Maisons de la rue Girouard (10)
Maison Morin


Par France Labossière
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 25 mars 2010.


Maison Morin
Cette maison, bâtie à l’angle des rues Girouard et Larocque, au 2780-2790 rue Girouard Ouest, prend place sur la terre du Séminaire. Effectivement, la Corporation du Séminaire vend à Léonard Beaudry horloger, le 20 mai 1874, le terrain sur lequel est érigée la maison. Monsieur Beaudry revend le terrain la même année à monsieur Joseph Jeannotte dit Lachapelle qui le cède à son tour au notaire Joseph Morin, en 1879.


En 1899, monsieur Morin hypothèque l’emplacement de la rue Girouard, sans qu’aucune maison ne soit indiquée au contrat notarié. On peut donc en conclure que maison a été érigée pour ce notaire, entre 1899 et 1904, date à laquelle la maison figure sur le plan d’assurance. En 1910, : « …monsieur Joseph Morin, auditeur provincial demeurant à Québec …vend à Monsieur René Morin, notaire demeurant en la cité de St-Hyacinthe …un emplacement …désigné comme faisant partie du lot numéro 398 …avec une maison et ses dépendances y construites. »


Joseph Morin et René Morin sont, père et fils, des figures maskoutaines importantes. En effet, le premier, né à Saint-Hyacinthe le 24 février 1854, fut échevin en 1881, en 1882, et de 1891 à 1901, et fut élu député libéral provincial en 1900. Il est défait en 1908 par Henri Bourassa et nommé Auditeur des Comptes de la Province de Québec en 1909, poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 1929.


Joseph Morin avait d’abord fait ses études classiques au Séminaire de Saint-Hyacinthe, sa cléricature auprès du notaire Michel-Esdras Bernier de 1878 à 1901. Il a pratiqué seul de 1901 à 1905 puis en société avec son fils René de 1905 à 1908 sous la raison sociale Morin & Morin. Il a aussi occupé les fonctions de secrétaire trésorier de la paroisse de Saint-Hyacinthe et de la Société d’agriculture, directeur de la Société d’Industrie laitière et président du Conseil d’agriculture de la province de Québec.


Son fils René, quant à lui, a une feuille de route toute aussi impressionnante. Né à Saint-Hyacinthe le 27 juillet 1883, il étudie au Séminaire de Saint-Hyacinthe avant de poursuivre ses études à l’Université McGill d’où il obtient sa licence en droit. Il exerce d’abord sa profession avec son père puis pratique plus tard à Outremont.


Maire de la ville de Saint-Hyacinthe de 1914 à 1917, il fut également député fédéral libéral pour le comté de Saint-Hyacinthe-Rouville de 1921 à 1930. De plus, il occupa diverses fonctions telles que : président de la Chambre de commerce en 1921, vice-président de la Chambre des notaires, de 1921 à 1924. Il dirigea à partir de 1927, le Trust General du Canada à Montréal, fut directeur de la Compagnie Mutuelle de Commerce, de la Compagnie d’assurance Mercantile et de la Prévoyance. Il fut également président de la Chambre de Commerce de Montréal et président du Bureau des Gouverneurs de Radio-Canada de 1940 à 1944.



La maison qu’occupèrent les notaires Morin possédait autrefois une magnifique galerie qui ceinturait la maison, comme le montre une photographie datant du début du XXe siècle. Des poteaux tournés supportaient un auvent décoré d’une frise ouvragée qui servait de galerie au deuxième étage. Le tout a malheureusement cédé la place à un plus petit portique surmonté d’un fronton. Des éléments de fer ornemental ajoutés devant les fenêtres et autour du portique à titre de garde-corps, donnent une touche Arts et Métiers à la maison légèrement modifiée par un agrandissement arrière.


L’imposante résidence de trois étages au toit à deux versants à forte pente, à croupe sur les côtés, a somme toutes conservé plusieurs éléments d’origine tels que la tour d’angle à toit conique agrémentée de frontons et de bardeaux colorés, et le pignon en façade supporté par des consoles, orné de volutes, percé d’un oculus et décoré d’un immense élément décoratif arrondi à l’intérieur duquel est enchâssée une fenêtre à imposte en forme de demi-ellipse qui a remplacé les deux fenêtres semi-circulaires d’origine, séparées par un meneau central.


Le revêtement de brique est particulièrement intéressant, avec des détails de bandeaux et d’encadrement des ouvertures par l’insertion de torsades, de carreaux et de clefs de voûte en terracotta, avec motifs de fleur de lys ou de rosace quadrilobée. Un immense découpage circulaire a disparu du côté de la maison qui fait face à la rue Larocque. La masse imposante du bâtiment, l’utilisation de la brique, de bandeaux répétitifs et d’éléments circulaires utilisant le langage néo-roman ainsi que la présence de la tour d’angle, confèrent à l’ensemble un style châteauesque en vogue à cette époque.


René Morin vend la résidence en 1915 au notaire registraire Joseph Bissonet. Ce sont des membres de la famille Richer qui en deviendront propriétaires à partir de 1919, jusqu’à ce que l’Honorable T.D. Bouchard en fasse l’acquisition en 1946.


          
Photos:
Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH085 Studio B.J. Hébert, circa 1910.
France Labossière, 2007.


Cet article est le dixième d'une longue série.


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