Les grands disparus des années 1960 (2)


Par Anne-Sophie Robert
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 7 mars 2007.


L’ouvroir Sainte-Geneviève
Le stationnement situé entre les rues Sainte-Marie, Duclos et Saint-Antoine a été le site d’une institution qui apporta aide et réconfort à de nombreux maskoutains pendant 85 ans, soit de 1878 à 1963. Cette institution, nommée l’Ouvroir Sainte-Geneviève, appartenait aux Sœurs de la Charité de Saint-Hyacinthe.

L’œuvre débute en 1863 dans une maison de la rue Saint-Simon et déménage sur la rue Concorde avant de s’installer définitivement sur la rue Saint-Antoine. On y engage des ouvrières dans le besoin pour effectuer des travaux de couture. Les religieuses fournissent également des repas aux pauvres. Vers 1878, l’ouvroir accueille les orphelins du diocèse de Saint-Hyacinthe et devient un hospice pour dames âgées de 1909 à 1963.
La fermeture de l’ouvroir devient une éventualité dès 1960 lorsque le maire Jacques Fontaine envoie une lettre à la révérende mère Lachapelle lui expliquant que des pressions des marchands et de différentes associations locales incitent le conseil municipal à créer des stationnements hors-rue et que le meilleur choix serait d’agrandir le terrain de stationnement situé rue Saint-Antoine.

Dans une lettre datée du 25 mars 1960, sœur Lachapelle informe le maire que la corporation des Sœurs de la Charité accepte la proposition de la ville d’acquérir l’Ouvroir Sainte-Geneviève, pour la somme de 150 000,00 $. La ville propose 125 000,00 $ mais la contre-offre est refusée par les religieuses. Finalement, le 29 mars 1961, le greffier informe les Sœurs de la Charité que la ville accepte de payer 150 000,00 $ en plus de donner un délai de trois ans pour assurer l’hospitalisation des personnes vivant à l’Ouvroir. La cité est autorisée à prendre possession de l’Ouvroir Sainte-Geneviève le 25 juillet 1963. C’est le 6 septembre 1963 que l’édifice est démoli.


Le palais de justice
En 1857, l’Acte du parlement crée 12 nouveaux districts judiciaires dont un à Saint-Hyacinthe. En 1861, la construction du  palais de justice, confiée à l’entrepreneur Charles Peter de Québec et au sous-contracteur M. Connolly, est presque terminée. Un autre palais de justice avait déjà été construit en haut de la rue Concorde mais celui-ci avait été détruit par un incendie en 1859. L’édifice construit en 1861 a la double fonction de cour de justice et de pénitencier. Il est situé au même endroit que celui que l’on connaît aujourd’hui.

Deux agrandissements modifient le plan initial de l’édifice, en 1877 et 1916. Des rénovations suscitent la controverse et la dispute entre Daniel Johnson, député de Bagot et René St-Pierre, député libéral de Saint-Hyacinthe. Ce dernier affirme que les coûts auraient été moins élevés si on avait construit un nouvel édifice à la place de restaurer l’ancien. Finalement, on apprend dans le Courrier de Saint-Hyacinthe du 24 novembre 1960 que René Lévesque, alors ministre des travaux publics, annonce la construction d’un nouveau palais de justice pour Saint-Hyacinthe. Le nouvel édifice de style contemporain est l’œuvre des architectes Desnoyers et Brodeur. On dit dans le Courrier de Saint-Hyacinthe du 22 juin 1961 qu’il ressemblera au Metropolitain Opera du Lincoln Center de New York.

L’ancien palais de justice est démoli à la fin mai et début juin 1961 par les entrepreneurs Guilmaine & Frères de Saint-Hyacinthe. C’est le 14 février 1965 qu’a lieu l’inauguration du nouvel édifice par l’honorable Claude Wagner, ministre de la justice. Pour sa part, Daniel Johnson continue d’être contre l’idée de cette nouvelle construction. Il affirme dans le Courrier de Saint-Hyacinthe du 9 avril 1964 que : « l’ancien palais de justice avait un caractère exceptionnel sur le plan artistique et cadrait bien avec le décor de Saint-Hyacinthe. Si le gouvernement a décidé de gaspiller un demi-million de dollars pour remplir une promesse électorale, il en portera la responsabilité.»

Cette vague de démolition dans les villes du Québec de la décennie soixante conduit à la création de la loi sur les biens culturels adoptée en 1972 qui « a pour but de favoriser la sauvegarde et la mise en valeur des éléments les plus représentatifs et les mieux conservés de notre patrimoine, qu’il s’agisse de lieux, de bâtiments, d’objets d’art ou d’ethnologie, de sites ou de collections archéologiques, d’archives ou de documents imprimés. »

À Saint-Hyacinthe, les projets de démolition ou de modification doivent passer devant le comité d’urbanisme, mais c’est le conseil municipal qui a le dernier mot. Il est aussi à noter que certains secteurs de la ville, tels qu’une partie de la rue Girouard et de la rue Saint-Pierre à La Providence, jugés patrimoniaux, sont protégés par un règlement. Heureusement, il reste toujours les photographies pour garder en mémoire ces beaux édifices qui ont fait la beauté et l’histoire de Saint-Hyacinthe, il y a de nombreuses années.


Photos:
L’Ouvroir Sainte-Geneviève vers 1920 et le palais de justice vers 1915
Collection Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe.

Cet article est le dernier d'une série de deux.

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