Magloire Blanchette :
l’incendiaire du 3 septembre 1876 (3)


Par Anne-Sophie Robert
​Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 29 novembre 2006.


L’accusé avait prévu faire une promenade à Saint-Hugues, avec sa famille, le dimanche 3 septembre. Plusieurs personnes l’ont vu partir. D’autres l’ont rencontré à Saint-Hugues ce jour-là, dont M. Dandenneau à qui Magloire Blanchette a confié qu’il était inquiet pour sa maison parce qu’il avait peur du feu.

Sur la route de Saint-Hugues, Frédéric Saint-Germain a rencontré l’accusé qui s’en revenait vers Saint-Hyacinthe. Saint-Germain raconte : « …il m’a demandé si c’était vrai que St-Hyacinthe était brûlé je lui ai dit que oui, je lui ai alors demandé son nom et il m’a dit qu’il était Magl. Blanchette, il m’a demandé s’il était brûlé et je lui ai dit qu’il était le premier qui avait brûlé et que les trois-quarts de la ville étaient brûlés, je n’ai remarqué en lui aucune marque de surprise, il n’a rien dit de plus… »

Un autre témoignage important est celui de la mère de l’accusé, Félicité Roberge. Elle raconte que le jour du feu, elle a préparé le déjeuner avant que Magloire ne quitte la maison, pour Saint-Hugues, avec sa femme et ses enfants.

Vers 7:30, parce qu’elle s’ennuyait à la maison, elle est partie avec son fils Hugues pour la messe qui ne commençait qu’à 9:30. Elle est revenue à la maison vers 12:15 et Hugues, qui était parti se promener avec des amis pendant la messe, vers 12:45. Elle raconte aussi qu’après le dîner, ils ont joué aux cartes et jure que son fils est resté assis en face d’elle durant tout ce temps. Vers deux heures, elle est sortie pour aller aux vêpres et a entendu M. Brodeur, le voisin, crier au feu. Elle a alors vu le grenier de l’étable en feu. Durant l’incendie, vers 17:00 ou 18:00, elle est allée chez madame Provost mais elle n’a a pas dit où Magloire, son fils, était parti « parce qu’il était en mauvaise affaire ».

Elle affirme également que durant le feu, elle a dit aux gens venus l’aider de ne pas sauver les meubles, mais, pas parce qu’ils étaient assurés. Selon son témoignage, elle n’était pas au courant que Magloire avait proposé de l’argent et des vêtements à Hugues s’il mettait le feu. Elle ajoute également, qu’un jour en revenant de Montréal, Magloire avait chassé des enfants qui jouaient dans la cour et avait reproché à sa mère de ne pas faire attention.

Le Courrier de Saint-Hyacinthe rapporte qu’à la fin du procès l’avocat de la défense, M. Mathieu, tente de démontrer dans son réquisitoire que Magloire Blanchette est non coupable. Ensuite de quoi, M. Tellier démontre le contraire. Après deux heures de huis-clos, le jury rapporte le verdict : l’accusé Magloire Blanchette est déclaré coupable du crime d’incendie.

Le lundi 22 janvier 1877, à 10:00, devant une salle remplie, le juge prononce sa sentence qui se termine ainsi : « La loi considère l’incendiat comme un des crimes les plus graves. Elle permet de le punir par la condamnation au pénitencier, pour la vie, mais la durée de l’incarcération est laissée à la discrétion du juge. La preuve a fait voir que dans l’intérêt de vos enfants, il était mieux que leur direction future fut contrôlée par d’autres parents afin de les préparer convenablement à remplir les devoirs des carrières qu’ils choisiront. Pour ces considérations, vous êtes condamné au pénitencier pour sept ans. »

Malgré la condamnation et les témoignages, nous ne saurons probablement jamais qui a véritablement mis le feu à l’étable. Est-ce Hugues qui réussit à se rendre dans l’étable de la cour durant un moment d’inattention de sa mère se préparant à se rendre aux vêpres? Est-ce que ce sont des enfants jouant souvent dans la cour à qui Magloire Blanchette aurait promis une récompense? Ou une autre personne qui ne fut pas appelée à témoigner?

Magloire Blanchette fut probablement incarcéré au pénitencier Saint-Vincent-de-Paul qui était la prison provinciale depuis 1873.

Monseigneur Charles-Philippe Choquette raconte dans son Histoire de Saint-Hyacinthe publiée en 1930 : « Poursuivi par la réprobation publique, le condamné Blanchet, sorti du bagne, traîna une misérable existence à l’étranger et décéda, dit-on, il y a une dizaine d’années, à North Bay, Ont. » Est-ce que Mgr Choquette dit vrai? Il est très difficile de retracer Magloire Blanchette à partir du moment où il purgea sa peine. Nul doute cependant qu’il ne refit pas sa vie à Saint-Hyacinthe.


Photo:
Photographie du palais de justice de Saint-Hyacinthe où Magloire Blanchette fut gardé pendant son procès. Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH393.


Cet article est le dernier d'une série de trois.


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