec d’autres notables. Il fonda la Compagnie d’Aqueduc de Saint-Hyacinthe dont il fut le secrétaire-trésorier jusqu’en 1894, date à laquelle cette compagnie fut vendue à la Corporation municipale.


Président de la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe pendant 30 ans, de 1882 jusqu’à son décès en 1912, ce fut sous son administration qu’arrivèrent chez nous les Frères du Sacré-Cœur.


Régistrateur du comté pendant de nombreuses années, il fut le président d’élection dans ce qui fut la plus chaude lutte électorale disputée dans le comté, de toute notre histoire politique.


Le 8 juin 1908, à l’occasion de l’élection provinciale, les deux candidats n’étaient nuls autres que Henri Bourassa et Joseph Morin, député libéral sortant de charge. À la fermeture du scrutin, il arriva que les deux candidats obtenaient le même nombre de votes. Monsieur Nault départagea le vote en se prononçant en faveur de Joseph Morin. Un recomptage judiciaire, présidé par le juge Martineau, donna toutefois la victoire à Henri Bourassa, libéral indépendant, par 38 voix de majorité.


Comme nous aurons pu le constater monsieur Nault était une personnalité omniprésente à Saint-Hyacinthe. À ses obsèques, tout Saint-Hyacinthe était présent. Les élèves de toutes les écoles publiques, du Collège Sacré-Cœur, de l’Hôtel-Dieu, le corps des Zouaves, la Philharmonique, tous les professionnels et hommes d’affaires de notre ville faisaient partie de l’imposant cortège funèbre. “Les télégrammes de sympathie, offrandes de messes, tributs floraux et bouquets spirituels ne se comptaient plus”, écrivait Le Courrier.


Dans son Histoire de la Ville de Saint-Hyacinthe, monseigneur Choquette nous décrit monsieur Nault “comme une personnalité pittoresque et débonnaire”. Mes recherches confirment bien un tel portrait.


À l’évidence, ce monsieur fort sympathique et dévoué, ne devait pas être insensible aux témoignages d’estime qu’il reçut durant sa vie active. Peut-être avait-il fait sienne la maxime de La Rochefoucauld à l’effet que “la modestie est le désir secret d’être louangé deux fois”. Il ne voulait certainement pas que cette maxime lui fut appliquée.


Photo:
Monsieur Joseph Nault.
Collection Centre d'histoire, CH478.