La Métairie à La Providence (3)


Par Luc Cordeau
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 22 avril 2010.


« [...] Célina Berthiaume, veuve de Joseph, âgée de 38 ans, dit ce qui suit : Je demeure à la Métairie depuis le 17 février de l’an dernier. Deux de mes enfants demeuraient avec moi à la Métairie. Mes deux fils sont brûlés ainsi que ma mère. Je travaillais aux manufactures et je pensionnais à la Métairie. […] ». Pour le coroner qui a fait l’enquête, il s’agit d’un incendie accidentel. Mais pour Joseph Lessard, inspecteur des manufactures [pour le gouvernement du Québec], venu à Saint-Hyacinthe à la suite du feu, c’est un incendie d’origine criminel. Cette version ne sera pas retenue. Des critiques à l’égard des sœurs ont parues dans des journaux concernant l’absence prétendue de moyens de sauvetage. Lessard était venu à la Métairie en 1895 afin de faire respecter certaines normes en cas d’incendie pour faciliter l’évacuation des résidents. Les Sœurs avaient bien répondus aux demandes de l’inspecteur. Pour Lessard, la maison comptait suffisamment d’escaliers et d’échelles portatives et les décès sont dû à la panique des gens selon lui.


La deuxième maison de la Métairie
Les cendres de la première maison de la Métairie étaient à peine refroidies qu’une campagne de levée de fonds fût mise sur pied afin de permettre le plus rapidement possible la reconstruction de la maison. Des comités de citoyens sont alors formés dont notamment celui composé du maire de la ville, du Conseil municipal et de curés qui a pour mandat de recevoir des souscriptions publiques. Un autre, formé de personnages influents, aura pour tâche de solliciter le « gouvernement local ». Ces comités faisaient suite à une assemblée publique organisée par le maire de Saint-Hyacinthe, le dimanche 29 mai, afin de discuter des possibilités d’aide à apporter aux Sœurs dans la reconstruction de la Métairie.


Les autorités municipales de la Ville de Saint-Hyacinthe optent pour une aide financière ponctuelle mais les religieuses préfèreraient une exemption des taxes d’eau pour l’Hôtel-Dieu et l’Ouvroir Sainte-Geneviève qui leur permettrait d’assurer leur maison pour un montant d’environ 60 000$. Finalement, le Conseil de la Ville a proposé par le règlement no 73, le 24 juin 1898, que la taxe d’eau annuelle de l’Hôtel-Dieu et de l’Ouvroir ne serait plus à l’avenir fixée au montant de 340$ mais de 12$ par année.


La campagne de souscription « porte fruit » à Saint-Hyacinthe et à l’extérieur. En date du 31 juillet 1899, c’est un montant de 9 751,34$, qui a été amassé depuis le 1er août 1898. Parmi les donateurs d’argent, notons l’évêché (don de 1 000$, le plus élevé des souscripteurs), le Séminaire, des prêtres, des gens d’affaires, des communautés religieuses, les banques locales, des professionnelles et divers citoyens. Une loterie aurait même été organisée par Mgr Maxime Decelles, sous le patronage de Mgr Louis-Zéphirin Moreau, évêque. À Roxton Falls, un comité de souscription présidé par le curé Santenac, est organisé afin d’aider la Métairie.


La campagne de souscription n’a pas permis de récolter seulement de l’argent pour la Métairie mais également divers biens, notamment des ustensiles de cuisine, des habits, des lunettes, des chaussures, des meubles, de la vaisselle, un lit, une horloge, etc.


La construction de la deuxième maison de la Métairie débute avant même la fin de la campagne de souscription. Déjà, le mercredi 3 août 1898, on peut lire dans le journal L’Union, de Saint-Hyacinthe : « Les travaux de construction de la Métairie faits à la journée, sous la surveillance de monsieur Louis Gosselin, maçon, avancent très rapidement ». Les plans du nouvel immeuble sont l’œuvre de monsieur Charles Chaussé (1861-1921), architecte de Montréal, originaire de Sainte-Rosalie. Il aurait offert d’élaborer les plans et le devis gratuitement.


Le journal La Tribune du 25 novembre 1898 nous fait part que les travaux de construction progressent bien : « Les effets du désastreux incendie du printemps dernier disparaissent graduellement. La construction nouvelle qui est à se terminer n’est pas aussi vaste que l’ancienne ; il y manque le carré primitif avec la tourelle, le château, comme on appelait cela autrefois à Saint-Hyacinthe. La bâtisse qui s’achève ne servira que pour des fins de l’exploitation de la ferme, et pour les Sœurs qui ont besoin de repos. Il n’y aura pas de place pour les pensionnaires ».


Avec un nouvel immeuble plus petit, les religieuses doivent trouver des solutions afin de satisfaire les demandes grandissantes. C’est pourquoi, elles ont dû trouver de nouveaux locaux en 1898-1899. D’abord, afin de répondre aux vœux de personnes désirant pensionner chez les Sœurs, un nouveau département est ouvert dans l’ancienne pro-cathédrale, la maison Saint-Antoine, située à l’angle des rues Dessaulles et Sainte-Anne.


Photo:
La maison de la Métairie, vers 1909. Archives Sœurs de la Charité.


Cet article est le troisième d'une série de cinq.


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