Maisons de la rue Girouard (12)
Maison Émile Marin


Par France Labossière
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 26 août 2010.


Maison Émile Marin


À l’angle des rues Larocque et Girouard se situe un site complexe et riche en histoire. En effet, la maison construite au 2810 Girouard Ouest, fut la propriété pendant plusieurs décennies d’un notable, le juge Émile Marin. De plus, une autre maison occupait le site avant la construction de cette maison, soit la maison natale d’Aurélie Caouette, fondatrice de la communauté des Sœurs du Précieux-Sang.


En effet, monseigneur Choquette écrit en 1930, dans son livre « Histoire de la ville de St-Hyacinthe », à la page 529 : « Les deux sœurs Caouette étaient nées dans la même maison de famille située alors sur l’emplacement actuel de la résidence de M. le juge Marin, 322 rue Girouard, et qui fut transportée au no.1 rue Larocque. C’est dans cette maison que la mère fondatrice et ses compagnes pratiquèrent les premiers exercices de la vie contemplative. »


Cette modeste maison de brique rouge se situe maintenant au 755 rue Larocque, tout juste derrière la maison actuelle. Autrefois, le terrain à l’angle des rues Girouard et Larocque de même que son voisin arrière sur la rue Larocque, constituaient une seule propriété, d’environ un demi-arpent de front par un arpent de profondeur, sur laquelle était construite la maison familiale Caouette face à la rue Girouard. En 1871, le père d’Aurélie, Joseph Caouette, fait don de cette propriété aux Sœurs du Précieux-Sang.


Le notaire Michel-Esdras Bernier, voir « Demeures de notables 11 » achète la propriété des religieuses et c’est fort probablement lui qui fera déplacer la maison Caouette afin de faire ériger la maison actuelle, possiblement entre 1891 et 1894. En effet, au cours de cette période le notaire contracte plusieurs hypothèques. De plus, en 1894 il donne à sa fille Ernestine une autre résidence qu’il possède et habite sans doute, au 2935 Girouard Ouest. Chose certaine, la maison est bâtie en 1897 puisque le contrat de vente fait mention à cette date « d’une maison et des bâtisses y érigées » sur le terrain.


Effectivement, le 4 février 1897, madame Virginie Charbonneau, veuve de François-Xavier Madère, marchand, achète de Me Bernier la propriété avec les deux résidences dessus construites. En 1902, elle conserve la petite maison Caouette sur la rue Larocque et vend la grande demeure du 2810 Girouard Ouest à Cécilia Bélanger, épouse de Abraham Ouellet écuyer, bourgeois et « ancien employé de chemin de fer de la ville de Drummondville ».



L’imposante résidence est de style Queen Anne de par la présence de sa tour d’angle circulaire coiffée d’un toit bulbeux supporté par de nombreuses consoles, et d’une vaste galerie aux poteaux travaillés ceinturant la maison dont l’auvent, qui est orné d’un fronton au-dessus de la porte d’entrée principale à imposte vitrée horizontale, sert également de balcon pour l’accès extérieur à l’étage supérieur.


L’enveloppe de cette centenaire est recouverte de déclin de bois aux motifs variés, comme par exemple en écailles de poisson aux frontons-pignons, et est percée de larges fenêtres aux encadrements classiques, surmontées pour certaines d’entre elles d’un élément décoratif semi-circulaire coloré. Comme en témoignent les photographies, ancienne et nouvelle, la demeure est très bien conservée même si son revêtement extérieur a perdu sa couleur d’antan. Le tracé de la maison demeure sensiblement le même qu’au plan d’assurance de la ville de 1904.


En 1903, la maison devient la propriété d’Alice Malhiot, épouse d’Eusèbe Morin qui est un homme d’affaires maskoutain prospère. Monsieur Morin fait fortune dans la vente en gros et détail, possédant plusieurs commerces avant de faire ériger le Grand Hôtel en 1895, avec des partenaires d’affaires. En 1903, il vend le Grand Hôtel et sa résidence contiguë au coin des rues Girouard et Mondor, pour acquérir cette maison :


«…Madame Cécilia Bélanger…a reconnu…avoir vendu avec garanties de droit, à Madame Alice Malhiot, épouse contractuellement séparée de biens de Mr Eusèbe Morin, bourgeois de la cité de St-Hyacinthe…Un emplacement sis et situé dans le quartier numéro cinq…de 97 pieds de front sur 140 pieds de profondeur, mesure anglaise,.. partie du lot # 401…en front la rue Girouard, en profondeur à Virginie Charbonneau..., d’un côté… la rue Larocque, et de l’autre côté… le terrain de Madame Jérôme Madère… avec bâtisse dessus érigée. »


Henriette Sicotte, l’épouse du juge Émile Marin, achète la propriété en 1915. Cette dernière en sera propriétaire jusqu'à son décès en 1948. Il n’existe pas beaucoup d’informations au sujet de cet avocat qui a d’abord pratiqué en société avec Aimé Majorique Beauparlant, en 1904. En 1912, Me Marin est conseiller à la ville de Saint-Hyacinthe puisque son nom y est mentionné à ce titre et à cette date dans la revue « Saint-Hyacinthe P.Q. Canada ». Il sera juge à la Cour du Magistrat, poste qu’il occupe jusqu’en 1944 et auquel Me Victor Chabot lui succède.


Photos:
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, vers 1910, France Labossière, 2007.


Cet article est le douzième d'une longue série.


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