La belle époque des diligences


Par Josée Tétreault


Publié dans le Courier de Saint-Hyacinthe le 18 février 2010.


Contrairement à la croyance populaire, les diligences n’ont pas seulement existé dans le Far West américain. À Saint-Hyacinthe, comme partout en province, ces voitures publiques ont naguère sillonné les routes, transportant les voyageurs de la gare au village, d’un village à l’autre. C’était le principal mode de transport en commun dans les campagnes québécoises au 19e siècle.


Les diligences au Québec


Une diligence est une voiture à quatre roues, ou à patins durant l’hiver, utilisée pour le transport public selon des étapes et un horaire pré-établis. Au Québec, elle est généralement tirée par un attelage de deux ou quatre chevaux de race canadienne. La presque totalité de ces voitures sont en réalité des diligences postales, transportant à la fois le courrier et les voyageurs.


C’est en 1792 qu’apparaissent ces premières voitures publiques au Québec. Jusqu’au milieu du 19e siècle, elles parcourent les routes selon une vingtaine d’itinéraires. Avec l’arrivée du train à vapeur, les lignes de diligences vont se multiplier considérablement. Délaissant les routes interurbaines principales, les diligences s’organiseront dorénavant autour des gares, transportant les voyageurs et le courrier de la gare au village et vice versa.


Au milieu du 19e siècle, il en coûte environ cinq sous du mille pour voyager en diligence. Ces voitures parcourent en moyenne 7 ou 8 km/h incluant les arrêts aux postes de relais.


« On entend d’abord un grondement sourd, lointain, puis, progressivement, le bruit des chevaux au trot et des roues de la voiture qui soulèvent un petit nuage de poussière. Les vigoureux coups de cor lancés par le conducteur préviennent le maître de poste de l’arrivée des voyageurs, du courrier et des nouvelles de la ville et des endroits voisins. Les chiens du village s’élancent au-devant de la diligence et les garçons courent voir l’arrivée de la voiture qu’ils rêvent de diriger, assis sur le banc du conducteur ». C’est ainsi que Pierre Lambert nous décrit l’arrivée de la diligence dans son livre Les anciennes diligences du Québec.


Le transport public à Saint-Hyacinthe au 19e siècle


Bien que nous ne puissions dire avec certitude à quel moment les premières diligences sont apparues à Saint-Hyacinthe, une publicité dans le journal L’écho du pays du 24 juillet 1834 nous apprend qu’une ligne de diligence relie déjà Saint-Hyacinthe à Saint-Charles-sur-Richelieu (jadis appelé village Debartzch). Cette bretelle permet aux gens de la région maskoutaine de rejoindre le quai de Saint-Charles où un bateau vapeur vient régulièrement accoster.


Amorcée en 1846 par la St. Lawrence & Atlantic railway company, une ligne de chemin de fer relie Saint-Hyacinthe à Longueuil dès 1848.  Aussitôt, un important réseau de transport public est mis en place. En 1849, une charrette à malle, transportant voyageurs et courrier, relie Montréal, Chambly et Saint-Hyacinthe six jours semaine. Une autre charrette effectue le trajet entre Yamaska et Saint-Hyacinthe deux fois la semaine. Vers les Cantons de l’Est, une ligne de diligence relie quotidiennement Saint-Hyacinthe à Waterloo via Saint-Pie, Saint-Paul d’Abbotsford et Granby. Une autre ligne relie Granby à Cowansville d’où une voiture mène les voyageurs jusqu’à St Albans leur permettant ainsi de rejoindre le réseau de diligences américaines.


Quelques années plus tard, en juillet 1853, le chemin de fer reliant Longueuil à Portland est inauguré. Le train part de Longueuil et effectue des arrêts aux stations de Saint-Hilaire, Saint-Hyacinthe, Upton, Acton Vale, Durham, Richmond, Sherbrooke etc. Autour de ces gares, plusieurs lignes de diligence entrent en fonction. À partir de 1860, avec l’ouverture du pont Victoria, les voyageurs peuvent dorénavant se rendre à la gare en diligence et monter à bord du train qui les conduit directement à Montréal.


En 1871, la gare de Saint-Hyacinthe regorge d’activités. De nombreuses lignes de diligence parcourent les routes secondaires pour desservir les villages environnants. Saint-Hyacinthe est le lieu de correspondance vers Saint-Hugues, Saint-Simon, Sainte-Rosalie, Saint-Pie, Saint-Guillaume, Saint-Dominique, La Présentation, Saint-Damase, Saint-Jude et Saint-Barnabé. Granby, West Farnham, Saint-Jean et Saint-Hilaire sont aussi des lieux de correspondance importants.


De 1880 à 1890, une multitude de voitures publiques sillonnent le Québec. Notons entre autres les lignes de diligence suivantes : Acton Vale – Saint-Théodore-d’Acton; Granby – Roxton Pond; Granby – Milton; Saint-Hilaire Station – Saint-Jean-Baptiste; Saint-Hilaire Station – Saint-Mathias; Saint-Hugues – Saint-Marcel; Saint-Hyacinthe – La Présentation; Saint-Hyacinthe – Saint-Barnabé – Saint-Jude; Saint-Hyacinthe – Sainte-Rosalie; Upton – Saint-Valérien – Égypte; Upton – Sainte-Hélène.


Au début du 20e siècle, on voit disparaître progressivement de nos paysages les belles diligences d’autrefois. Alors que les jeunes de la génération précédente rêvaient de pouvoir un jour conduire l’une de ces diligences, ceux du début du 20e siècle, eux, rêvent plutôt de conduire l’un des nombreux véhicules à moteur conçus par Henry Ford. 

Illustration: 
Publicité parue dans L’écho du pays du 24 juillet 1834.