Les Beaux Mardis de Léon ?


Par Paul Foisy
​Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 22 septembre 2016


Il y a 75 ans ( en 2016), la Ville de Saint-Hyacinthe et la communauté maskoutaine rendaient hommage à Léon Ringuet, considéré, à juste titre, comme le père de la musique à Saint-Hyacinthe.


C’est en effet le 21 septembre 1941 que la Ville de Saint-Hyacinthe inaugurait le kiosque à musique situé sur la pointe de terre à l’angle des rues Girouard Ouest, Calixa-Lavallée et Mondor. En plus de nommer officiellement le kiosque en l’honneur de Léon Ringuet, la municipalité procédait au dévoilement d’une œuvre d’art que l’on peut encore admirer aujourd’hui à cet endroit.


Le « Père de la musique » à Saint-Hyacinthe
Né à Louiseville, en 1858, ce musicien qui joue du piano et de l’orgue s’installe à Saint-Hyacinthe lorsqu’il accepte de prendre la direction de la Société Philharmonique de Saint-Hyacinthe en 1880. Il conservera ce poste jusqu’à son décès, en 1932. C’est donc dire qu’il dirige les destinées de cet organisme pendant 52 ans. Au cours de cette longue période, à titre de directeur de la Philharmonique, Ringuet participe à un grand nombre d’évènements civiques, religieux et populaires qui se déroulent à Saint-Hyacinthe. De plus, comme il assure également la direction de la fanfare du 84e bataillon puis du Régiment de Saint-Hyacinthe, de 1888 à 1929, et qu’il est aussi titulaire des grandes orgues de la Cathédrale de 1888 à 1932, il demeure une figure incontournable de son époque. Cette omniprésence motive sans nul doute nos prédécesseurs à le surnommer le « Père de la musique » à Saint-Hyacinthe.


À son décès, le 21 septembre 1932, les Maskoutains pleurent la perte de ce musicien illustre, estimé de tous. Il faudra attendre quelques années avant que la Ville de Saint-Hyacinthe prenne les dispositions afin de lui rendre hommage.


Un hommage bien senti
Selon Le Courrier de Saint-Hyacinthe du premier août 1941, c’est en juillet 1940 que l’on baptise le kiosque de musique du nom de Léon Ringuet. Près d’un an plus tard, au mois d’août 1941, la Ville de Saint-Hyacinthe désire perpétuer la mémoire de Ringuet en commandant une plaque de bronze au sculpteur Elzéar Soucy. Par la suite, on forme un comité « aux fins d’y arrêter le programme des fêtes qui marqueront la dédicace officielle du kiosque et le dévoilement de la plaque commémorative », relate le journaliste du Courrier dans le même article.


Les célébrations du dimanche 21 septembre 1941 débutent avec une messe à la Cathédrale. Les musiciens des fanfares de la Société Phiharmonique et de l’Harmonie de Drummondville, des invités d’honneur, des délégués de l’Association des fanfares amateurs de la province de Québec ainsi que plusieurs membres de la famille Ringuet sont présents. Au cours de cette messe célébrée par le Chanoine George Panneton, neveu de Ringuet, on exécute et on chante des pièces composées par le grand musicien. « Après la messe, afin de commémorer une coutume établie par son père, et qui se perpétue depuis plusieurs années à l’occasion de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, M. Adrien Ringuet, de cette ville, jouera “À la claire fontaine”, sur les cloches de la Cathédrale », relate Le Courrier de Saint-Hyacinthe, le 19 septembre 1941.


Plus tard, en après-midi, une foule que le journaliste du Courrier estime à plus de 2000 personnes, est réunie autour du kiosque à musique. Après quelques pièces et les discours, Mme E.F. Panneton, sœur de Léon Ringuet, ainsi que M. Gaston Ringuet, fils du musicien, procèdent au dévoilement du médaillon en bronze réalisé de main de maître par Alzéar Soucy, un sculpteur réputé. Au cours de l’hommage, les musiciens des fanfares de Saint-Hyacinthe et Drummondville jouent treize pièces. Parmi elles, seul le « O Canada », en ouverture, et une marche intitulée « Gloire à Léon Ringuet », ne sont pas tirées du répertoire de Ringuet. Toutes les autres pièces furent créées par « Père de la musique à Saint-Hyacinthe ».


Les Beaux Mardis de Léon ?
Les concerts en plein air font partie de l’histoire maskoutaine. Pendant plusieurs décennies, ils ont été animés par Léon Ringuet. Puis, ils se sont déroulés au kiosque Léon-Ringuet. Encore aujourd’hui, le kiosque Léon-Ringuet fait partie de la scène lorsque les artistes donnent leur spectacle aux « Beaux Mardis de Casimir ».


En 1981, la Ville de Saint-Hyacinthe présente une série de concerts estivaux nommée « Les Beaux Lundis ». Quatre ans plus tard, les concerts sont déplacés le mardi et on nomme l’activité « Les Beaux Mardis de Casimir ». En jetant un œil de plus près sur l’histoire culturelle maskoutaine, et en voulant être en parfait accord avec notre passé, on peut suggérer qu’il aurait sans doute été plus approprié de nommer cet évènement du nom des « Beaux mardis de Léon ».


Photo : 
L’œuvre du sculpteur Elzéar Soucy installée sur la Terrasse Léon-Ringuet. Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH366.