Les besognes du printemps (4)

Par Raymond Girouard
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 24 mai 1989.

On marche au catéchisme
Vers l’âge de 10 ans, tous les enfants de la paroisse devaient se préparer pour la communion solennelle ; il fallait donc marcher au catéchisme. Quelques semaines avant la cérémonie, le curé de la paroisse faisait une récapitulation de l’enseignement religieux reçu durant l’année : examen oral à chaque enfant du groupe.

Questions sur le petit catéchisme du Québec pigées au hasard dans la centaine de pages de ce petit manuel, il fallait pratiquement le savoir par coeur pour avoir un bon résultat, sans quoi l’élève était déclaré inapte et sa grande communion remise à l’année suivante. C’était tout un drame que de ne pas passer au catéchisme.

Toutes ces humbles familles étaient pratiquement déshonorées si un de leur rejeton ratait l’examen. Et ça se jasait dans la paroisse : « La grande Julienne est prête à se marier et elle n’a pas fait sa grande communion. »
Pas de grande communion, pas de confirmation, pas de mariage. Le bon curé arrangeait les choses pour ceux et celles qui, malgré toute leur bonne volonté, à chaque année, rataient ce saint examen : « La grande Julienne avait passé par charité », disait-on ou « Elle a eu l’heure de pas passer. »

La communion solennelle
Les fillettes en robes blanches, voilées de blanc, couronne en tête, bas blancs, souliers blancs, gantées blancs et gerbe de même teinte. Les garçons, si possible, un habit neuf, un brassard et un écusson blancs, frangés d’or.

Les garçons d’un côté, les fillettes de l’autre. La grande cérémonie reflétait la grande pureté, du moins en apparence. Sermon de circonstance et diplôme avec les notes : passable, satisfaction, distinction, grande distinction et excellence, selon les résultats de ce test d’aptitude chrétienne.

J’ai conservé le brassard et l’écusson. Je me souviens même des premières questions du petit catéchisme :

- Qu’est ce que Dieu ? Dieu est un esprit infiniment parfait.

- Qu’est-ce que l’homme ? L’homme est un être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, pour l’adorer et le servir.

- Qui vous a créé et mis au monde ? C’est Dieu qui nous a créés et mis au monde.
Et Poupa pis Mouman ?
Qu’est-ce qu’un mystère ? Un mystère est une chose que nous ne pouvons pas comprendre, mais que nous devons croire, car c’est Dieu qui nous l’a révélé. Ça réglait le cas de « Poupa pis Mouman ». Si tous ceux et celles de mon âge avaient, aujourd’hui, à « marcher au catéchisme », avec notre expérience de la vie, nous décrocherions probablement une maîtrise.

La plupart des familles considérait, ave raison, la communion « solonnelle » comme un événement important dans la vie de leurs enfants. On se rendait alors chez le photographe avec le ou la première « parenté » et aux amis intimes. C’était réellement un événement important qui a aidé tous ceux de cette époque à placer des balises entre le bien et le mal.

Les vendeurs de poissons - les quêteux
Dès la mi-mai, les commerçants de poissons parcouraient rues du village, rangs de campagnes et, à grands cris, ils annonçaient leurs produits : anguilles, barbottes fraîches.

Dans la grande boîte montée sur leur « wagine », gigotaient sur la glace, anguilles et barbottes ; en un tour de main, ils vous écorchaient les achats que vous aviez faits.

Et l’on conservait la peau des anguilles, on les étirait et les clouait sur le lambris pour qu’elles sèchent et deviennent comme une cuirette. On pouvait alors les tailler en lanières, elles pouvaient également être utilisées comme « babiche » pour lacer les « souliers de boeuf » ou réparer les paires de raquettes.

Paraîtrait qu’aujourd’hui, du matériel comme la peau de crocodile ou la peau d’anguille sert à ornementer les souliers de luxe. Nos modestes peaux d’anguilles d’antan auraient donc réussi à se faufiler chez nos savetiers modernes. L’expression s’applique : « se faufiler comme une anguille. »

La première visite du quêteux, qui venait du « diable vert », nous apportait des nouvelles du « Bout du diable ». Il possédait également des formulaires magiques et des remèdes pour toutes les maladies.
J’ai retenu celle-ci pour les rhumatismes : graissez un clou avec de l’huile de castor et placez-le sous votre lit. Quand le clou commence à rouiller, vos rhumatismes seront guéris ». Comme un clou huilé ne rouille pratiquement jamais, fallait donc prendre son rhumatisme en patience !
On les craignait, ces pauvres gueux, car si mal reçus, ils pouvaient jeter des sorts. Les chiens hurlaient « toute la nuitte », on attrapait des poux, le bétail dépérissait.

Les anciens racontaient que l’on pouvait contrer un sort en faisant frire dans la « poêlonne » des aiguilles à coudre. Alors le « j’teux de sort » était pris de démangeaisons épouvantables et devait revenir vos « désensorceler ».

Illustration: Edmond-J. Massicotte
La visite du quêteux, qui venait du "diable vert" et nous apportait des nouvelles du "Bout du diable".

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