L'abbé Choquette et le Laboratoire officiel de la province de Québec
à Saint-Hyacinthe de 1888-1901 (2)


Par Gilles Bachand
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 21 février 2001


Voici en quels termes l'abbé Choquette résume ces cours aux dirigeants de la Société d'Industrie Laitière lors de leurs congrès de 1893 : « On m'a demandé de donner un cours de chimie à l'École de Laiterie; j'ai accepté avec plaisir. Ce cours ne sera pas de chimie pure, mais de chimie appliquée particulièrement à la partie qui vous intéresse immédiatement : à l'industrie laitière. Je crois vous intéresser en vous donnant le court programme que j'ai adopté, inutile de vous dire que je tiendrai compte des suggestions qu'on voudra bien me faire à ce sujet. Voici donc quelques-unes des leçons, dont le nombre sera déterminé par M. le Secrétaire : Composition chimique du lait. Constitution physique du lait, son aspect au microscope. Modifications apportées par la race et la durée de lactation de la vache. Lait normal et lait anormal. Le lait et les microbes ou ferments. Composition chimique du beurre et du fromage. La maturation des fromages. La technique de l'essayeur babcock. »

Lors de la rencontre annuelle des dirigeants de la Société d'Industrie Laitière en 1889, l'abbé Choquette expose lors d'une conférence les grandes orientations qu'il entend donner au futur laboratoire en concordance avec les vues gouvernementales.

Dans un premier temps, il nous apprend que le laboratoire n'est pas complètement monté, mais qu'il est quand même suffisant fourni en instrumentation pour permettre des travaux d'analyse chimique. Sa plus grande préoccupation semble être celle de l'ensilage qui débute dans la région. Mais d'autres sujets retiennent son attention :
1. « L'analyse des matières fertilisantes vendues dans nos campagnes. Un Statut de la Chambre fédérale impose des conditions sages aux vendeurs de ces matières. Il importe de s'assurer si on se conforme en tout lieu à ces conditions
2. La détermination de la valeur nutritive des deux variétés de son de blé livrées aujourd'hui au commerce : l'une provenant du procédé de mouture par les rouleaux : l'autre du procédé par les meules.
3. Les cendres de bois : déterminer la quantité de potasse, d'acide phosphorique et de chaux qu'elles renferment suivant leur provenance et en donner la valeur commerciale comme engrais chimique
4. L'alimentation rationnelle du bétail étant donné que le cultivateur possède les substances alimentaires ordinaires : foin, trèfle, paille, grains, ensilage, etc, etc, et qu'il peut acheter, le son, les tourteaux, etc, etc, qu'il mélange, fournit la ration la plus économique et la plus efficace.
5. Le temps de la fenaison. Je compte vous communiquer avant la prochaine saison des foins, les résultats d'une étude sur ce sujet que j'ai entreprise à la demande d'un agronome distingué. J'ai fait prélever dans un même champ de foin, cinq échantillons coupés à des époques différentes, à compter du jour de l'apparition de la première fleur, jusqu'à l'époque de la maturité. Ces échantillons réunis en bottillons étiquetés ont été déposés au milieu d'un grand carré de foin. Ils participeront ainsi à toutes les modifications que peut subir le foin de tasserie qui doit me servir de point de comparaison. »

En 1895 sous une nouvelle appellation : Laboratoire officiel de la province de Québec, l'abbé Choquette est reconduit dans son poste de directeur et d'unique employé de ce laboratoire situé au Séminaire.

L'abbé Choquette est tenu de produire un rapport annuel des activités du Laboratoire. Durant toutes ces années, il va devoir aussi acquérir de nouveaux instruments qui permettront de maximiser la qualité de ses analyses scientifiques.

Ce qui ressort de ces activités, c'est qu'une grande partie de son travail est relié aux analyses bactériologiques du fromage, du beurre, de l'eau, à l'analyse chimique du sol, à la cire d'abeille, au sirop d'érable, et à l'analyse d'appareils de précision. À titre d'exemple, j'aimerais souligner quelques analyses particulières et anecdotiques concernant son travail. 

En premier lieu les minéraux, plusieurs personnes vont au cours des années, faire parvenir au Laboratoire des échantillons supposés d'or, mais dans les faits et au grand désarroi de ces gens, ce n'est que du mica jaune ou de la pyrite de fer. Il doit aussi faire beaucoup de recommandations concernant l'eau des puits, car les gens ont la mauvaise habitude de creuser ceux-ci près d'une beurrerie ou d'une fromagerie ou de bâtiments agricoles et l'eau est irrémédiablement contaminée.

Photo
Portrait de l'abbé Choquette. 
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe

Cet article est le deuxième d'une série de trois.

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