Les grands disparus des années 1960 (1)


Par Anne-Sophie Robert
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 28 février 2007.

«Il est temps que ça change!» Tel est le slogan du Parti libéral du Québec de Jean Lesage en ce début de décennie 1960. Le Québec est en effervescence après le règne de Duplessis et le mot modernisme est sur toutes les lèvres, surtout sur celles des politiciens qui désirent une grande mise à jour de la société québécoise et de son image.



On construit de grands stationnements, des autoroutes et de nouveaux édifices avec les matériaux à la mode. De nombreux édifices, que l’ont jugerait aujourd’hui patrimoniaux, disparaissent sous les pics des démolisseurs. On voit ce phénomène dans toutes les villes du Québec. Saint-Hyacinthe y goûte également. Voici quatre exemples de démolition qui font mal au cœur lorsqu’on pense aujourd’hui à toute l’histoire que ces édifices représentaient : le Couvent Notre-Dame-de-Lorette, la station de police et pompiers de la rue Cascades, l’Ouvroir Sainte-Geneviève et l’ancien palais de justice.



Le couvent Notre-Dame-de-Lorette

Le couvent Notre-Dame-de-Lorette était situé au coin des rues Girouard ouest et Bourdages, près de l’évêché et de la cathédrale créant ainsi un ensemble harmonieux, brisé aujourd’hui par l’édifice fédéral des postes. Construit en 1852 par le maître-maçon Joseph Barbeau, le couvent de trois étages abritait les Sœurs de la Congrégation Notre-Dame qui s’étaient installées à Saint-Hyacinthe pour assurer l’enseignement des jeunes filles. En juillet 1858, elles sont remplacées par les Sœurs de la Présentation-de-Marie qui y enseigneront pendant 103 ans.

Au moment de l’achat du terrain par le gouvernement fédéral en 1962, l’institution se nomme l’Académie de Lorette et accueille les élèves externes, désirant suivre le cours de Lettres et sciences. Les élèves pensionnaires, quant à elles, suivent le même cours, mais au Collège Saint-Maurice.

Le but de l’acquisition de ce terrain par le gouvernement fédéral est d’y construire un édifice fédéral abritant sous le même toit les postes, les douanes et accises ainsi que l’assurance-chômage. Le député de Saint-Hyacinthe-Bagot, Théo. Ricard fait de nombreuses démarches pour que se réalise ce projet. Il est à noter qu’à cette époque l’État alloue de fortes sommes pour la construction d’édifices gouvernementaux.

Le Courrier de Saint-Hyacinthe présente, le 9 février 1961, une photographie de la démolition de l’Académie de Lorette. Les travaux sont confiés aux Entreprises Paul Brodeur de Saint-Hyacinthe. L’édifice fédéral est construit en 1962. Les plans ont été produits par le bureau des architectes A.-A. Cyr, Charles Michaud et Marcel Cyr de Saint-Hyacinthe.


La station de police et pompiers
Autrefois, la station de police et pompiers étaient située sur la rue Cascades entre les rues Sainte-Marie et Piété (aujourd’hui Duclos). L’architecture de cet édifice, construit en 1882 par Chenette & Cie, était d’inspiration victorienne. On retrouvait au rez-de-chaussée les appareils, aux étages le dortoir et des salles de repos et à côté la maison du gardien. Cet édifice sera agrandi en 1895 et opérationnel jusqu’en 1962.

On apprend dans le Courrier de Saint-Hyacinthe du 9 février 1961 qu’un syndicat d’hommes d’affaires de Montréal projette de construire un centre commercial au centre-ville de Saint-Hyacinthe sur le site de la station de police et des pompiers. Une arcade relierait ce centre commercial au nouveau magasin Woolworth passant ainsi au-dessus de la rue Duclos et une salle de quille occuperait l’étage supérieur.

Est-il nécessaire de préciser que le groupe d’hommes d’affaires n’a pas l’intention de rénover l’édifice de la station pour l’adapter à son projet ? Nous ne sommes pas encore à l’ère de l’intégration d’édifices patrimoniaux aux projets modernes. La réalisation du projet est conditionnelle au fait que la ville doit trouver un site pour la construction de la nouvelle station de police et des pompiers que le groupe d’hommes d’affaires montréalais propose de financer.

Dès le printemps 1961, le terrain de la station sur la rue Cascades est loué à Decarries, Vinet & Cie qui représente le groupe de Montréal. La compagnie signe un bail emphytéotique de 6 000 $ par année pendant 50 ans. Dans l’édition du 19 octobre 1961 du Courrier de Saint-Hyacinthe, on annonce que le nouvel emplacement de la station de police et des pompiers sera situé près du viaduc de la rue Girouard dans le parc situé entre les rues Boucherville, Saint-Michel (Robert) et Brodeur où se trouvait autrefois l’usine à gaz. Cet endroit est jugé plus central maintenant que la ville s’est développée au-delà du chemin de fer du Grand Tronc.

On apprend également que la réalisation des plans sera confiée aux architectes Desnoyers et Brodeur de Saint-Hyacinthe. L’ancienne station est vraisemblablement démolie en 1962. Elle trônait fièrement au centre de la ville, à l’endroit même où se trouve aujourd’hui le stationnement du petit centre commercial abritant la pharmacie Jean Coutu et le marché Viande-O-Bec. 


Photos:
Le couvent Notre-Dame-de-Lorette vers 1915 et la station de police et pompiers vers 1900.
Collection Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe.

Cet article est le premier d'une série de deux.

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