La Saint-Jean


Par Albert Rémillard
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 22 juin 1993.


La fête de ce saint, qui tombe le 24 juin, coïncide avec le solstice d’été, fixé au 21 du même mois. Or l’histoire des peuples nous apprend que cette période, durant laquelle le soleil est à son plus grand éloignement de l’équateur, était célébrée par des réjouissances publiques. C’était surtout l’usage de saluer ce retour de l’été par des feux de joie.


Lorsque le christianisme commença à étendre son influence sur les nations, l’Église crut bon de conserver plusieurs coutumes populaires, mais en leur imposant un caractère religieux. La célébration du solstice d’été fut de celles-là. Mais ce fut sous le vocable de saint Jean-Baptiste qu’elle l’encouragea.


Au Moyen  Âge, le 24 juin était le jour généralement choisi pour ces réjouissances semi-religieuses. En France, les parlements s’ajournaient, lorsqu’ils devaient être en session cette journée-là. Bientôt, les feux qu’il était de tradition d’allumer en cette occasion, prirent le nom de “Feux de la Saint-Jean”.


Nos ancêtres voulurent conserver en Nouvelle-France non seulement leur religion et leur langue, mais aussi leurs traditions et coutumes. Parmi ces dernières, on peut placer au premier rang la célébration de la Saint-Jean-Baptiste, qui fut à l’honneur dès les débuts de la colonie.

Les Relations des Jésuites, en effet, font mention que dès avant 1636, les colons célébrèrent la Saint-Jean. Par la suite, elles nous reportent souvent  la célébration de cette fête.


Pour sa part, Philippe Aubert de Gaspé, dans Les Anciens Canadiens parle de la splendeur avec laquelle était célébrée cette fête dans les paroisses du bas du fleuve au XVIIIe siècle.


Dans Le Courrier du 17 juin 1905, Joseph de la Broquerie-Taché écrivait à propos de cette fête : « C’est lundi que St-Hyacinthe fera sa manifestation populaire. Déjà la perspective de cette grande fête fait courir l’émotion dans l’âme des citoyens. On s’agite, on rivalise de zèle pour donner à cette solennité le plus d’éclat possible. […] La Saint-Jean, c’est la fête du souvenir, la fête par excellence pour les enfants de la Nouvelle-France. […] Toute cette brillante toilette que revêtira notre cité n’est qu’une image faible et lointaine dissentiments dont l’âme canadienne sera remplie ce jour. [...] Et, au souvenir de nos origines, si nous joignons le besoin des luttes actuelles, il sera facile de nous convaincre de l’importance du rôle que nous sommes appelés à jouer  sur le continent américain. Tout dans notre histoire indique une mission supérieure. […] Les luttes des temps primitifs se sont livrées avec l’épée; celles des temps derniers ont pour champ de bataille le domaine politique; on ne ferraille plus pour répandre le notre sang, on subtilise pour nous annihiler, pour effacer le nom français de ce sol qui a bu le sang de nos martyrs. […] Canadiens du XXe siècle, nous devons être des soldats de l’armée des Lafontaine, des Morin, des Cartier. Connaissons la tactique de ces vaillants, admirons leur courage et leur foi en nos destinées et soyons partout et en toute circonstance des Canadiens prêts à revendiquer leurs droits, et non à demander grâce devant les plus faibles que nous qui ne tirent souvent leurs victoires que d’un peu d’audace. […] À quoi auront servi tous les discours enflammés si, quand vient l’heure fréquente de l’action, nous les renions par notre lâcheté sous prétexte de paix, d’unification ou tout autre aussi paradoxal. […] Pour devenir un peuple fort, le peuple canadien doit se développer suivant son génie particulier et nullement par l’absorption ou l’assimilation, de quelque mode que ce soit. »


Vient ensuite le programme de la fête. « La fête commencera à 5 heures par le réveil qui consistera en une salve de 21 coups de canon. À 7 heures, autre salve de 14 coups de canon. Dès 7 h. 30, la procession se formera sur la place du Marché et le défilé commencera à 8 heures. Dans le cortège  figureront un nombre considérable de chars allégoriques, une cavalcade historique, de nombreuses fanfares, les associations de secours mutuels, ouvrières, d’agriculture, les délégations, un contingent de zouaves, les corps publics officiels, etc. 9 h. 30 messe solennelle en plein air à l’église Cathédrale. Après la messe, la procession se remettra en marche pour revenir à la place du Marché. À 11 h. 45 concert musical par toutes les fanfares réunies. 


Après le dîner, à 1 h. 15, discours patriotiques sur la place du Marché, précédés par un lancement de ballons. À 3 h. 30, représentation théâtrale en plein air sur la place du Marché. À 5 heures, musique par  les fanfares réunies. À 8 h. 45, illumination générale de la Croix du Jubilé, des rues, résidences privées, établissements industriels, et commerciaux, rives de l’Yamaska, bateaux. À 9 heures, formation de la procession aux flambeaux etc., défilé à 9h. 15. À 10h 30, on lancera un magnifique feu d’artifice sur les bords de la rivière Yamaska”.


llustration:
Dans le salon du vieux château Saint-Louis, Lord Durham, le gouverneur anglais, vient de laisser tomber sa plume après avoir qualifié les Canadiens-Français : Peuple sans histoire… À son réveil il constate qu’une main audacieuse a écrit en travers du feuillet : Vous avez menti Durham ! puis elle a signé : Madeleine de Verchères
Esquisse pour un char patriotique. Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.