La Porte des anciens Maires (7)


Par Claire Lachance
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 24 mai 1978


Les célébrations, la suite
Mgr Desranleau, vicaire général du diocèse, souligne que « cette Porte qui tient à la fois de l’Arc de Triomphe et de la porte des anciennes fortifications, rappelle le caractère français de Saint-Hyacinthe, résume notre passé. Réalisée dans le style d’une Renaissance primitive, elle évoque le Moyen-Âge, redisant que c’est aux 16e et 17e siècles que les Canadiens français s’établirent au pays. »

« Le coq gaulois et la feuille d’érable représentent le symbolisme de l’enracinement au pays comme les érables ».


« Au tour du cartouche armorié, la devise “Oublier ne puis” convient à notre population et ressemble à celle de la province “Je me souviens”. Il nous est interdit de rien perdre de ce qui fut notre passé et nos traditions ; ils proclament l’énergie, le courage, la ténacité et l’amour du sol ».


« Oublier ne puis » d’être Canadien, d’être Français, d’être catholique. « Oublier ne puis » les devoirs qui m’incombent et les droits que la postérité m’a légués. Notre Porte sera hospitalière, elle offrira un bon accueil à tous ceux qui viennent du dehors. Elle se refermera, cependant, sur tout ce qui pourrait porter atteinte au caractère de notre région, de notre population la plus autochtone qui soit, peut-être dans la province et dans tout le Canada ».


Le Rév. J.E. Boucher, pasteur de l’Église presbytérienne, rappelle ensuite que M. Dessaulles est un « homme juste, tolérant et charitable », puis Mgr Choquette en apportant les vœux du Séminaire ajoute que « cette porte-monument sera dans l’histoire un des plus beaux symboles de la reconnaissance humaine ».


À huit heures, les invités sont de nouveau réunis au Grand Hôtel où un diner de choix est servi par la maison Kerhulu. Une seule santé fut offerte, celle du Roi et on y fit la lecture d’un message de félicitations de l’Hon. Alexandre Taschereau, premier Ministre du Québec, lequel se terminait par ces mots : « Vous méritez pleinement l’hommage public dont vous êtes aujourd’hui l’objet et le gouvernement de notre province est heureux de s’unir à votre population dans le tribut qui vous est rendu ».


L’orchestre philharmonique sous la direction de M. J.E. Chassé offrit un programme de bon goût et à neuf heures le maire T.D. Bouchard reçut les invités à l’Hôtel de Ville, pour une grande réception.


L’événement eut son écho dans tous les journaux de l’époque qui le relatèrent largement ; « fête qui a beaucoup d’éclat », écrit l’un. « La population a vécu un siècle de son histoire religieuse, civique, commerciale et industrielle », dit un autre.

Rappelons que M. Dessaulles fut échevin pendant 10 ans et maire de la ville pendant près de 25 ans sous deux termes. Il démissionna en 1897, à l’âge de 70 ans, pour devenir député de Saint-Hyacinthe à la législature provinciale lorsque son gendre, M. Maurice St-Jacques, qui devait se présenter, meurt à la suite d’un refroidissement pris durant la campagne électorale. À l’âge de 80 ans, sur l’invitation de Sir Wilfrid Laurier, il accepta, en 1907, un siège au Sénat pour représenter la circonscription de Rouville-Saint-Hyacinthe et succéder à William Hingston ; il y restera pendant 23 ans jusqu’à sa mort survenue en 1929.


Devenu doyen, et l’un des plus vieux législateurs du monde entier, il fut considéré comme un homme rempli de sagesse et d’expérience et comme le Sénateur le plus ponctuel et le plus vigilant de son époque, n’admettant pas que l’âge affaiblisse.
 
Rappelons que le vénérable vieillard avait fait ses études au Séminaire de Saint-Hyacinthe, en même temps que les deux fils de Papineau, ses cousins, et de ceux de Wolfred Nelson. Il est né le 29 septembre 1827, dans le manoir seigneurial. Construite en 1796, cette résidence devait être démolie en 1876 pour faire place au Parc Dessaulles que nous connaissons aujourd’hui. Héritier d’une partie de la Seigneurie en 1852, il fut un temps le plus grand propriétaire terrien de notre ville et par son grand esprit de charité et d’honnêteté il fut considéré comme un ami par tous ceux qui l’ont connu.


Sa droiture, son affabilité, son extrême politesse faisaient de lui un gentilhomme du temps passé. Resté simple et modeste, il fut attentif aux besoins de la population et participa activement à la période d’industrialisation intensive des années 1868-1880, sous son premier terme comme maire.


C’est sous son deuxième mandat que l’éclairage électrique, à peine connu sur le continent, fut instauré ici dès 1887 dans un édifice de la rue William. Ce système pouvait alimenter 24 lampes électriques dans les rues de la ville.


L’énumération des mérites du Sénateur Dessaulles serait longue à faire, sans doute en terminant, pourrait-on lui attribuer ces mots qu’Arthur Rubeinstein disait à l’occasion de son quatre-vingt-dixième anniversaire de naissance lors d’une émission télévisée,
« Moi j’ai pu me réaliser grâce à ma longévité ».


Le 3 octobre 1927, du Sénat, le Jubilaire faisait parvenir au Maire et au Conseil municipal la lettre suivante :


« Au lendemain des fêtes inoubliables que vous m’avez fait l’honneur d’organiser à l’occasion du centième anniversaire, je tiens à vous offrir l’expression de ma reconnaissance et à vous féliciter pour le grand succès de cette manifestation.


La porte que vous avez érigée et qui est construite selon toutes les règles du meilleur goût artistique fait honneur à Saint-Hyacinthe et elle ajoute à notre ville une beauté et une grâce de plus.


J’ai été profondément touché de la grande assistance de la population au développement des plaques commémoratives placées sur le monument, et la considération si respectueuse dont j’ai été entouré m’a procuré l’une des plus douces émotions de ma vie.


Je souhaite à notre ville de continuer son magnifique développement, dans la mesure et le bon goût et comme j’avais l’honneur de vous le dire, lors de votre visite chez moi, le meilleur gage du progrès et du succès d’une ville réside dans la concorde et dans l’union de tous les efforts vers le but désiré, même au bénéfice d’une opinion personnelle.


Je vous prie de croire, Messieurs, à ma très vive reconnaissance, et d’accepter pour vous-mêmes et pour votre ville, les vœux de succès et de prospérité que je forme pour tous ». 


 


Photo
En haut, la Porte des anciens Maires.
En bas,Georges-Casimir Dessaulles.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.


Références
Archives du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe.
Mgr. Choquette, Histoire de Saint-Hyacinthe.

Cet article est le dernier d'une série de sept.

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