La Porte des anciens Maires (5)


Par Claire Lachance
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 10 mai 1978


Au moment de la construction de la Porte des anciens Maires, M. Damien Bouchard était en poste depuis 1917. Auparavant, il avait occupé les postes d’échevin et de greffier. Homme d’action, entreprenant, à l’affût du progrès, voulant toujours améliorer la condition du peuple, il a été le promoteur de nombreuses réalisations durant ses 25 années passées à la mairie.


Menant de front les activités municipales et sa carrière politique dans la province il faisait preuve d’une grande ténacité dans ses desseins, aussi, lui attribuait-on volontiers ces mots de Napoléon : « si c’est possible, c’est fait, si c’est impossible, ce sera fait ».


Parmi les améliorations dont Saint-Hyacinthe bénéficia sous ses mandats, mentionnons entre autres : le rachat des ponts dont on parlait depuis si longtemps, la substitution des pompes aspirantes et foulantes par des turbines mues à l’électricité, le pavage des rues, les canalisations, la filtration de l’eau, la municipalisation des services publics, l’embellissement de la ville, l’abolition des rentes seigneuriales et que sais-je encore ?


De souche très humble, il n’éprouvait aucune gêne à se dire « fils de cordonnier et petit-fils de porteur d’eau du marché à foin ». Plongé par nécessité, dès ses vingt ans dans la carrière de journaliste pour payer ses études classiques, il devait par la suite malgré bien des difficultés atteindre presque tous les échelons de la politique municipale, provinciale et fédérale, tout comme l’avait fait Honoré Mercier, 40 ans plus tôt, mais à travers une époque et des événements fort différents.


Une certaine analogie, me semble-t-il, se dégage de ces deux hommes d’État qui ont vécu en notre ville. L’un fils de paysan, l’autre fils d’ouvrier, tous deux ont manifesté une activité débordante menée sur plusieurs fronts à la fois, et aimant la lutte jusqu’au défi. Leur éloquence et leur don de réplique en faisaient de rudes jouteurs et de bons tribuns qui pouvaient se montrer à l’occasion belliqueux et véhéments.


Journalistes d’attaque, ayant étudié le droit, politiciens de combats ils n’hésitaient pas, pour défendre leurs principes et réaliser leur idéal, à foncer à corps perdu sur leurs adversaires afin de soutenir leurs causes et celles du peuple s’ils les croyaient justes.


Toutefois ces deux grands politiciens évoluèrent différemment. Après avoir laissé la politique fédérale, Mercier, nationaliste convaincu, très catholique, et soutenu par le clergé ultramontain de l’époque, affichait des idées autonomistes. Il s’est élevé farouchement contre la confédération et l’empiétement du fédéral sur les provinces.


Par la suite, il devint premier ministre du Québec dans un parti, plus nationaliste que libéral, qu’il avait fondé.


Damien Bouchard, lui, grand admirateur de Laurier, pratiquait le libéralisme et défendait l’unité du pays. Homme de caractère, très indépendant, il prônait la liberté d’actions et de paroles et n’hésitait pas à tenir tête à l’orage pour faire triompher ses idées par le droit et la justice. Une telle attitude était de nature à lui apporter des heurts avec certains adversaires politiques et cléricaux.


Toujours, il demeura attentif aux besoins de sa ville et du petit peuple, et toujours il se fit un devoir de consacrer ses talents à la cause des travailleurs et des pauvres. Des contemporains qui l’ont connu m’affirment qu’il pratiquait fort discrètement, des générosités personnelles envers de nombreuses personnes dans le besoin. Durant toute la tourmente politique où il occupa plusieurs fonctions et ministères, jamais son honnêteté ne se fit prendre en défaut en acceptant de l’argent de qui que ce soit. Il mit ses principes en action selon lesquels : « un gouvernement s’il veut être efficace, doit administrer la chose publique de façon irréprochable ». 


Photo
Télesphore-Damien Bouchard lors de l’inauguration de la porte des anciens Maires en 1927.
Collection Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe.
 
Références
Archives du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe
T.D. Bouchard, Mémoires, 3 Tomes.
Mgr. Choquette, Histoire de Saint-Hyacinthe.

Cet article est le cinquième d'une série de sept.

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