Maisons de la rue Girouard (1)
En guise d'introduction


Par France Labossière
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 26 mars 2009

Une introduction
La rue Girouard est une artère très pittoresque de la ville de Saint-Hyacinthe de par, entre autres, la richesse visuelle et historique de son patrimoine bâti. Les maisons de la rue Girouard présentent un intérêt certain puisque, construites à des époques différentes et de styles variés, elles sont le reflet de l’évolution de l’architecture au Québec.


Les origines de la rue Girouard, ou chemin du Roi, remontent au début de la colonie lorsque le seigneur Delorme fait construire son manoir seigneurial là où se situe maintenant le parc Dessaulles, ainsi qu’une chapelle paroissiale à l’emplacement de l’église Notre-Dame-du-Rosaire. Jusqu’au milieu du 19ième siècle, les maisons seront construites en grande partie à l’intérieur du territoire délimité par ces deux bâtiments.


Même en 1876, la rue Girouard , comme l’écrit Monseigneur Choquette dans son livre Histoire de la ville de Saint-Hyacinthe… était renfermée presque totalement… par les rues Bourdages et Saint-Michel… Passé cette dernière rue, c’était la campagne, pas une maison du côté Est de la rue Girouard entre la voie ferrée et le Séminaire !


À même date du côté Ouest, sur le chemin de la Rivière Nord longeant la rivière Yamaska, c’était… avec l’industrialisation et l’augmentation de la population… le début du quartier numéro 5 : En juin 1875, M. de la Bruère, M. Raymond, le Séminaire divisèrent en lots à bâtir leurs fermes situées à l’ouest de la ville. Les ouvriers s’y portèrent tout de suite en grand nombre et se construisirent de modestes maisons. Celles-ci ne tardèrent pas à céder la place aux somptueuses habitations que nous y voyons aujourd’hui, avait-il écrit en 1930.


Au cours de toutes ces années, la rue s’est donc développée, avec une grande variété de styles architecturaux. À Saint-Hyacinthe comme ailleurs au Québec, le paysage architectural du début de la colonie était d’abord homogène et d’inspiration française. Après la Conquête de 1759, il subit l’influence de la culture britannique et de ses compositions classiques. L’architecture continue de se transformer au contact de la culture américaine à la fin du 18ième siècle, avec la venue au Québec de Loyalistes américains.


L’arrivée du chemin de fer à Saint-Hyacinthe au 19ième siècle permet, en offrant une mobilité accrue à la population, une plus grande ouverture sur le monde et l’importation d’idées nouvelles. L’architecte maskoutain René Richer et plusieurs notables de la ville, de par leurs voyages en sol européen, contribuent eux-aussi à l’avènement de nouvelles tendances.


Ainsi, durant la période victorienne, c’est-à-dire au cours des années 1840 à 1900 qui correspondent plus ou moins au règne de la reine Victoria en Angleterre, plusieurs maisons de styles néo-gothique, néo-italien, Second-Empire et Queen-Anne, s’implanteront sur la rue Girouard. Il n’est pas rare que plusieurs styles cohabiteront sur une même maison qui deviendra ainsi, de facture éclectique.


Malheureusement, plusieurs maisons significatives disparaîtront du paysage maskoutain au fil des ans. L’incendie de 1876, et surtout le mouvement de modernisation des artères au milieu du 20ième siècle, avec peu de conscience pour la valeur patrimoniale des bâtiments, sont des facteurs qui expliquent en partie le phénomène.


La maison Choquet, autrefois bâtie à l’angle des rues Girouard et Hôtel-de-ville, face au parc Dessaulles, en est un exemple éloquent. Cette maison sera démolie dans les années ‘20, afin d’agrandir l’hôtel de ville né quelques années auparavant de la transformation de l’hôtel Yamaska en un édifice municipal.


Une photographie ancienne provenant du Fonds Hébert du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, nous montre l’allure de cette construction néo-gothique au début du 20ième siècle, avec ses pignons en façade et ses fenêtres de forme ogivale. La demeure de brique avait été construite pour monsieur Louis-Alfred Choquet, maître de poste et libraire. Sa démolition constitue une perte au niveau architectural et urbanistique également, de par l’affaiblissement de la trame urbaine autour du parc Dessaulles.


Cet exemple, qui nous donne une idée de l’immense transformation de la rue Girouard au cours des dernières décennies, ne peut que nous sensibiliser à l’importance de la conservation du patrimoine bâti. Au cours des prochaines semaines, nous jetterons un regard sur certaines maisons qui méritent d’être préservées et étudiées parce qu’elles ont une valeur historique certaine pour avoir abrité des personnalités maskoutaines importantes, ou parce qu’elles sont représentatives d’un courant stylistique particulier.


Nous débuterons par une série de trois articles qui s’intitulera : 3 maisons, 3 maires et qui portera sur l’analyse de trois maisons voisines situées côté Nord de la rue Girouard, entre les rues Laframboise et Sainte-Marie, et qui ont en commun, en plus de leur proximité, d’avoir toutes trois été habitées par trois maires de la ville, soit messieurs Magloire Turcot, Adolphe Malhiot et Louis Côté.

Cet article est le premier d'une longue série.


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Photos :
Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH478 Collection photographies et illustrations, circa 1910.
France Labossière, 2007.