Le Projet Christ-Roi (2)


Par Anne-Sophie Robert
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 29 mars 2006.


C’est sous l’administration du maire Léon Nichols que l’Office Municipal d’Habitation de Saint-Hyacinthe est créé. À la même époque, un autre projet de loyers à prix modiques est lancé parallèlement à celui du Projet Christ-Roi.

Ce projet connu aujourd’hui sous le nom de Terrasses du Patro est construit sur les terrains qu’occupaient les frères Saint-Vincent-de-Paul. D’ailleurs, des familles du Christ-Roi y seront logées en attendant la construction des HLM dans leur quartier.

En janvier 1970, une réunion générale est organisée à l’École Lafontaine en présence de deux ingénieurs de la compagnie Urbatique inc. de Montréal engagée pour faire les expertises nécessaires dans le but de désigner les maisons devant être démolies et celles devant être restaurées. Ceux-ci donnent des informations sur le projet d’habitation à prix modiques aux citoyens du quartier.

L’année 1970 ne sera pas profitable pour le projet. À l’automne, le maire Léon Nichols démissionne et le Projet Christ-Roi est abandonné lorsque le gouvernement fédéral se retire du programme à frais partagés. Monsieur Léo Bibeau, citoyen du quartier Christ-Roi, impliqué dans le projet de rénovation depuis le début, conseiller municipal et président de l’Office Municipal d’Habitation ne baisse pas les bras et fait tout en son pouvoir pour que le projet ne soit pas oublié.

Ce n’est qu’en 1974 que le projet est sorti des boules à mites lorsque le conseil municipal prend la résolution de construire 44 unités de logement à prix modique dans les trois prochaines années. Promesse qui ne sera pas tenue.

Un comité de citoyens est mis sur pied pour assurer que les citoyens du quartier soient respectés dans leurs droits et pour veiller à la bonne marche des démolitions et des rénovations. D’ailleurs, il semble y avoir un certain manque de communication entre les propriétaires et les responsables du projet. Par exemple, le Courrier de Saint-Hyacinthe du 23 mars 1977 rapporte que sur la rue Brodeur une maison est menacée de démolition alors que de simples rénovations sont nécessaires et d’ailleurs déjà réalisées par le propriétaire qui reçoit tout de même un avis d’expropriation.

Différentes histoires de la sorte se produisent. D’autres propriétaires reçoivent un avis de quitter les lieux alors qu’aucun inspecteur ou fonctionnaire n’est venu visiter les maisons pour constater leur état. Les citoyens ne se sentent pas impliqués dans le déroulement du projet et sont inquiets des échéances prévues pour les travaux de démolition et des possibilités de relogement. Il ne faut pas oublier que certaines personnes vivent dans ce quartier depuis parfois plus de quarante ans et y sont attachées. La ville rassure les citoyens en les informant qu’elle dispose d’une banque de logements à prix abordable. Cependant, elle ne peut avancer une date précise quant au début des travaux de construction des nouvelles unités de logement.

À l’automne 1977, les démolisseurs sont enfin à l’œuvre dans le quartier Christ-Roi où une quarantaine de maisons insalubres disparaissent du paysage. Cependant, les familles relogées dans d’autres quartiers de la ville et désirant revenir habiter dans le quartier Christ-Roi ne sont pas près de retrouver leur milieu. Il faudra encore attendre deux ans avant que la construction des HLM débute. Le commencement des travaux est sans cesse repoussé par les procédures administratives de la Société d’Habitation du Québec.

Ce n’est qu’en mai 1979 que la SHQ autorise enfin la construction des 44 unités de logement à prix modiques sur les rues Vaudreuil, Marguerite-Bourgeoys, Saint-Antoine, Robert, Bibeau et Sainte-Marie. La construction est confiée à la firme Collin & Frères. Il aura fallu 12 longues années pour qu’enfin on parle au passé du Projet Christ-Roi.

Le projet Christ-Roi, visant à améliorer les conditions de vie de plusieurs familles de ce quartier défavorisé, a été entaché par les longs retards engendrés par des tergiversations d’ordre administratif. Certes, la rénovation d’un quartier n’est pas une mince tâche. Mais malgré tout, il n’y a pas de doute qu’à la suite des changements apportés au quartier, notamment en ce qui concerne le logement, les conditions de vie se sont grandement améliorées pour les citoyens maskoutains habitant ce coin de la ville.


Photo: Les démolisseurs sont enfin à l’œuvre.
Coll. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, BFG27.

Cet article est le dernier d'une série de deux.

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