Maison de la rue Girouard (15)
Maison Claver Casavant


Par France Labossière
​Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 16 septembre 2010.

Maison Claver Casavant


La maison située au 605 Girouard Ouest, en face de la maison Guertin dont il a été question la semaine dernière, est connue sous l’appellation de « Villa Casavant », et a servi pendant plusieurs décennies d’école de musique des Sœurs de la Présentation de Marie.


Cette résidence a été construite entre 1902 et 1904 pour le greffier Louis Roch Ostiguy. En effet, monsieur Joseph Nault, régistrateur, vend, le 24 septembre 1902, l’emplacement à Monsieur Louis Roch Ostiguy, greffier, « sans bâtisse ». Comme la maison figure en 1904 au plan d’assurance de la ville et compte tenu de la date d’achat, on peut déduire que la résidence a été fort probablement construite en 1903.


La maison au revêtement de brique et au toit à deux versants a une allure très classique dans son ensemble, avec ses frontons-pignons ornés de modillons, son chaînage d’angle, et le portique d’entrée en avancé en façade composé de galeries et auvent arrondis, le tout supporté par des colonnes doriques. Ce portique n’est pas d’origine, comme on peut le constater en comparant une photographie récente à une ancienne photographie provenant des archives du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. En effet, l’ancien portique était rectangulaire, avec des galeries munies de balustrades et de poteaux tournés, le tout surmonté d’un discret fronton.


La tour d’angle avec créneaux à son sommet ainsi que la présence de petits vitraux dans la partie supérieure des fenêtres légèrement arrondies apportent une touche médiévale à la maison, le style néo-gothique étant très populaire à l’époque. Érigée sur un terrain en pente, la maison de trois étages qui fait un étage de plus à l’arrière est très authentique puisqu’elle n’a pas été modifiée, ou très peu, depuis sa construction.


Le 10 février 1904, le shérif du district de Saint-Hyacinthe Me Sicotte, émet un bref de saisie contre la résidence de monsieur Ostiguy, dans une affaire qui oppose ce dernier à Henri Raymond & al. L’immeuble est vendu au plus haut enchérisseur au Palais de justice de Saint-Hyacinthe le 2 août 1904, soit un notaire de Saint-Denis-sur-Richelieu, Me Louis Omer Dauray. Ce dernier s’en porte acquéreur pour la somme de trois mille dollars.


Ce n’est par contre qu’en 1906 que Me Dauray prendra possession de la maison par ordre du nouveau shérif du district : «…Vu que le contrat du dit immeuble n’a pas été octroyé par le dit ex-shérif E. Sicotte, maintenant, moi le dit J. M. Borduas shérif…je cède, abandonne, vends et transporte au dit L. O. Dauray…le dit immeuble…En foi de quoi je soussigné, le dit shérif, ai apposé le sceau de mon office…ce vingt-huitième jour d’août dans la sixième année du règne de notre Souverain Edouard VII, par la grâce de Dieu, Roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne & d’Irlande & des possessions britanniques au-delà des mers, Défenseur de la Foi, Empereur des Indes & dans l’année de notre Seigneur 1906. »


Me Dauray vendra la propriété trois mois plus tard à Me Joseph Roy, pronotaire de la Cour supérieure du district de Saint-Hyacinthe. Ce notable dont il a été question dans un article précédent, voir « Demeures de notables (13) » en sera propriétaire durant deux ans à peine. En effet, Me Joseph Roy cède la propriété à Joseph Claver Casavant le 20 juin 1908. Le 11 septembre de la même année, monsieur Casavant agrandit son terrain qui mesure cent pieds de large, en achetant de son voisin Cyrille Sénécal, un emplacement sans bâtisse, de trente-cinq pieds de large par la profondeur de la propriété qu’il détient.


Joseph-Claver Casavant est une figure maskoutaine importante pour avoir fondé en 1879, avec son frère cadet Samue,l voir « Maisons de la rue Girouard (8) : 4 résidences d’industriels : la Maison Casavant Frères. » Né en 1855, il étudie au Séminaire de Saint-Hyacinthe et travaille auprès d’Eusèbe Brodeur. Il part pour Paris au printemps 1878 et devient l’apprenti d’un célèbre organier rencontré lors de l’exposition universelle. En 1879, il fait un voyage d’études avec son frère avant leur retour au pays. Claver Casavant consacre ses énergies à l’entreprise, contrairement à Samuel qui s’implique aussi dans la politique municipale.


Joseph Claver Casavant habitera la maison durant vingt-cinq ans. Il décède le 10 décembre 1933, laissant en héritage à ses deux filles religieuses de la communauté des sœurs de la Présentation de Marie, Françoise Casavant dite sœur François-de-Sales et Émilienne Casavant dite sœur Françoise-de-Chantal, « une égale somme de sept mille piastres acquittables en parts ou actions communes entièrement acquittées de la compagnie Casavant Frères Limitée », ainsi que la dite propriété « sous réserve cependant, en faveur de ma fille Alice Casavant, du droit d’occuper elle-même durant toute sa vie le susdit immeuble aux charges ordinaires des usufruitiers. »


Cet article fait partie d'une longue série.


<< Article 14                       Article 16 >>


Photos:
La maison Claver Casavant vers 1910. Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH356 Casavant Frères.
France Labossière, 2007.


Source: Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.