L'abbé Choquette et le Laboratoire officiel de la province de Québec
à Saint-Hyacinthe de 1888-1901 (3)


Par Gilles Bachand
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 28 février 2001


Au mois de mars 1897, le Conseil de ville de Saint-Hyacinthe demande à l'abbé Choquette si l'eau de la rivière Yamaska peut-être utilisée telle quelle pour l'alimentation de la ville? Et advenant une réponse négative par quel moyen rendre cette eau potable? L'abbé Choquette procède donc à plusieurs analyses qui concluent que l'eau de la rivière est impropre à l'alimentation de la ville, comme on peut le constater ce n'est pas d'hier que la Yamaska est polluée. Sa recommandation pour rendre celle-ci potable consistait à traiter l'eau de la rivière à l'alun!


Il semble s'être aussi intéressé plus particulièrement à des analyses de tabac canadien et au sirop d'érable car il décrit au complet ces analyses dans son rapport de 1899-1900, il s'intéresse aussi à la qualité de la glace l'hiver sur la rivière Yamaska : « Depuis quelques années, la récolte de la glace, à Saint-Hyacinthe, se fait en aval de la prise d'eau de l'aqueduc de la ville, en un point où la rivière Yamaska contaminée par les égouts de plusieurs résidences riveraines, renferme 280 bactéries par centimètre cube. Le bureau d'hygiène de la ville s'alarma de cette pratique et me demanda de déterminer la qualité de la glace récoltée. » Après plusieurs analyses, il constate que la glace est pure de toute bactérie.


Je pense qu'il faut conclure que durant toutes ces années l'abbé Choquette à su répondre d'une façon professionnelle à toutes ces demandes et qu'il a fait avancer concrètement par ses recommandations l'agriculture québécoise dans ces années, où l'on développait rapidement et parfois même d'une façon un peu anarchique fromageries, et beurreries. Ses analyses ont permis d'améliorer considérablement la qualité de ces produits et d'introduire de nouvelles procédures hygiéniques dans les fabriques. Ces études sur l'ensilage ont changé la façon de faire des cultivateurs.


En 1900 l'abbé Choquette obtient du ministre de l'agriculture monsieur Déchène, la permission de se rendre à l'Exposition universelle de Paris où il est délégué de la province de Québec et du gouvernement canadien aux divers congrès scientifiques. Il reste en congé en Europe du 5 juillet au 20 octobre.


Mais il avait déjà l'intention de ne plus travailler pour le ministère car lors de son retour et de la présentation de son rapport annuel nous lisons ceci: « Au mois de mai dernier je vous ai prié de vouloir bien me libérer de l'engagement personnel que j'avais contracté, en 1895, envers votre département, d'agir en qualité de chimiste et de directeur du Laboratoire officiel de la province. Je vous ai écrit alors et je répète que je n'ai pris cette détermination que pour des raisons d'ordre privé et tout à fait personnelles. Je conserve le meilleur souvenir des rapports que j'ai eus avec toutes les personnes de votre département pendant la durée de mes fonctions.


Depuis nombre d'années je fais des analyses chimiques. Ce travail est absorbant, parfois pénible et, avec le temps, il devient fastidieux. J'ai pensé qu'un chimiste plus jeune dans cette carrière et partant plus ardent à la tâche, vous rendrait plus de services que moi.

Le docteur Benoit, de Saint-Hyacinthe, a travaillé avec moi au Laboratoire pendant plusieurs mois. Il m'a rendu des services réels dans des analyses difficiles telles que les analyses des vins et celles des tabacs. Je vous ai recommandé ce monsieur et vous l'avez appelé à me remplacer. J'ai remis entre les mains de mon successeur tout le laboratoire de bactériologie et quelques appareils dont vous aviez autorisé l'achat pour le compte de votre département. »


L'abbé Choquette revient sur cette décision, en nous donnant plus de précisions lorsqu'il écrit son Histoire du Séminaire de Saint-Hyacinthe en 1911 : « Après onze ans d'exercice, le laboratoire fut transféré à l'École provinciale d'industrie laitière et passa sous la direction d'un autre titulaire. »


C'est ainsi que prend fin la carrière de l'abbé Choquette comme employé du ministère de l'Agriculture à Saint-Hyacinthe, mais comme nous venons de le voir ce Laboratoire officiel de la province de Québec continuera d'être opéré à l'École de Laiterie jusqu'en 1962 et ensuite à l'Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe jusqu'en 1994.


Ce laboratoire rendra des services inestimables à l'agriculture québécoise, aux cours de ces années en analysant les sols et les aliments et ceci dans un seul but l'avancement de notre bien-être à toutes et tous. 


En 1974 débutera graduellement le transfert des activités vers les laboratoires du ministère à Québec. En effet à partir du 31 octobre 1974, l'analyse des sols ne se fera plus à Saint-Hyacinthe, puis tranquillement on abolira divers services et finalement au début de 1994, « Le Laboratoire d'expertise et d'analyse alimentaire », c'est le nom que portait à l'époque le laboratoire, sera relocalisé sur le boulevard Einstein à Québec avec d'autres services du ministère de l'Agriculture.


Après 105 ans d'activités et le travail de dizaines de chimistes et de techniciens locaux, c'est maintenant à partir de Québec que les entreprises et les organismes du monde agroalimentaire font faire leurs analyses.


Photo :
L’école de laiterie de Saint-Hyacinthe
Collection Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe.


Cet article est le dernier d’une série de trois.


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