Les orgues Casavant (5)


Par Camille Madore
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 7 février 1979


En 1899, vingt ans après l’ouverture de leur usine, les frères Casavant fabriquent leur 100e orgue qu’ils installent dans l’église de Saint-Louis-de-France à Montréal ; un instrument à 3 claviers, 42 jeux et 52 registres. Leur 200e sera livré en 1904, le 500e en 1912 et le 1000e en 1923.


En 1903, l’église St-Frs-Xavier de New York leur demande un orgue de 4 claviers, 79 jeux et 89 registres.


En 1909, arrive la première commande d’une université, celle d’Evanston, Illinois, et en 1914, l’église Eaton Memorial de Toronto veut un instrument de 226 registres, avec 4 claviers et 89 jeux. Cette même année 1914, ils installent dans l’église St-Paul Episcopal, de Toronto, le plus grand orgue au Canada et trois ans plus tard, en 1917, le plus grand orgue de toute l’Amérique, celui de l’église Emmanuel Church, à Boston, Massachusetts, E.U. Il possède 4 claviers, 137 jeux et 201 registres. Encore en 1917, ils construisent à l’étranger, en commençant par l’église du Sacré-Cœur, à Rio-Bambo, Équateur, aux Bermudes en 1925 au Japon et dans l’Afrique du Sud, en 1927.


En 1923, ils pénétrèrent à Paris en installant l’orgue de la chapelle Blumenthal et ils construisent leur millième orgue pour l’église presbytérienne, de l’avenue Madison à New York.


Samuel Casvant pourra dire avec fierté en 1925, qu’il n’y a pas une seule ville dans tout le Dominion où l’on ne retrouve un orgue sorti de ses ateliers. Ils en installent un même à Paris et les organistes français Joseph Bonnet et Marcel Dupré firent les plus grands éloges de la « merveille électrique » venue des pays lointains. Signalons encore quelques-unes de leurs grandes créations successives : en 1914, l’église Eaton Memorial de Toronto veut un instrument de 226 registres avec 4 claviers et 89 jeux. Cette même année, ils installeront dans l’église St.Paul Episcopal de Toronto, le plus grand orgue du Canada et, trois ans plus tard, le plus grand de tout l’Amérique, celui de l’église Emmanuel Church de Boston, Mass. E.U. Il possède 4 claviers, 137 jeux et 201 registres.


Signalons enfin les belles orgues installées dans l’hôtel Royal York, à Toronto et au magasin Eaton, de la même ville, et celui que la maison fabriquera pour le Théâtre au Pavillon du Canada à l’Exposition universelle de Montréal, en 1967, et récemment celle de N.-Dame de la Guadeloupe à Mexico.


Cependant en 1929, partait le premier des frères Casavant, Samuel qui décéda à l’âge de 70 ans, laissant un fils et deux filles : Aristide (ainsi nommé sans doute en souvenir du maître organier Aristide Cavaillé-Coll), Juliette, marié à M. Fred N. Olivier, avocat de Washington, D.C., et Rachel, épouse de monsieur Paul Laframboise, de Saint-Hyacinthe. Claver suivit son frère quatre ans plus tard, laissant trois filles : Alice, Émilienne et Françoise. Les deux dernières avaient embrassé l’état religieux.


À la mort de son oncle, Aristide, le fils de Samuel, assuma la présidence de la maison, qu’avec l’habile assistance du gérant général C.-J. Laframboise, il dirigea jusqu’à sa mort le 27 décembre 1938. Décédé célibataire à l’âge de 42 ans, Aristide Casavant a donné l’exemple d’esprit public peu commun dans notre pays, en léguant toute sa fortune à l’Université de Montréal pour fins éducationnelles. Profondément attaché à sa race, il a pris, dans son testament, les dispositions nécessaires pour assurer, au bénéfice des Canadiens français, la survivance de l’œuvre familiale en disant : « Je défends à ma légataire universelle de vendre ou de transporter à qui que ce soit les actions de Casavant Frères reçues de ma succession et je demande aux administrateurs de l’Université de Montréal de faire en sorte que les Canadiens français aient la préférence dans cette maison ; que le contrôle en reste aux Canadiens français aussi longtemps que possible et que les revenus provenant de cette compagnie servent à l’avancement de la culture française en ce pays ».


