La guignolée (2)


Par Anne-Sophie Robert
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 19 décembre 2007.


Les premières guignolées sont organisées vers 1861 ou 1862, par la Société Saint-Vincent-de-Paul. Cette organisation, fondée à Paris en 1833 par Frédéric Ozanam, un étudiant de la Sorbonne, avait pour mission de rendre visite aux pauvres pour leur apporter réconfort spirituel et biens matériels. La première conférence canadienne de la Société Saint-Vincent-de-Paul est fondée en 1846 à Québec par le Dr Jospeh Painchaud et la deuxième conférence à Montréal en 1848 par Mgr Ignace Bourget.

La quête de la guignolée n’est pas publicisée à Saint-Hyacinthe à partir du milieu du XIXe siècle jusqu’au tournant du siècle. Il est difficile de savoir s’il existait, en à cette époque une quête de maison en maison puisqu’il n’en est pas question dans les journaux maskoutains du temps. Cependant, en 1903, des voyageurs de commerce de Québec s’organisent avec la Société Saint-Vincent-de-Paul pour parcourir les rues. Est-ce cet événement qui donne l’idée aux Maskoutains de faire de même ? Quoi qu’il en soit, dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 31 décembre 1904, il est annoncé dans les notes locales que « les membres de la Société Philharmonique et quelques citoyens restaureront une vieille coutume canadienne, la Ignolée, le samedi soir suivant pour demander secours au profit des pauvres. Toutes contributions en argent ou en effet seront acceptées ». On apprend dans l’édition du 7 janvier 1905 que $ 500,00 en espèces sonnantes ont été ramassés durant la guignolée.

À partir de 1904 jusqu’en 1912, la guignolée sera organisée et courue la veille du jour de l’An par les membres de la Société Philharmonique de Saint-Hyacinthe, accompagnés, certaines années, par le club de raquetteurs maskoutain L’Infatigable. Les quartiers de la ville, beaucoup moins nombreux à cette époque qu’aujourd’hui, étaient visités ainsi que le marché. On ramenait le tout aux locaux de la Société Philharmonique où on procédait au partage et à la distribution aux familles pauvres.

La tradition semble avoir été mise de côté durant les années 1913, 1914 et 1915, peut-être à cause du début de la Première Guerre mondiale. Cependant, une annonce concernant la guignolée apparaît le 16 décembre 1916. À partir de cette année jusqu’en 1942, la quête est organisée par les conférences Saint-Vincent-de-Paul des paroisses Notre-Dame-du-Rosaire et de la Cathédrale (paroisse Saint-Hyacinthe-le-Confesseur). Certaines années le Cercle Montalambert, L’Infatigable, les zouaves, la garde d’honneur, les petits chanteurs de l’Académie Girouard et les membres du Chœur de chant de la paroisse Notre-Dame-du-Rosaire sont de la partie.


Il n’est pas difficile d’imaginer le joyeux tapage que pouvaient faire les « guignoleux » surtout les raquetteurs du club L’Infatigable qui ne se faisaient pas prier pour prendre un petit coup !

De 1919 à 1922, la quête est suivie, dans la paroisse Notre-Dame-du-Rosaire, d’une grande vente aux enchères de différents objets et de volailles au profit de la conférence Saint-Vincent-de-Paul de la paroisse. La guignolée, à partir de 1922, est courue parfois juste avant Noël, parfois entre Noël et le jour de l’An.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la tradition se poursuit même durant la crise économique, alors qu’une grande majorité de la population est appauvrie. On apprend dans Le Courrier qu’en 1929 « Sous la surveillance du président de la Conférence Saint-Vincent-de-Paul [celle de la paroisse de la Cathédrale] plus d’une quarantaine de paniers ont été distribués, contenant vêtements et provisions, aux indigents de la ville. Cette distribution a été faite à l’Ouvroir Sainte-Geneviève par la Conférence.»

En 1942, messieurs R. Comeau et  R. Benoît, gérants des théâtres Maska et Corona sont remerciés d’avoir permis la sollicitation de l’aumône dans leur théâtre le soir de la guignolée. À partir de 1942, il n’est plus question de la guignolée sous sa forme traditionnelle. En 1950, la Chambre de commerce des jeunes de Saint-Hyacinthe prend l’initiative de visiter et de solliciter les marchands et les industriels de la ville pour ramasser des objets pouvant être présentés en cadeau aux moins fortunés. Ces objets furent distribués la veille de Noël à la salle de l’Académie Girouard.

Depuis quelques années la tradition se perpétue de plus belle à Saint-Hyacinthe et ailleurs au Québec. Espérons que cette coutume perdurera encore longtemps. Le message publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 21 décembre 1907 est toujours d’à propos : « Nous sommes sûrs que tous les citoyens se montreront généreux comme par le passé en faisant l’aumône dans un temps si opportun » car comme il est dit dans l’édition du Clairon du 10 décembre 1926 : « Nous n’insisterons pas sur l’excellence de cette coutume canadienne. Nous n’avons qu’à la signaler à notre population pour être certain que le plus bienveillant accueil lui sera réservé. »


Photo:
Le club de raquetteurs L’Infatigable a participé à plusieurs guignolées maskoutaines. Photographie prise au parc Dessaulles vers 1910. On reconnaît, au fond, l’ancien palais de Justice.
Fonds Studio B. J. Hébert, collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH085.


Cet article est le deuxième d'une série de deux.


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