Magloire Blanchette :
l’incendiaire du 3 septembre 1876 (2)


Par Anne-Sophie Robert
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 22 novembre 2006.


Pourquoi Magloire Blanchette harcèle-t-il son entourage pour que quelqu’un mette le feu chez lui? On apprend beaucoup de détails à la lecture du procès qui a été transcrit par le juge Sicotte dans un grand cahier, dont a hérité Mgr Charles-Philippe Choquette et qui fait maintenant partie des archives du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Le Courrier de Saint-Hyacinthe a également publié une retranscription de ce procès dans son édition du 28 janvier 1877. En tout, 39 témoins sont appelés à la barre. L’histoire des assurances est dévoilée ainsi que toutes les manigances de Magloire Blanchette pour les toucher.

M. Bartelle, de la compagnie d’assurance La Citoyenne dit que l’accusé a assuré son cuir pour 300,00 $ et ses effets de travail pour 100,00 $, le 28 juin 1876 pour 12 mois. M. Adam, agent d’assurance pour la compagnie Stadacona, affirme pour sa part que l’accusé a appliqué pour une assurance de 400,00 $ sur son ménage et de 200,00 $ sur son «stock» le 21 août 1875. Cette police, renouvelée le 21 août 1876, était effective le 3 septembre 1876.

Six témoins confirment que Magloire Blanchette avait des problèmes financiers. Camille Lussier, le propriétaire du logement de l’accusé, rapporte qu’il ne payait pas bien à tous les mois et que d’ailleurs il lui devait 40,00 $ de loyer, information validée par le frère de l’accusé, Alphonse Blanchette, qui raconte que son frère Magloire lui avait dit qu’il avait une dette de 40,00 $.

Ensuite, le témoin J.L. Bombardier explique qu’il a rencontré Magloire Blanchette vers le mois de mars à Saint-Joachim de Shefford où il était en tournée pour vendre des harnais et qu’il lui aurait confié que les affaires n’allaient pas bien car il avait de la difficulté à vendre ses produits et que le meilleur moyen « pour se clairer » était de mettre le feu à son « stock » car il s’était fait assurer. Magloire Blanchette a d’ailleurs fait la même confidence à Joseph Lusignan et à Pierre Lamoureux. Louis Hébert, pour sa part, affirme qu’il a rencontré Magloire Blanchette chez son père, environ un mois et demi avant le feu et que l’accusé lui a dit : « Le temps va mal, si ça continue on va mettre le feu à la business ». Le témoin ajoute : « Monsieur Blanchet avait l’habitude de parler trop, malheureusement, je ne l’ai pas pris au sérieux, il se plaignait presque toujours. »

Le procès permet également de savoir que l’idée de passer au feu mijotait réellement dans la tête de Magloire Blanchette, car il a proposé à trois personnes de mettre le feu chez lui. Le premier témoin qui en parle est Olivier Leboeuf. Il a été au service de l’accusé environ deux mois durant l’été 1876. Blanchette lui a demandé de mettre le feu dans le grenier de l’étable la veille des courses, en échange de quoi il lui donnerait 100,00 $. Le jour des courses, il a demandé à nouveau à son employé de mettre le feu parce qu’il y avait beaucoup de monde en ville et que personne ne le soupçonnerait. Leboeuf a refusé de nouveau et a quitté son emploi. Il affirme également qu’ils étaient seuls lorsque son patron lui a fait ces propositions et qu’il avait l’air sérieux.

Le deuxième témoin à qui Magloire Blanchette propose de mettre le feu est Joseph Lusignan qui a travaillé pour l’accusé durant environ un an. Son patron lui a demandé à plusieurs reprises de mettre le feu dans le grenier de l’étable, où il y avait beaucoup de paille, en échange de 20,00 $ la première fois, d’un surtout et d’un pantalon la deuxième fois, de 12,00 $ la troisième fois! Devant le refus de Lusignan, Blanchette a dit qu’il demanderait à son frère et « qu’il viendrait peut-être à bout de lui ». Lusignan ajoute qu’il avait l’air sérieux à toutes ses propositions. Finalement, Magloire Blanchette fait sa proposition à plusieurs reprises à son jeune frère Hugues dans la semaine précédant le 3 septembre.

Le samedi 2 septembre, il le sollicite encore en lui disant que c’est le bon moment car il y a beaucoup de monde dans la ville et qu’on ne le soupçonnerait pas. Il lui offre 27,00 $ et un habillement complet. Cependant, l’accusé change d’idée lorsqu’il apprend de la bouche de Louis Simonneau, employé de la compagnie de l’aqueduc, que celle-ci couperait l’eau le dimanche toute la journée pour effectuer des réparations. Il dit alors à Hugues que ce serait encore mieux d’attendre le dimanche pour mettre le feu et qu’en plus il ne serait pas là, donc que personne ne le soupçonnerait. 


Photo:
Photographie des décombres de l’incendie de 1876. Collection Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds CH366.


Cet article est le deuxième d'une série de trois.

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