La Porte des anciens Maires (4)


Par Claire Lachance
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 3 mai 1978


Les contracteurs
La construction de la Porte des anciens Maires fut octroyée, par contrat, à MM. Paquet et Godbout à la réunion tenue, à une heure p.m., le 11 août 1927, sur convocation verbale du greffier.


Ils avaient présenté une soumission au montant de 9000 $ devant les membres de la Commission des parcs composée de J.B. Létourneau, président, T.-D. Bouchard, J.L. Guillet, et Paul Richer. À l’unanimité il fut résolu de l’accepter à condition que les entrepreneurs consentent à ajouter au plan une fontaine supplémentaire et qu’ils acceptent de la Cité le montant de $7750 dollars, le solde devant être payé par la souscription publique. On ajoutait que : « la livraison de la dite porte devant être faite le 28 septembre prochain, et dans l’éventualité de manquement à ce faire, les entrepreneurs paieront à la cité ou lui alloueront la somme de 25 $ comme dommage liquidé pour chaque jour après celui où les ouvrages demeureront incomplets, sauf tous les retards causés par force majeure ».


Le soir du même jour, une nouvelle réunion fut convoquée à 7 heures par les membres du même comité, qui, peut-être pris de remords sur une clause qu’ils jugeaient d’une trop grande sévérité, s’empressèrent d’amender la dernière partie de la résolution pour la remplacer par la suivante : « L’entrepreneur s’engageant à employer toute la diligence possible dans l’exécution de ces travaux, et permettant à l’ingénieur de la cité de s’assurer que les commandes des divers matériaux requis ont été données sans délai ». Rappelons que la Porte fut prête, à quelques détails près, pour le jour de l’inauguration soit sept semaines après la signature du contrat.


Ce commerce d’entrepreneurs et manufacturiers se spécialisait surtout dans la construction d’églises et d’édifices religieux. On y manufacturait des ameublements d’église et de sacristie, des portes et fenêtres, des corbillards, etc. On y faisait de la très belle sculpture sur bois et l’industrie possédait en plus de quatre cours à bois trois immenses séchoirs pour fournir le personnel qui y travaillait. Le chiffre d’affaires pour l’année 1920 se montait à 400 000 $ environ.


Sise sur la rue St-Pascal (Brodeur), la maison fut fondée à Saint-Hyacinthe en 1883 par Pierre Paquet de Québec et J. Théodore Godbout de la Beauce. Elle passa à la génération suivante, à un neveu Narcisse Paquet et à Antonio Godbout fils de Théodore, qui s’associèrent à l’architecte Lucien Sarra-Bournet en 1930. Le commerce fut vendu en 1944 à la Cie C.A. Cayouette, de Tinwick, qui existait depuis 1901 et qui est actuellement une industrie prospère de notre ville.


MM. Paquet et Godbout s’étaient installés dans l’ancienne fonderie Chagnon, propriété achetée en 1866 par M. Eusèbe Brodeur facteur d’orgue, mais qu’ils avaient reconstruite et agrandie en 1886 puis de nouveau en 1894, pour devenir une des entreprises les plus complètes du genre au Canada.


En 1893 on compte 190 ouvriers et en 1909 ils sont 200 dont un grand nombre très qualifiés. La renommée de la maison de Saint-Hyacinthe, plus celle d’une succursale qu’ils tinrent à Montréal de 1889 à 1896, s’étendait à travers le pays.


Faisons si vous le voulez une énumération sommaire des réalisations de cette maison : les églises de l’Ancienne Lorette de Québec, Sainte-Félicité de Matane, Sainte-Anne de Yamaska, Saint-Herménégilde de Brandford, Saint-Hippolyte de Watton, Saint-Pierre de La Patrie, Saint-Fortunat, N.D. De Stokeley et les bancs de la Cathédrale de Saint-Boniface au Manitoba.


Mgr Paul Larocque, évêque de Sherbrooke dit en 1909, de cette entreprise, « qu’elle donne partout satisfaction » à la suite de plusieurs constructions dans ce diocèse dont le Séminaire Saint-Charles-Borromée, le pensionnat de la Congrégation N.-Dame, et le Palais de Justice.


Mentionnons aussi le bureau de poste de Plessisville, la finition de l’église d’Arthabaska, l’église de Saint-Denis et la chapelle du Couvent en 1922. À Saint-Hyacinthe, ils firent l’ornementation de l’église des Dominicains en 1886, le manège militaire en 1905, l’école anglaise de la rue Sainte-Marie en 1918, la Porte des anciens Maires en 1927 et beaucoup d’autres.

En 1898 ils avaient bâti la Cathédrale de Nicolet. Malgré leurs hésitations à construire sur un terrain qui laissait filtrer trop d’eau et leurs avertissements sur le manque de solidité des fondations, les entrepreneurs ne furent pas écoutés et à peine quelques semaines avant la fin des travaux, l’édifice s’écroula partiellement le 3 avril 1899 et complètement le 11 mai.


Ils furent tenus responsables par l’Évêché qui refusait de les payer. Toutefois, une enquête, menée par les avocats Lussier, Gendron et G. Lamothe leur donna gain de cause. Il fut prouvé que les plans de l’architecte étaient défectueux et qu’ils n’avaient pas été approuvés par le gouvernement comme il était requis pour tout édifice public.


Paquet et Godbout reconstruisirent la cathédrale et reçurent leurs émoluments. On se souviendra que cette même cathédrale devait s’effondrer de nouveau durant les années 1950, par suite d’un glissement de terrain assez considérable et qu’on dût déplacer de beaucoup le site du nouvel édifice. Tragédie qui devait confirmer les appréhensions des constructeurs concernant le terrain choisi en 1895.


Photo
En-tête de lettre de la compagnie Paquet et Godbout en 1900.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.


Références
Archives de la Société d’histoire,
Archives de l’Hôtel-de-Ville.


Cet article est le quatrième d’une série de sept.


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