L’École de médecine vétérinaire
de la province de Québec (2)



Par Jean-Baptiste Phaneuf
​Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 15 octobre 1997.


À la fin des années 50, survinrent des événements de nature à ralentir les progrès de l’École de médecine vétérinaire. Plusieurs professeurs, insatisfaits de leurs conditions, manifestèrent leur désagrément en quittant la maison. Depuis son installation à Saint-Hyacinthe, l’école avait fait des efforts pour suivre dans une courte période les progrès importants survenus dans le développement des sciences biologiques et de leurs applications. Des morceaux de voile furent levé sur plusieurs des maladies communes, mais de nouvelles firent leur apparition. L’emploi des antibiotiques s’était généralisé comme le recours à de nouveaux médicaments.


C’est dans la tristesse que l’école commença la décennie suivante avec le décès accidentel de son premier directeur, le docteur G. Labelle. Son successeur fut le docteur Ephrem Jacques qui céda bientôt la place au docteur Joseph Dufresne. À l’automne de 1960, du tout nouveau à l’école, l’inscription des deux premières étudiantes qui ne furent cependant pas les premières finissantes. Cette même année scolaire était marquée par les premières portes-ouvertes, une initiative des étudiants pour faire connaître au grand public les études vétérinaires. L’année 1961 marquait le soixante-quinzième anniversaire de fondation de l’École vétérinaire française de Montréal qui est à l’origine de l’école vétérinaire actuelle, anniversaire qu’on n’a pas manqué de souligner par une fête intime. Quel chemin parcouru en ces 75 ans.


Afin de poursuivre sa mission de formation, l’école créait en 1962 son « Service de l’extension » voué à l’organisation de cours et de rencontres visant à rafraîchir les connaissances des vétérinaires praticiens. L’année suivante, l’école qui avait jusque là préparé au doctorat professionnel (D.M.V.), annonçait son programme de formation conduisant à la Maîtrise ès sciences vétérinaires. Ce programme arrivait à point, car dès la première année, deux candidats, membres du Service de l’hygiène vétérinaire de Québec, s’inscrivaient pour poursuivre des études spécialisées.


La même année, l’école était le siège d’expériences de nature à faire avancer la médecine humaine. C’est ce que rappelait, il y a quelques années, le docteur D.D. Munro de l’Université McGill, qui rappelait que c’est à l’École de Saint-Hyacinthe qu’il avait réalisé la première transplantation pulmonaire chez le veau au Canada. C’était en préambule à la première chez l’homme.


Entre temps, de nouveaux professeurs s’étaient ajoutés pour la bactériologie, la biochimie-nutrition, la parasitologie et la clinique afin de pouvoir mieux répondre aux besoins de l’enseignement vétérinaire. D’autres allaient bientôt s’ajouter en bactériologie, parasitologie, radiologie et reproduction animale. Le nombre des étudiants continuaient d’augmenter. Aussi la nécessité de nouveaux locaux se faisaient de plus en plus sentir.


Elle fut comblée en partie au printemps de 1964 par l’inauguration de l’hôpital des animaux de la ferme. Ce vaste bâtiment d’un étage comprenait des facilités cliniques avec écurie, étable, locaux pour porcs et moutons et pour les sujets affectés d’une maladie contagieuse, et aussi salles d’examens, de radiologie et de chirurgie. On avait bien entendu prévu des bureaux pour les professeurs de clinique, et la clinique pouvait s’appuyer sur les services de laboratoires: parasitologie, hématologie, bactériologie, chimie et histopathologie. Le tout se complétait d’une salle de nécropsie qui tout en servant à la formation des étudiants permettait d’ouvrir un service de diagnostic lésionnel pour les vétérinaires et les éleveurs de la région.


Les baraques cependant continuèrent encore de jouer un rôle en continuant d’être le siège des laboratoires d’anatomie et de physiologie et de l’enseignement clinique chez les animaux de compagnie.


Au milieu des années 60, l’éducation était au Québec l’objet d’études remarquables. Quel sort allaient-elles réserver à l’École de médecine vétérinaire? Des rumeurs circulèrent : les uns la voyaient comme faculté fondatrice de l’Université du Québec; l’Université de Sherbrooke pouvait y réserver une place sur son campus et l’Université Laval considérait comme logique l’établissement de l’école près de sa faculté soeur, la Faculté d’agronomie qui venait de s’implanter à Sainte-Foy. les comités chargés d’étudier la situation semblent avoir été influencés dans leur orientation par le poids du premier Ministre même. Et l’Université de Montréal accueillit dans son sein l’École de médecine vétérinaire qui lui était affiliée depuis près de quarante ans.


L’École de médecine vétérinaire de la province de Québec avait vécu plus de vingt ans. Si ces débuts furent fort modestes, graduellement elle s’était développée. Elle avait formé près de 430 vétérinaires au service des productions animales, des animaux de compagnie, de l’hygiène publique et vétérinaire.


Photo:
Vue de la construction du nouvel édifice du campus de l’École de médecine vétérinaire en 1952.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH116.


Cet article est le deuxième d'une série de quatre.


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