La Métairie à La Providence (2)


Par Luc Cordeau
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 15 avril 2010.


Cette résidence située à la campagne à l’époque, sert rapidement de refuge. En effet, la maison est à peine ouverte qu’elle va accueillir des malades atteints de la picote. Puis, le grand incendie du 3 septembre 1876, au centre-ville de Saint-Hyacinthe, va jeter plusieurs personnes dans la rue. Plus d’une centaine de ces victimes trouveront refuge à « La Métairie à La Providence qui avait été établie dans le double but d’aider à soutenir l’Hôtel-Dieu, de recueillir les pauvres et quelques pensionnaires » (Rapport annuel de l’Hôtel-Dieu, 1899).


La résidence comprise dans la transaction de 1874, la première maison de la Métairie, faite en forme de « H », est à moitié terminée lors de l’achat par les religieuses. L’immeuble « un château ayant pour nom Larkin’s Folly », est terminé au cours des mois suivants. Bénite par Mgr Louis-Zéphirin Moreau, évêque de Saint-Hyacinthe, le 5 juillet 1874, ce n’est qu’à partir du 8 mai 1875, qu’elle est officiellement habitée. Cette grande maison aurait été agrandie en 1885, par les entrepreneurs maskoutains, Rémi Bernard, maçon, et messieurs Paquet et Godbout, pour la menuiserie. Lors de son incendie en 1898, la Maison de la Métairie qui comptait quatre étages dont un au sous-sol, mesurait 140 pieds de façade et  comprenait deux ailes aux extrémités, l’une de 100 pieds et l’autre de 45 pieds de longueur. Selon Louise Voyer, auteur du livre Saint-Hyacinthe de la Seigneurie à la ville québécoise, paru en 1980, « la première Métairie rappelle en quelque sorte, par son plan, les bâtiments de fermes collectives érigés en Angleterre au XVIIIe siècle ».


Le feu a complètement détruit la maison de la Métairie dans la nuit du dimanche 15 au lundi 16 mai 1898. Un incendie déclaré d’origine accidentel suite à l’enquête du coroner, aurait débuté dans la chapelle de la maison vers 23h40. Malgré les escaliers de secours qui d’après l’enquête étaient suffisants et en bon état, douze personnes ont perdu la vie et huit autres furent blessées. Parmi les victimes, on comptait des religieuses, des enfants, des hommes et des femmes de différents âges. Certaines personnes sont mortes brûlées, d’autres, en se jetant des 3e et 4e étages. À cette époque, le village de La Providence n’était pas encore une municipalité. Il faisait partie de la Municipalité de la Paroisse Notre-Dame de Saint-Hyacinthe. Il n’y avait pas de service d’incendie dans la municipalité et devant l’absence d’entente avec le Ville de Saint-Hyacinthe, les pompiers maskoutains ne pouvaient pas se rendre à La Providence sans l’accord du maire, ce qui fut fait. Malgré la présence d’un aqueduc et de bornes fontaines à La Providence, lorsque les pompiers de Saint-Hyacinthe arrivèrent sur les lieux, il était trop tard. Le feu était devenu incontrôlable. Les pertes matérielles sont évaluées à 60 000$. L’immeuble n’était pas assuré.

Une enquête du coroner a lieu à l’Hôtel-Dieu le mardi 17 mai. En plus des causes du sinistre et des décès, le rapport nous apprend notamment des détails concernant l’aménagement intérieur de la maison, ainsi que les activités de certains résidants. Journal Le Courrier, samedi 21 mai 1898 : « La catastrophe de la Métairie St-Joseph – L’enquête. Sœur Bédini, née Élisabeth Lafrance : Je suis âgée de 62 ans. J’étais supérieure de la maison de la Métairie St-Joseph. Le personnel se composait d’environ 60 personnes mais tous ne couchaient pas à la maison. Il y avait environ 54 personnes la nuit de l’incendie. Il y avait trois jeux complets d’escaliers et un quatrième qui aboutissait à la galerie du devant, venant du troisième au deuxième étage. Il y avait des galeries en avant et en arrière de la maison. Tout le personnel connaissait les issues de la maison. Le premier jeu d’escalier a été envahi par le feu venant de la chapelle. Le dortoir pour les sœurs était uniquement pour elles. Il y en avait un aussi pour les filles et un autre pour les sœurs auxiliaires et deux dortoirs pour les hommes. Le dortoir des filles était au troisième étage, vis-à-vis le jubé de la chapelle. […] Nathalie Fafard, âgée de 46 ans : je demeurais à la Métairie depuis 23 ans. J’étais occupée aux travaux du dehors. Le soir du feu, j’étais couchée au 3e étage. Nous étions quinze dans le même dortoir. C’est moi qui a donné l’éveil à mes compagnes en m’éveillant et en apercevant beaucoup de fumée dans le dortoir. Je ne pouvais voir d’un bout à l’autre du dortoir vu l’épaisseur de la fumée. […]


Photo: 
Première maison de la Métairie, avant mai 1898. Archives Sœurs de la Charité.



Cet article est le deuxième d'une série de cinq.


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