Magloire Blanchette :
l’incendiaire du 3 septembre 1876 (1)


Par Anne-Sophie Robert
​Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 15 novembre 2006.


Un beau dimanche de la fin de l’été 1876, les habitants de Saint-Hyacinthe voient les trois-quarts de leur ville partir en fumée. On dit que le feu aurait éclaté dans une étable située dans une cour de la rue Cascades, près du coin de la rue Saint-Hyacinthe, aujourd’hui Hôtel-Dieu. Un certain Magloire Blanchette, sellier de métier, est immédiatement soupçonné.

Magloire Blanchette est né à La Présentation le 13 novembre 1838. Il est le fils de J. Eusèbe Blanchette et de Félicité Roberge. Il se marie à Clothilde Lagrandeur à Saint-Aimé, le 8 janvier 1862. Quatre enfants naissent de cette union, dont deux à Saint-Aimé, soit Clothilde en 1862 et Magloire en 1864 et deux autres à Saint-Hyacinthe, Aurore en 1871 et Auguste-Edmond en 1873. Magloire Blanchette aurait donc installé sa petite famille à Saint-Hyacinthe entre 1864 et 1871.

À Saint-Hyacinthe, il pratique le métier de sellier et possède une boutique où il fait la fabrication et la vente de harnais, selles, brides et fouets. Cette boutique a pignon sur la rue Cascades, dans un bâtiment appartenant à Camille Lussier. Magloire Blanchette occupe les deux étages du côté gauche de la maison, alors que les deux étages du côté droit, sont occupés par Olivier Brodeur. À côté de cette maison, se trouve l’imprimerie du Courrier de Saint-Hyacinthe. Le jour du feu, Magloire Blanchette héberge sa mère depuis quatre semaines et son jeune frère Hugues depuis deux semaines.

Le dimanche 3 septembre 1876, Magloire Blanchette quitte Saint-Hyacinthe vers 6:00 du matin pour une promenade à Saint-Hugues avec sa femme et ses enfants. La température est belle et il souffle une légère brise. L’incendie éclate vers 14:00 dans une étable attenante à la maison louée par Magloire Blanchette. Dès que l’alarme est sonnée, l’aqueduc qui avait fermée l’eau pour effectuer quelques réparations la remet en marche, mais il est déjà trop tard. Le vent qui s’est levé en après-midi porte les flammèches vers les bâtiments autour, agrandissant sans cesse l’étendue de l’incendie. Vers 16:00, une pompe à vapeur arrive d’urgence de Montréal. Dans la soirée, les flammes ont terminé leur course folle, faute de bois à brûler.

Mgr Charles-Philippe Choquette, alors collégien, témoigne du désastre dans son Histoire de Saint-Hyacinthe : « À 9 h., les flammes avaient cessées, laissant partout des charbons incandescents. Vu de l’oeil-de-boeuf du fronton de l’évêché, le théâtre de l’incendie présentait l’aspect d’un brasier continu depuis la rue St-Hyacinthe jusqu’aux limites est de la ville. » Le feu a presque tout détruit sur son passage, du côté est de la rue Saint-Joseph à la rue Saint-Casimir (de Vaudreuil) et du côté sud de la rue Girouard jusqu’à la rivière Yamaska. Quelques résidences de la rue Girouard, presque toutes les maisons de la basse-ville, le marché, des commerces, des manufactures et divers bureaux gouvernementaux sont disparus sous les cendres. Seulement 24 maisons, dans le périmètre de l’incendie, sont épargnées.
L’imprimerie du Courrier de Saint-Hyacinthe est également détruite par les flammes. Ce qui n’empêchera pas le journal de publier, tout de même, une feuille transmettant les dernières nouvelles aux citoyens de la ville, du 5 septembre au 4 novembre 1876.

Magloire Blanchette est arrêté ainsi que son frère Hugues, considéré comme un témoin important. Cinq jours plus tard, l’enquête débute au palais de justice de Saint-Hyacinthe, devant son honneur M. Lanctôt, magistrat du district, ainsi qu’une foule de citoyens venue voir l’accusé que tous connaissent dans la ville. Un résumé de l’interrogatoire des trois principaux témoins est publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe du 9 septembre 1876, qui rapporte que : «Magloire Blanchette est à la barre. La salle est remplie d’une foule frémissante. Les constables sont à leur poste de même que MM. les officiers de la cour».


Le constable Louis Lacaillade, Olivier Leboeuf, apprenti-sellier et Hugues Blanchette, frère de l’accusé, Magloire Blanchette, témoignent.

Louis Lacaillade affirme que lorsqu’il est arrivé sur les lieux de l’incendie les flammes sortaient du grenier d’une remise en bois située dans la cour de la propriété occupée par l’accusé et dont le propriétaire est Camille Lussier. Olivier Leboeuf, demeurant à Brigham et ayant travaillé pour Blanchette comme apprenti en juillet 1876, rapporte que Blanchette lui a demandé de mettre le feu à sa boutique en échange de 100,00 $. Leboeuf affirme qu’il a refusé et qu’il a quitté son emploi chez Blanchette peu de temps après cette proposition et d’autres qui ont suivi. Après avoir longuement hésité à répondre, Hugues Blanchette affirme que son frère, Magloire, lui a demandé à plusieurs reprises de mettre le feu dans le grenier de l’étable pour 27,00 $ et un habillement complet. 


Illustration:
Publicité de la boutique de Magloire Blanchette parue dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 4 juin 1875.


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