Le labeur de trois générations ne sera donc pas perdu. L’œuvre des Casavant survivra entre les mains de ceux qui ont mission de développer la trilogie des arts, des lettres et des sciences en notre pays, et le succès qui l’a couronnée nous justifie de dire qu’en dépit de ressources limitées, les Canadiens français peuvent, tout autant que leurs compatriotes de langue anglaise, y conduire à bonne fin des industries prospères.


Aujourd’hui, écrivait Charles Perrault, président et directeur général de la maison en 1967, les commandes sont toujours nombreuses et la maison Casavant Frères ltée livre encore en moyenne 50 orgues par année. En 1967 encore, Casavant a fabriqué pour le Théâtre du Pavillon canadien à l’Exposition universelle de Montréal un orgue conçu spécialement pour une salle de 500 places, et 26 organistes l’ont touché d’avril à octobre 1967. Mais en dépit de cela, écrit à son tour le professeur et organiste Antoine Bouchard, surgissent des problèmes ardus du fait de la montée en flèche des coûts de production au moment même où une partie du clergé ne semble plus voir le rôle éminent de cet instrument liturgique par excellence et il ajoute : « il est regrettable qu’au moment précis où la qualité des instruments atteint un haut niveau, nos organistes, de plus en plus nombreux et qualifiés soient réduits à jouer parfois sur des instruments dont le système électronique est à la fois une merveille de technique et un échec au plan esthétique. Il n’en demeure pas moins que les réalisations des dernières années ont fait de la maison Casavant de Saint-Hyacinthe la meilleure facture d’orgues d’Amérique et peut être, l’une des meilleures du monde ».


Durant les dernières décennies, dû aux conjonctures du temps, la maison agissait comme sous-traitant dans la fabrication de produits destinés à l’industrie du meuble, mais récemment la nouvelle direction, sous la présidence de M Bertin Nadeau, désirant diversifier la production a mis sur pied une nouvelle série de meubles.


Après des études sérieuses inspirées des Traditions québécoises, celle collection est présenté dans des formes, des bois et des vernis de qualité.


Dans le programme des fêtes que le Séminaire de Saint-Hyacinthe avait préparées pour la célébration de son centenaire en 1911, une des cérémonies les plus impressionnantes eut lieu à l’oratoire de la Vierge Marie (à la Madone, comme nous disions dans mon temps !), au fond de la cour de récréation. Là, sous le dôme des grands ormes dont les arceaux semblaient former une voûte de cathédrale, un évêque célébrait la messe sur un autel rustique, lorsqu’on entendit les accords d’un orgue installé dans l’atelier voisin et la mélodie d’un vieux cantique de France chanté par le ténor new-yorkais Paul Dufault, ancien élève de l’institution et originaire de Ste-Hélène de Bagot. Mille voix s’unirent en chœur à la reprise du refrain et, pendant que les fronts s’inclinaient aux tintements de la clochette du Sanctus, une harmonie semblable au ramage des oiseaux se fit entendre en sourdine à travers le feuillage.


Quelle est donc cette relation qui existe entre la musique et la prière et quel est cet invincible sentiment qui contraint le mortel à s’agenouiller pour glorifier l’Éternel dans ses œuvres ? Depuis les temps bibliques jusqu’à nos jours, l’homme a chanté la gloire de son Créateur au son de la cithare, de la flûte ou des trompettes et, à mesure que son génie inventif a trouvé des harmonies nouvelles, il a voulu en faire hommage à Celui dont tous les biens procèdent.


C’est pourquoi l’orgue, qui réunit toutes les suavités musicales dans un ensemble majestueux est par excellence le roi des instruments et voilà qui explique comment l’organier, comme l’organiste est en quelque sorte le glorificateur attitré du Très-Haut !

Photo
Vue aérienne des installations de Casavant Frères vers 1950
Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds Studio Lumière

Références
Archives du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe ;
Archives Casavant ;
Revue Forces (no.2, 1967) ;
Articles du M. Antoine Bouchard et de M Charles Perreault ;
Mgr C.P. Choquette, Histoire de la ville de St-Hyacinthe ;
Me Victor Morin : In Chordis et organo, Les édition dix, Montréal.

Cet article est le dernier d'une série de cinq.

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