Le marché-centre ce mal aimé, ce méconnu (3)...


Par Robert Lalonde
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 21 mai 2015.


Jusqu’au début des années 1960, les gens de « Goose Village » venaient faire leurs emplettes au marché, principalement chez Arthur Gosselin. C’était drôle à voir : trois rangées de clients qui attendaient pour être servis, ça faisait penser à la communion autrefois quand les églises étaient pleines le dimanche. « Goose Village » ou « Village aux Oies » était situé en arrière des abattoirs de « Canada Pakers Ltd » près du pont Victoria, à Montréal, d‘où son nom à cause de la senteur.


Les gens qui demeuraient à cet endroit avaient, pour la plupart des laissez-passer du CN et du CP leur permettant de voyager gratuitement en train. Dans les faits à signaler : il y a eu en même temps, les trois frères Gosselin : Ernest, Arthur et Hormisdas. Les trois frères Paul-Hus : Rosaire, Ronald et Laurent, le grand, le gros et le petit. Victor Courchesne et ses deux fils : Roger et Rolland. Alphonse Desrochers et ses deux fils : Roger et Jean-René. Maurice Beauregard et ses deux fils : Jean-Marie et André. Ernest Lacroix et ses deux fils : Marcelin et Raymond. Normand Charron et ses deux fils : Michel et Stéphane ; finalement, la trinité, pas sainte du tout : Émery Lalonde, son fils Robert et son petit-fils Luc.


À l’intérieur des étaux et des réfrigérateurs, il y avait du bran de scie, c’était moins dur pour les pieds et si du sang ou du gras tombaient par terre, ils étaient absorbés par ce bran de scie. Il y avait quatre gros barils qui servaient pour mettre les déchets. Le long des réfrigérateurs, dont certains étaient vitrés, il y avait des poutres garnies de crochets pour suspendre les quartiers de viande. Ces endroits servaient pour enlever la peau des veaux et en saison de chasse, des chevreuils.


Les peaux de veaux étaient vendues à la Tannerie Duclos et Payan et plus tard à Léo Arcand qui les salait avant de vendre le tout suivant les fluctuations boursières. Si les prix étaient très bas, nous envoyions tanner les plus belles peaux avec le poil, à Québec, pour couvrir les chaises dans nos sous-sols ou pour en faire des descentes de lit. Dans le temps de la chasse, c’était à qui débiterait le plus beau ou le plus gros chevreuil, le tout gratuitement. Même si la Loi le défendait nous vendions des lièvres, des perdrix et du steak de chevreuil.


1952 : Le premier septembre, jour de la fête du Travail, je me marie et mon salaire passe à 60,00 $ la semaine. Le rendez-vous des gens des villages autour et même de Mont-Saint-Hilaire et de Belœil était le marché-centre. D’ailleurs dans les journaux, ceux qui avaient un emplacement ou un commerce à vendre mentionnaient toujours dans leur annonce « autour ou place du marché ». Notre commerce était basé sur le service personnalisé et la confiance. Nous faisions crédit et prenions les commandes téléphoniques, de même nous donnions certains conseils et recettes à nos clients.


En 1956 : C’est l’installation des parcomètres afin de faciliter la rotation de la clientèle. Particularité : un règlement municipal, protégeant le marché-centre, défendait de vendre de la viande de boucherie, de charcuterie et de volaille dans un secteur déterminé autour du marché. C’est pourquoi, les magasins Dominion, situé sur la rue Saint-François et le A & P sur la rue des Cascades, non loin du marché, ne pouvaient pas vendre de viande. Avec l’accord des bouchers, il y eut dérogation pour le Métro Damien Lapalme, coin des Cascades et Sainte-Marie, afin qu’il puisse vendre des viandes congelées. Graduellement, les villages près de Saint-Hyacinthe se sont dotés d’un magasin Axep, d’un Richelieu, d’un Métro ou autres bannières.


En 1959 : Le premier octobre, c’est l’ouverture du poste de radio CKBS, Benoit Vanier est en le directeur général, l’annonceur-chef est Gaston Lévesque et Jacques Dufresne anime le programme « Gueule de bois.» Nous décidons alors d’un programme quotidien d’un quart d’heure à l’intérieur duquel nous faisions tirer un bon d’achat de 5,00 $, tous les jours. Les clients se procuraient des coupons chez le boucher de leur choix et les déposaient à l’extérieur, à l’avant du marché dans une boîte prévue à cet effet. Le tirage s’effectuait dans chacun des étaux à tour de rôle. L’annonceur incitait les gens à venir faire leurs achats au marché. Pour meubler le temps d’antenne, nous mentionnions les anniversaires des patrons, des employés, des épouses ainsi que des enfants.


Photo:
Marché de Saint-Hyacinthe vers 1958. Carte postale, non datée, éditée par Photo Unic, avenue du Parc, Montréal, numéro : 72314-B  5062. Collection privée.

Cet article est le troisième d'une série de six.

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