L’honorable juge Philippe Pothier


Par Raoul Bergeron
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 19 décembre 1995

Philippe Pothier est né à Saint-Hyacinthe, le 15 août 1906. Il est le fils d’Oscar Pothier, bijoutier horloger et opticien, et de Léda Bélanger, il étudia à l’École Larocque, au Séminaire de Saint-Hyacinthe, de 1917 à 1925, et fit un an à l’École Polytechnique de Montréal pour se diriger ensuite vers la faculté de droit à l’Université de Montréal, de 1925 à 1929.


C’est à l’étude des notaires Bazin, Gadbois et Tourigny, à Montréal, qu’il commença sa cléricature puis il travailla ensuite au bureau de l’avocat Roméo Leblanc, rue Saint-Jacques. Au début de l’année 1928, il entra au service de Me J.A.E. Dion qui avait son bureau, sur la rue Craig, dans l’édifice dit « Power Building » où logeait la compagnie Montreal Light, Heat and Power.


Bachelier ès arts et bachelier en loi, il fut admis au Barreau le 1er janvier 1930. Il exerça ensuite sa profession à Saint-Hyacinthe en société avec l’avocat Victor Chabot. L’étude des notaires Chabot et Pothier était située à ce moment sur la rue Girouard, voisine du théâtre Corona, qui appartenait à T.-D. Bouchard.


Le 4 mai 1931, il épousait Pauline Richer, fille du libraire Paul Richer, et de Blanche Lanctôt. De leur union naîtront cinq enfants : Louise, Andrée, Josette et deux garçons, Michel et Jacques, qui deviendront tous deux avocats.


En 1932, son associé Victor Chabot fut élu échevin, et il fut décidé de dissoudre la société. À partir de janvier 1933, M. Philippe Pothier installa son bureau rue Saint-Denis, et pratiqua seul. Après le décès de Me Gustave Chagnon, il acheta de la veuve, le mobilier et la bibliothèque de ce dernier qui consistait en fait en trois bibliothèques réunies en une seule, celle d’Ernest Fontaine celle du beau-père de ce dernier : Raphaël Fontaine, et celle de l’avocat Gustave Chagnon. Puis, il déménagea dans ce bureau en sous-location. Ce dernier était situé dans la côte Saint-Denis, côté ouest, angle de la ruelle des Seigneurs.


M. Pothier fut ensuite nommé syndict en 1934, pour le district de Saint-Hyacinthe, remplaçant le notaire Horace Saint-Germain, et il assuma cette fonction pendant plusieurs années. Sa participation à la politique régionale fut assez intense, cependant il n’a jamais accepté d’être candidat malgré les nombreuses sollicitations dont il fut l’objet, tant au fédéral qu’au provincial. En 1945 et de nouveau en 1957 et en 1958, alors qu’il avait été pressenti comme futur candidat, les entrevues eurent toutes le même résultat : il refusa. M. Pothier donna comme raison finale, que son épouse était carrément hostile à cette aventure, ce qui était vrai.


Durant de nombreuses années, il fut secrétaire du parti et agent électoral de presque tous les candidats. En période d’élections, il a parcouru les paroisses pendant au-delà de trente ans, sans compter les assemblées de comtés et les réunions au comité central.


Lors de la nomination de Victor Chabot comme magistrat en mai 1944, il devint procureur de la Couronne, et le 8 août suivant, après la victoire de Maurice Duplessis, il perdit cette fonction. Toutefois, le 16 août de la même année, il était nommé conseiller en loi du Roi, puis en 1957, il fut élu Bâtonnier du Barreau de Richelieu après avoir occupé les charges de secrétaire. Durant quelques années, il fut directeur des compagnies « Les Carrières de Saint-Dominique » et « Pavages Maska ».

Aux élections municipales de 1956, il fut élu échevin. Dès la première assemblée du conseil, on le nomma président du comité des finances et leader du conseil. C’était sous la présidence du maire Ernest-Ovide Picard. Il demeura échevin de 1956 à 1965.


M. Philippe Pothier pratiqua sa profession d’avocat à Saint-Hyacinthe durant presque 36 ans et, de 1960 à 1965, il fut associé à son fils Michel, devenu avocat. Le 26 novembre 1965, on le nomma juge de la cour Supérieure. Il prit sa retraite à l’âge de 75 ans, le 15 août 1981.


Membre de la Société d’Histoire régionale de Saint-Hyacinthe, il a écrit ses mémoires, non publiées et déposées aux archives de cette société, cinq cent deux pages, en deux tomes. Il a de plus, écrit plusieurs articles de journaux et de revues.


Il fut longtemps membre directeur de Desjardins, Couture inc., publiciste du Comité local des Finances de guerre, et lieutenant attaché à la réserve du Régiment de Saint-Hyacinthe.


Le Clairon lui a rendu hommage lors de la publication du cahier des personnalités 1965-1966 (le 13 avril 1967). À cette occasion, on a dit de lui : « Qu’il était un homme dont le sens communautaire et la valeur méritent d’être proclamés bien haut par les citoyens de Saint-Hyacinthe. »


L’honorable juge Philippe Pothier est décédé le 9 juillet 1996, à l’âge de 89 ans.