La Porte des anciens Maires (3)


Par Claire Lachance
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 26 avril 1978


L’architecte
M. Richer est né à St-Hyacinthe le 14 septembre 1887, du mariage de M. Euclide Richer, chevalier de Pie IX, fondateur de la Librairie Richer en 1872 et ancien maire de la ville de 1898 à 1901, et de Stéphanie Dubord. Il avait trois frères : Jules, Paul et Adrien, tous trois libraires et une sœur, Juliette, mariée à M. V. Ernest Fontaine, avocat.


Élève du Séminaire dès 1897, il y fait ses études classiques et passe ensuite deux ans à l’école Polytechnique de Montréal. En 1909, se sentant particulièrement attiré vers l’architecture, il acquiert de l’expérience en travaillant dans divers bureaux d’architectes puis il part pour Paris où il étudie pendant un an, à l’atelier de MM. Duquesne-Recours, atelier attaché à l’École Nationale des Beaux-Arts.


De retour au pays en 1912, M. Richer fut admis à la pratique de l’architecture en 1914 et ouvrit alors un bureau à Montréal qu’il conserva jusqu’en 1918. Le 28 septembre 1915, il avait épousé Mlle Fernande Lamalice de Montréal dont il eût deux filles ; l’une étant morte en bas âge, seule, lui survit le Dr Claude Lise Richer qui s’occupe actuellement (en 1978) de recherches médicales à l’Université de Montréal où elle a collaboré aux travaux du Dr Hans Selye.


De nature plutôt réservée, gros travailleur, M. Richer sortait peu en dehors de ses activités professionnelles et n’appartenait à aucune association mondaine. Intellectuel, il aimait la lecture et les voyages, aussi, il retourna, avec son épouse, en Europe à plusieurs reprises. 


Échevin, puis greffier de la ville de 1924 à 1931, il devint directeur des services municipaux pendant quelques années.


M. Richer a laissé une œuvre considérable ayant fait les devis de presque toutes les églises du diocèse de Saint-Hyacinthe, bâties depuis l’année 1930 et d’une multitude d’institutions religieuses et scolaires. Mentionnons entre autres, l’église du Sacré-Coeur de Saint-Hyacinthe, celles de Rougemont et de Saint-Simon, la rénovation intérieure de l’Église de Notre-Dame de Granby et celle de Notre-Dame de Saint-Hyacinthe, la restauration du Grand-Hôtel, l’annexe de l’Hôtel de Ville, le couvent des sœurs de Saint-Joseph, l’Hôpital St-Charles et plusieurs maisons.


Toutefois, son œuvre maîtresse se réalisa dans les plans de la chapelle du Séminaire, érigée en 1927, et où sa formation classique de l’architecture pût trouver toute son expression dans l’art ogival.


Au Séminaire, dès 1926, on avait démoli l’ancienne chapelle de style roman qui datait de 1883 mais qui était devenue trop étroite pour le personnel religieux et laïc toujours grandissant. Comme on voulait éviter la destruction, toujours possible par les incendies, des matériaux durables furent choisis pour la nouvelle construction : pierre à l’extérieur, blocs de ciment et ciment soutenu par une armature d’acier à l’intérieur. L’architecte s’est inspiré pour élaborer ses plans, de la cathédrale d’Amiens, qui, construite au treizième siècle, est considérée comme une des plus belles réalisations de l’art gothique et la plus grande église de France.


Notre chapelle se veut cependant de dimensions plus modestes mais n’en est pas pour autant moins impressionnante. L’effet désiré par les grands bâtisseurs de cathédrales du Moyen Âge, on le ressent dès qu’on pénètre dans la chapelle. Les lignes ascendantes des colonnes qui se prolongent jusqu’à la voûte nous invitent à la prière, et le regard élevé, dirigé à la fois par la succession des croisés d’ogives et par les directrices longitudinales, descend jusqu’au Maître-Autel où doit se passer l’Essentiel.


De chaque côté de la nef, une allée permet l’accès aux autels latéraux et aux confessionnaux et nous conduit au déambulatoire qui lui-même permet l’accès aux nombreuses chapelles situées autour de l’abside qui, malheureusement servent plus rarement aujourd’hui.


Rappelons que si la construction de la chapelle a été faite par la maison Dansereau, les ateliers Casavant et Frères ont réalisé les bancs, la chaire, le Maître-Autel et tout le bois œuvré du chœur. Ces accessoires ont été faits et sculptés dans du bois de chêne d’une grande beauté et où se répète le motif de l’ogive.


Architecte de talent, M. Richer fut reçu membre de l’Institut Royal d’Architecture du Canada en 1941, et sa renommée dépassa les limites de sa ville. Vers l’année 1935, il s’associa avec l’architecte Lucien Sarra-Bournet et il décéda à St-Hyacinthe, le 8 juin 1963, à l’âge de 76 ans. 


Photos
En haut, l'architecte René Richer.
En bas, le maître-autel de la chapelle du Séminaire de Saint-Hyacinthe.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

Références
Archives du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe
Mlle Claure Lise Richer
Mme Philippe Pothier


Un livre sur René Richer a été publié par les Éditions Gid. Consultez notre page de publications en cliquant ici.

Cet article est de troisième d’une série de sept.


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