La Grande Guerre (4)


Par Albert Rémillard
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 30 octobre 2014


La bataille de la crête de Vimy
Fin 1916, lorsque les 35 000 Canadiens arrivèrent à Vimy, ils savaient que les combats seraient très difficiles. Les troupes françaises, qui avaient remporté la bataille de la Marne et résisté aux terribles assauts allemands à Verdun, n’avaient pu prendre entièrement et conserver Vimy. La position était tenue par 10 000 Allemands, le « Gruppe Vimy », de la sixième Armée. Ils avaient lourdement fortifié la position par des constructions en béton armé, des barbelés, des nids de mitrailleuses, des tunnels et des tranchées.


Présents depuis 1915 sur le front, les Canadiens avaient, cette fois-ci, du fil à retordre. Forts de l’expérience des Anglais qui avaient lancé, l’année précédente, des hommes insuffisamment entraînés contre des soldats allemands aguerris par deux années de combats, la préparation fut minutieuse.


Le général Julian Byng, commandant le corps canadien, envoya le major général William Arthur Currie étudier les méthodes de combat des troupes françaises. Les observations jouèrent un rôle primordial dans le déroulement de la bataille. Un entraînement intensif, soigné et aussi réel que possible fut donné aux soldats. Il se déroula sur un terrain à la configuration la plus proche de celle du secteur de Vimy. Les Canadiens furent formés au combat au corps à corps et à la baïonnette.


La composition tactique des unités est réorganisée. Un peloton, 35 à 40 hommes, qui comprenait quatre sections de fusiliers est désormais formé de deux sections de fusiliers, une section de grenadiers et une section de mitrailleurs. Placés dorénavant au cœur de l’action, grenadiers et mitrailleurs décuplent la puissance de feu et l’efficacité du peloton en configuration de combat. D’autre part, la doctrine sur l’usage des mitrailleuses est redéfinie. D’un usage défensif, on passe à un usage offensif. Au cœur du champ de bataille, elles protègent directement le terrain conquis et la progression des fantassins.


Dès le 20 mars 1917, un bombardement de préparation s’abattit sur la ligne allemande. Il s’intensifia à tel point que la semaine précédant l’assaut fut appelée « la semaine de souffrance » par l’Armée allemande.


Le lundi de Pâques 9 avril 1917, à 5 h 30, un millier de canons et des dizaines de mitrailleuses ouvrirent le feu. Sous une pluie mêlée de neige, les fantassins canadiens sortent de leur tranchée. Derrière le feu roulant, ils progressent vers les défenses allemandes disloquées et se battent, à la grenade, avec les survivants de la tranchée adverse.


Après seulement deux heures de combats, trois des quatre divisions canadiennes ont atteint leurs objectifs. Sur la colline 145, le 87e bataillon de la 4e division canadienne est sérieusement décimé par les tirs provenant des nids de mitrailleuses de l’armée allemande. Ce bataillon perd 50 % de son effectif.


Le soir du 9 avril, la majeure partie des objectifs est atteinte. Vers minuit, une contre-attaque allemande est tenue en échec puis une autre à l’aube. Les trois jours suivants, les Canadiens s’emparent des deux derniers lieux de résistance. Suite à cette offensive, l’armée allemande se replie de 6 km sur une nouvelle position. Les Canadiens aperçoivent alors la plaine de Douai.


Le 9 avril 1917, lors de l’attaque de la Crête de Vimy par le 11e Corps canadien, le 22e Bataillon suivit les troupes d’assaut à 15 mètres derrière et nettoya les tranchées ennemies à la pointe de la baïonnette. Le Bataillon captura cinq mitrailleuses et fit plus de 500 prisonniers qui furent escortés au parc divisionnaire.
 Durant sa participation à différents engagements dans ce secteur, le 22e Bataillon compta 26 tués et 84 blessés.


Cette victoire d’une importance cependant mineure sur le plan militaire permit à une jeune nation de naître et de s’affirmer. Elle est le symbole de la naissance du Canada. Cette attaque qui ne devait être qu’une diversion fut le seul succès des offensives alliées de 1917. De plus, ce fut la première victoire militaire du Canada en tant que nation indépendante. Des jeunes gens venus de toutes les provinces du pays s’étaient battus côte à côte victorieusement.


Les chroniqueurs du gouvernement canadien résumeront cette bataille de la façon suivante : « La victoire de Vimy est célébrée comme un signe de maturité. Pour la première fois, des Canadiens passèrent à l'attaque ensemble et triomphèrent ensemble. » Toutefois, la victoire est remportée au prix de lourdes pertes pour les Canadiens : pour la période du 9 au 14 avril, 10 606 hommes mis hors de combat, dont 3 598 tués. Vimy constitue néanmoins un point tournant pour l'armée et la diplomatie canadienne. Une croix de bois, remplacée depuis par un monument, rappelait la participation des Canadiens à cette bataille en sol français.


Des artilleurs canadiens se protègent à l'aide de fissures dans le sol causées par des éclats d'obus sur la crête de Vimy en France, avril 1917.

Photo :
Bibliothèque et Archives Canada PA-001017

Cet article est le quatrième d'une série de six.

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