La St-Jean-Baptiste il y a 100 ans - juin 1910 (2)


Par Luc Cordeau
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 1er juillet 2010


«La Fête Nationale à Saint-Hyacinthe. – La Cité de Saint-Hyacinthe a célébré la fête nationale [le 20 juin] avec beaucoup d’éclat. La température était idéale, ce qui nous a valu la visite de milliers d’étrangers. […] En résumé, la St-Jean-Baptiste de cette année est la mieux réussie que nous ayons eue depuis des années», journal L’Union, Saint-Hyacinthe, 24 juin 1910.


Journal Le Courrier de Saint-Hyacinthe, samedi 25 juin 1910 : «Nos fêtes ont en effet un caractère qui nous les fait aimer d’une façon toute particulière. Quoique publiques, nos réjouissances n’ont rien d’officiel, à elles ne se rattache aucun souvenir politique pouvant froisser certaines idées et les noms de ceux de nos devanciers dont nous aimons à faire revivre la mémoire, ceux de Jacques Cartier, de Champlain, de Dollard des Ormeaux, de Papineau, loin de nous diviser, nous unissent dans un même sentiment de foi et de patriotisme. C’est cette unanimité qui a fait le charme de la journée de lundi. De bonne heure [à 5 heures], 21 coups de canon savamment espacés, tiraient du sommeil les habitants de la ville et des campagnes et les obligeaient à se lever plus tôt que de coutume. Dès l’aurore, les monuments publics se couvraient de bannières et de draperies, si bien que quelques heures après, la ville entière, des plus riches habitations aux plus humbles maisons, ressemblaient à un immense jardin qu’aurait fait fleurir comme par enchantement le soleil qui avait daigné ce jour là nous verser ses plus vibrants et ses plus chauds rayons.


À 7 heures, les rues prenaient déjà un aspect inaccoutumé, envahies qu’elles étaient par les foules accourues des campagnes et des cités voisines. Aux corsages et dans les cheveux des dames, aux boutonnières et aux chapeaux des messieurs, les trois couleurs françaises s’unissaient à la feuille d’érable. À la place du Marché se concentraient les [associations de secours mutuels, ouvrières, d’agriculture, les délégations, corps militaires, Zouaves Pontificaux, Chevaliers de Pie IX et de St-Grégoire le Grand, etc.], les chars [allégoriques], fanfares, qui devaient former le défilé. Le convoi s’ébranlait à 7h30. Outre les chars des différents métiers de la ville, boulangers, plombiers, fourreurs, tisserands, cuirs, imprimerie, maçonnerie, etc., nous avons remarqué plus particulièrement les chars historiques, ceux de François 1er, [personnifié par monsieur J.-D.-E. Dumaine], Jacques Cartier, Champlain et Dollard des Ormeaux. Les fanfares d’Acton Vale, de l’Ange Gardien, de Marieville, du Collège Sacré-Cœur, du Séminaire et de la société Philharmonique, prêtaient leur concours ainsi que le chœur de chant de l’Académie Girouard qui faisait entendre sur le parcours des airs patriotiques. De la place du Marché, la procession se rendit à l’église Notre-Dame où devait être célébré un office solennel [en empruntant les rues St-Antoine, Vaudreuil, de Boucherville, Girouard, Laframboise, Dessaulles, du Palais, Girouard]. Un immense autel, dressé en plein air à l’entrée de l’église et s’élevant à mi-hauteur de celle-ci, dominait une foule de plusieurs milliers de personnes. Le sermon fut prononcé par le Révérend P. Lamarche sur la sincérité patriotique.


La messe dite, la procession a repris et après de longs détours est revenue à son point de départ [au Marché, par les rues: Girouard, Choquette, Dessaulles, Bourdages, Cascades, Concorde, Marguerite-Bourgeois et St-François]. Il était alors près de midi. Sur la place du Marché la foule s’entasse autour des tribunes où doivent se prononcer les discours patriotiques. Tour à tour, le docteur Viger, président du comité d’organisation, le sénateur Dessaulles, monsieur Beauparlant, député fédéral, le maire Paul F. Payan, le curé Sénécal, prirent la parole et parlèrent avec chaleur sur l’idée de la patrie. [Le député Henri Bourassa, malade, n’avait pu prendre part à la fête]. L’après midi fut consacré aux amusements organisés au parc Laframboise [terrain d’expositions] par monsieur Alphonse Gervais. Malgré la chaleur une foule nombreuse est allée assister aux courses et aux autres attractions qui y furent données, [notamment des spectacles d’artistes aériens et d’acrobates].


La journée s’est terminée par une illumination splendide des places publiques et des résidences privées. Ceux qui ont pu parcourir la ville au cours de la soirée ont jouit d’un spectacle qu’il leur sera rarement donné de revoir. Puis ce fut à 9 heures [le défilé] aux flambeaux, le concert donné sur les bords de l’Yamaska, les yachts [qui] balançaient leurs mille lanternes au caprice des eaux et le feu d’artifice qui termina l’une des plus belles fêtes que nous ayons jamais eues à Saint-Hyacinthe».


Photo:
Char allégorique de la tannerie Duclos & Payan, rue St-Simon.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe CH463

Cet article est le deuxième d'une série de deux.

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