Le tunnel Sainte-Anne (2)


Par David Bousquet
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 31 mars 2011.


Le 2 mai 1938, le conseil municipal de la Cité de Saint-Hyacinthe adoptait l’idée de construire un tunnel sur la rue Sainte-Anne et d’aménager deux passages souterrains pour piétons sur les rues Laframboise et Bourdages. Le coût total de ce projet était alors estimé à 150 000 $. Trois mois plus tard, une lettre de la nouvelle Commission des transports du Canada vint confirmer que la proposition soumise par la municipalité « offrait la meilleure solution aux problèmes de circulation. » Toutefois, l’estimation des coûts fut aussi augmentée à 230 700 $. À la veille du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, « le pays se retrouvait dans une période où les économies les plus strictes devaient être observées. » Les ressources devenant de plus en plus rares, le temps était désormais compté. Il fallait « procéder avec la plus grande diligence possible. »


Dans une lettre adressée au conseil municipal, monsieur Théophile-Adélard Fontaine, député de la Chambre des Communes, met en garde les élus contre tout retard en affirmant « constater que la Compagnie de Chemins de Fer tente de gagner du temps et qu’elle peut juger qu’il est de son intérêt de recourir à des procédures dilatoires pour faire en sorte que la cause soit entendue devant la Commission le plus tard possible, et qu’aucune décision ne soit prise cette année. » C’est dans de pareilles circonstances que la Cité de Saint-Hyacinthe accepta, le 3 octobre 1938, « de payer 30 % du coût réel, quelqu’il soit, de la construction du tunnel projeté », et ce, même si elle « trouve excessifs les estimés fournis par le Canadien National. »


Les démarches furent finalement couronnées de succès lorsque la Commission des transports décréta, avant la fin de l’année, que 70 % du coût des travaux, sans excéder la somme de 161 490 $, soit payé par le gouvernement fédéral et que 15 % du coût des travaux, sans dépasser la somme de 40 000 $, soit payé par la Compagnie de Chemins de Fer. Il ne restait alors qu’à financer la part de la ville, ce qui ne se fit pas sans peine.


Le règlement No. 520, décrétant plusieurs travaux de voirie et d’améliorations générales des services publics et ordonnant un emprunt et une émission d’obligations de 410 000 $, dont une somme de 50 000 $ serait allouée au projet de tunnel sous les voies du C.N.R., fut adopté le 12 décembre 1938. Selon Le Courrier de Saint-Hyacinthe, la ville « se propose un programme considérable de travaux publics, à exécuter à partir de 1939. » Le journal Le Clairon renchérit en rapportant que l’emprunt « n’entraînera aucun accroissement de la taxe foncière, ceci étant dû au fait de la bonne administration des conseils municipaux qui se sont succédé à l’Hôtel-de-Ville depuis un quart de siècle » et viendra « fournir de l’ouvrage à ceux qui en ont besoin. »


Le règlement d’emprunt devra néanmoins recevoir l’approbation des électeurs propriétaires lors d’un vote se tenant les 3 et 4 janvier 1939. Et selon les dires de Harry Bernard, rédacteur en chef du Courrier de Saint-Hyacinthe : « les citoyens de notre ville ont accueilli avec scepticisme le projet de construction d’un tunnel à la rue Sainte-Anne. » Dans son éditorial, il explique que même si « les retards nombreux occasionnés à la circulation par les trains en stationnement, et les accidents mortels déplorés dans le passé, sur les voies ferrées, suffisent depuis longtemps à justifier sa construction (…) il faut admettre d’autre part que des inconvénients graves résulteront de la construction du tunnel. » Le journaliste s’oppose ainsi, comme de nombreux citoyens, à la fermeture des passages à niveau des rues Laframboise et Bourdages.


Devant les récriminations des propriétaires, le conseil municipal, désireux de satisfaire tout le monde, dû s’engager, à l’unanimité, « à faire les démarches nécessaires pour obtenir que les rues Laframboise et Bourdages demeurent ouvertes au moins dix heures par jour. » Selon les propos de T.-D. Bouchard, « cette décision du conseil a fait cesser l’opposition au règlement et les chefs de ceux qui s’opposaient se sont déclarés entièrement satisfaits et se sont engagés à le supporter. »


Cependant, le débat politique entourant le règlement No. 520 avait déjà pris une ampleur considérable, le Courrier de Saint-Hyacinthe ayant entrepris une violente campagne contre la proposition et « un soi-disant comité allant jusqu’à faire distribuer de porte en porte des circulaires dans lesquelles on prenait l’administration Bouchard à partie. » Cette situation critique obligea Monsieur le Maire à organiser, la veille de la votation, une deuxième assemblée publique.


À quelques jours du vote, l’affaire était loin d’être gagnée. Déjà, l’année 1939 s’annonçait des plus tumultueuses.

Photo:
Le tunnel Saint-Anne en 1964.
Studio B.J. Hébert. Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

Cet article est le deuxième d'une série de deux.

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