L’hôpital Saint-Charles de Saint-Hyacinthe
2e étape : 1930-1940


Par Gilles Brien
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 18 septembre 1975


Dès 1925, la question de reconstruction de l’Hôpital Saint-Charles commença à s’agiter. Bien que muni d’une installation scientifique adéquate, pour l’époque, l’exigüité du local était loin de répondre aux exigences de la population de la région.


Mgr F.Z. Decelles, évêque de Saint-Hyacinthe, avec le conseil général de l’Hôpital, les membres du Bureau médical et M. le maire T. D. Bouchard entreprirent des démarches pour reconstruire au coût approximatif de 300 000 $. En sa qualité de député du comté de Saint-Hyacinthe, Monsieur T. D. Bouchard obtint une subvention de 100 000 $.
 
Pour encourager cette œuvre, la corporation du Séminaire de Saint-Hyacinthe, céda à des conditions avantageuses un terrain de 600 pieds par 1 000, situé dans la paroisse de Saint-Thomas d’Aquin, en bordure de la ville, à laquelle ce terrain fut bientôt annexé.


Le tracé des plans fut confié à l’architecte maskoutain René Richer et la construction à Monsieur J.A. Durocher, entrepreneur de Montréal, qui avait déjà construit l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe.


La pose de la première pierre eut lieu le 1er septembre 1928. L’édifice fut élevé à l’épreuve du feu avec ses cinq étages de briques ornées de pierres sur une façade 253 pi x 54 pi x 60 pi de hauteur. À cette partie principale de l’édifice, s’adossa, au nord, une aile de 157 pi x 54 pi x 70 pi de hauteur.


De plus, les bouilloires, la buanderie et le logement des domestiques nécessitèrent un bâtiment particulier de 105 pi x 52 pi x 23 pi de hauteur.
 
Une fois terminé, l’édifice coûta 628 998 $ soit au-delà des prévisions initiales.


Grâce à la générosité d’une trentaine de bienfaiteurs de la ville et de la région, les chambres privées, le salon des médecins et les salles d’opération furent meublés.


La chapelle fut également aménagée grâce à des dons. Une plaque d’ivoire apposée sur la porte des appartements ainsi dotés rappelait le nom des donateurs.


L’Hôpital neuf ouvrit ses portes le 13 février 1930. Vingt-trois patients, dont dix-sept alités, quittèrent l’ancien hôpital de la rue Sainte-Anne accompagnés du personnel hospitalier, soit dix-sept religieuses, dix-huit étudiantes-infirmières et quelques employés. La bénédiction de l’Hôpital eut lieu le 5 juin 1930 par Mgr. F. Z. Decelles. Le bureau médical était alors composé des docteurs : Eugène Turcot, président honoraire; J. L. H. Pagé, président; J. A. Viger, vice-président; C. E. Birtz; J.E.A. Collette; Jean Morin; Ovila Desmarais; P. E. Bousquet; E. St-Jacques Jr.; les docteurs E. St-Jacques Sr. et L. A. Beaudry étaient décédés en 1929.


Quels services le nouvel hôpital offrait-il? D’abord, l’hospitalisation confortable de 125 patients dans ses départements de chirurgie, de médecine et d’obstétrique. La première pouponnière comptait dix bassinettes. Au début, il n’y eut pas de département de pédiatre, mais dans chaque département de malades, une petite salle de quelques lits fut réservée aux enfants de l’un ou de l’autre sexe. Ce n’est que vers 1936 que ce service fut normalement constitué.


Le nouvel hôpital était doté de deux salles d’opération, d’une salle de stérilisation, d’un département de radiologie, d’un service de physiothérapie, d’un laboratoire, d’une pharmacie, d’archives médicales et d’une salle d’autopsie.


De plus, l’Hôpital mettait une chapelle à la disposition des malades et du personnel.


L’école des infirmières, située dans l’Hôpital, offrait aux étudiantes des chambres, une classe, un salon et une salle de démonstration.


Dès la première année le nombre des malades se chiffra à 1415. En 1933, l’institution était reconnue par l’American College of Surgeon et classée « A » en 1937 par le même organisme. De son côté, l’École des Infirmières s’affiliait à l’Université de Montréal en 1933.


Au cours de la décade qui suivit son inauguration, l’Hôpital consolida ses positions, augmenta ses effectifs et accrut ses œuvres. De 1932 à 1936, la moyenne annuelle des malades fut de 1770; de 1936 à 1941, elle atteignit 2311.


À cette dernière date, déjà une nouvelle ère s’annonçait. La Deuxième Guerre mondiale créait des besoins et imposait des devoirs jusqu’alors inconnus.


En effet, l’École de la Marine, en réunissant à Saint-Hyacinthe, toute une jeunesse pour la former, ne pouvait toujours la garantir de la maladie. Et, pour traiter adéquatement ces jeunes militaires, l’Hôpital Saint-Charles dut songer à ouvrir de nouveaux locaux.


On exploita le sous-sol, les solariums, les galeries; on remania les services et on multiplia les spécialités.


Durant cette décade, le personnel de l’Hôpital eut l’occasion d’être serviable et immensément sympathique en plusieurs occasions, mais il le fut de façon toute particulière dans la nuit tragique de l’incendie du Collège du Sacré-Cœur, le 18 janvier 1938. En quelques heures 23 victimes du désastre, la plupart très atteintes, envahirent l’Hôpital, entraînant à leur suite parents et amis éplorés.


Souvenir pénible à évoquer que l’angoisse de tant de gens accourus à la recherche d’un être cher, espérant le reconnaître sous de larges masques de pansements et de bandages, défaillant à la pensée qu’ils étaient plutôt sous la cendre et la glace des ruines.


L’aspect spirituel de l’œuvre était assuré, à l’Hôpital, par un aumônier et parmi les prêtres qui se succédèrent à ce poste, on note : les abbés Pierre Decelles, Gaston Martel, Georges Cabana, futur archevêque de Sherbrooke, Rosaire Mathieu, futur prélat domestique du diocèse de Timmins, Nérée Lévesque, Louis Jodoin, Charles Palmer, etc. 


Au début des années 40, faisaient partie du Bureau médical les docteur A. Perreault, chirurgien, Jules Morin o.r.l., H. Gagnon, médecine générale, C. Dion, o.r.l. et ophtalmologie, Guy Pothier, chirurgien.

Photo:
Carte postale du second Hôpital Saint-Charles en 1930.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

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