La Porte des anciens Maires (6)


Par Claire Lachance
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 17 mai 1978


La célébration du Centenaire
Le dimanche précédant la fête, l’Hon. Dessaulles avait reçu chez lui à la résidence qu’il habitait rue de l’Hôtel-Dieu, depuis 1857, et qu’il avait achetée de son oncle Augustin Papineau, notaire, marchand et patriote « qui fit le coup de feu à St-Charles » en 1837, et frère de Louis Joseph.


Les enfants et petits-enfants de M. Dessaulles, au nombre de 53, se pressèrent autour de lui et pour l’occasion les sœurs de l’Hôtel-Dieu avaient fait parvenir deux gros gâteaux « ouvragés », de même que les sœurs de la Présentation avaient confectionné un gâteau à quatre étages, reproduction de la Porte des Maires.


Il y eut aussi, le mercredi suivant, une réception intime à l’Hôtel-Dieu et les orphelins qui sont de la fête chantent et présentent leurs hommages. Puis le soir, ce fut au tour des autorités religieuses et civiles d’aller à la résidence porter leurs félicitations et leurs vœux au jubilaire.


L’après-midi du jeudi avait été proclamé demi-journée de fête civique, afin que la population entière puisse s’unir pour célébrer dignement le centenaire de ce grand citoyen dont la fructueuse carrière s’est poursuivie au bénéfice des gens de Saint-Hyacinthe. Les écoles sont fermées, toute la ville est pavoisée, les édifices publics et les maisons arborent drapeaux, banderoles et écussons de toutes couleurs. 


Un salut solennel fut célébré à la chapelle de l’Hôtel-Dieu par Mgr Decelles qui fit une brève allocution et lut un câblogramme du Pape Pie XI. Puis, ce fut la rencontre des invités à l’Hôtel de Ville pour le départ de la parade vers 2 heures et quinze. Devant une foule immense, réunie en face du Grand Hôtel, le cortège se mit en branle par les rues suivantes : Mondor, William (Calixa-Lavallée), Saint-Casimir (Duclos), Cascades, Saint-Simon, Saint-Antoine, Saint-François, Cascades, Bourdages, Claude, Dessaulles, Rosalie, Richer, Laframboise, Dessaulles, Sainte-Marie, Girouard, le parterre du Séminaire et Girouard jusqu’au Parc Côté.


Tout le long du cortège, la population ovationne le Jubilaire qui salue allègrement en soulevant son haut de forme. 


Au Parc Côté, une estrade avait été dressée devant la Porte-Monument pour y recevoir les représentants du gouvernement fédéral et de la législature provinciale, les membres du clergé, les citoyens de marque et les membres de la famille. Autour, le tout Saint-Hyacinthe assistait à cette fête grandiose, par une radieuse journée d’automne.


Des cadets des Compagnies de Zouaves, la Philarmonique de Saint-Hyacinthe, la fanfare de Saint-Vincent-de-Paul, drapeaux en tête présentèrent les armes et sonnèrent au champ lorsque l’Hon. Dessaulles apparut sur l’estrade.


Le maire D. Bouchard fut le premier à prendre la parole. Il fit remarquer à l’assistance que les grands arbres centenaires du Parc Côté avaient été plantés par le père du Sénateur un siècle plus tôt et qu’on se devait de perpétuer la tradition. Et c’est d’un geste alerte, ne semblant ressentir aucune fatigue, que M. Dessaulles lança la première pelletée de terre sur les racines d’un jeune orme-souvenir et sur les plans de pivoines que le prince de Galles, le futur Édouard VIII, avait fait parvenir.


M. Bouchard énuméra alors les étapes de la carrière fructueuse du centenaire au service de la ville et à laquelle il voulait lui associer dans cet honneur, les dix premiers maires de la ville qui furent ses collaborateurs dans l’œuvre du développement de Saint-Hyacinthe, de 1857 à 1917. 


« Et comment, de dire l’orateur, Saint-Hyacinthe devint la 4e ville de la province par le nombre des industries et la 5e pour celui du nombre de ses ouvriers ? La Porte des anciens maires, à laquelle un architecte de talent a voulu donner les lignes gracieuses de l’Art français, nous donnera la réponse. Les hommes de progrès, dont les noms sont inscrits sur ces plaques de bronze, ont supplée par leur dévouement inlassable, leur énergie progressive, leur connaissance approfondie du commerce et de l’industrie à ce que la nature, ingrate pour nous sous certains rapports, nous avait refusé ». 


« L’autre plaque nous rappellera qu’à trois reprises le feu dévorait une partie de notre ville et que dès le lendemain de ces incendies on reconstruisait, maisons, ateliers, usines et la roue du progrès, quoique retardée momentanément dans sa marche, continuait à avancer vers des destinées toujours plus brillantes. Nous avons convoqué à cette fête tous les enfants de la ville pour leur faire comprendre que la vertu civique est honorée à Saint-Hyacinthe, et de suivre l’exemple qui leur a été tracé par les onze maires et dont les noms ont reçu les honneurs du bronze tout comme les héros des grandes batailles de l’histoire ».


Le représentant du gouvernement fédéral, l’Hon. Fernand Ringret, secrétaire d’État, est invité ensuite à dévoiler ces plaques-souvenirs. Il offre ses félicitations et rappelle que ce moment restera l’éclatant témoignage que l’œuvre des maires a été comprise par leurs compatriotes. « Et, dit-il, il convient d’être discret quand on fait des souhaits au Sénateur Dessaulles car lui demeure toujours et ce sont ceux qui souhaitent qui disparaissent. Il a été de plusieurs générations, et nous qui avons peine à être de la nôtre nous admirons qu’il ait pu si bien être à sa place dans chacune d’elles ». Le Sénateur d’État se fit ensuite le porteur d’un message du Premier Ministre du Canada, l’Hon. Mackenzie King. 
  
Photo
Georges-Casimir Dessaulles, T.-D. Bouchard et Fernand Ringuet lors de l'inauguration de la porte des anciens Maires de Saint-Hyacinthe.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.


Références
Archives du Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

Cet artile est le sixième d'une série de sept.

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