Le Nouvel An


Par Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe 
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 5 janvier 1993.


Le jour de renouvellement de l’année a varié chez la plupart des peuples; mais tous l’ont consacré comme une grande fête de famille. En France et en Canada, c’est actuellement le premier janvier qu’on le salue.


Sous la race Mérovingienne, l’année se renouvelait à l’époque de la revue des troupes, le premier mars; sous la seconde race elle commençait au jour de Noël; sous les Capétiens, à Pâques, fête mobile qui changeait chaque fois la longueur de l’année.


Pour remédier à cet inconvénient, Charles IX ordonna en 1563, de compter l’année à partir du premier janvier.  Le calendrier républicain en fixait le commencement à l’équinoxe d’automne. À Rome, il y eut deux manières de compter les années : l’une commence à Noël, l’autre à la fête de l’incarnation, le 25 mars.


Cette date fut longtemps en usage dans les pays chrétiens; la coutume s’en est conservée en Allemagne jusqu’au XIVe siècle. Pour les Juifs, l’année commence avec le mois de « tischri ».


Ils en regardent le premier jour comme celui des jugements de Dieu; de là le nom du jour Haddin (jour du jugement) qu’ils lui donnent. C’est aussi pour eux le jour anniversaire de la création du premier homme.


Chez les Mahométans, l’année se renouvelle au mois de « moharran » et comme toutes leurs fêtes, ce renouvellement ne se retrouve pas tous les ans dans la même saison à cause de leur comput lunaire.


Aux cris « aux guis de l’an neuf », nos ancêtres les Gaulois, se réunissaient en un lieu central, le premier jour de l’année pour aller recevoir le gui sacré cueilli par les druides. À cette grave cérémonie succédaient des festins, des danses, des mascarades.


Les Saxons et les autres tribus germaniques se livraient aussi, ce jour-là, à de grandes réjouissances, qu’ils accompagnaient quelques fois de pratiques superstitieuses.


Les anciens peuples d’Orient célébraient dignement le premier jour de l’année.


Les Romains enchérirent sur toutes les nations. L’importance qu’ils attachaient à tout ce qui était augure leur fit, le jour des calendres de janvier, prodiguer les vœux et multiplier les visites. Les présents étaient d’un usage impérieux; on donnait des figues, du miel, des pièces de monnaie. Janus présidait à tout cela.


Les Grecs inauguraient également chaque nouvelle année dans leurs gamélies.


Et nous, fils imitateurs de nos aïeux grecs, romains et barbares, nous ajournons de quelques semaines nos mascarades, quels déguisements, nous prenons dès le matin du premier janvier, que de présents nous offrons avec toutes les apparences de la bonne grâce et qui nous font maudire en secret la tyrannie de l’usage!


Que de souhaits menteurs! Que de vœux des lèvres! Que d’embrassements perfides!


Dès le collège, nous en consignons la remarque dans les vers suivants :


Janvier fut consacré jadis
Au bon Janus à deux visages,
Les amis, dans ce mois,
Visitaient leurs amis.
Et leur portaient du laitage ou des fruits,
Que ces coutumes étaient sages!

 


Pour nous, Français
Singes de bon vieux temps,
Nous avons conservé,
Ces antiques usages.
On se fait des petits présents,
On s’accable de compliments,
Mais… que de cœurs à deux visages!

 


Les enfants seuls peut-être ont une joie
Pure tout le jour du 1 janvier.
Ils l’ont attendu avec impatience,
Ils ne le voient finir qu’avec peine,
Et rien de plus vrai,
Que leur reconnaissance,
En recevant les étrennes attendues.
Rien de plus expansif,
Que leur bonheur
De tout la Journée.


 


Note:
Ce texte est extrait de « Le Journal des Campagnes », de 1897.  Son auteur est J.H.S. Ce journal a été publié à Québec de 1882 à 1901.